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Vous voici à la merci du Tyran...
 

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 Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]

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Chazera Ohnelli


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MessageSujet: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Mar 13 Avr - 0:32

    Novembre.

    Le mois le plus fade de l'année. Si octobre nous offre des parcelles d'or à tous les coins de rues, des pincées de bronze aux croisements des sentiers et des éclats de rubis à l'orée de la forêt, novembre, par contre, ne nous offre que la disparition de tout cet enchantement. Les arbres se plaignent du vent glacé qui commence à les étreindre, les animaux sentent la lassitude des jours gris les envahir. Oh, et tous les humains sont peinés de voir le soleil porter attention à d'autres contrées plus éloignées. Novembre est un triste entre-deux où les gens doivent racler les feuilles tombées au sol, où la terre suffoque sous le drap épais formant jadis toute la beauté des arbres. Personne n'est heureux le mois de novembre. Si les labeurs de la pêche et de l'agriculture sont terminés, ceux de la météorologie ne font que commencer; les bourrasques glaciales, la glace envahissante. Puis chauffer son foyer est coûteux en bois et en huile, les cheminées boucanent comme les lampes s'usent. Qui a, un jour, décrété préférer l'ennui de novembre aux délices du mois de mai ? Personne, je vous le dit. La nature se prépare à subir, elle s'endort doucement, lentement, et délaisse les humains. Tout le monde a dû faire des réserves de nourriture. Les bûcherons, les pêcheurs et les fermiers sont les premiers à détester novembre; c'est à ce moment qu'ils doivent commencer à s'alourdir d'épais vêtements pour ne pas laisser le vent vicieux s'infiltrer à travers les tissus légers du mois d'août. Mais novembre, malgré ce qu'il en paraît, n'a pas que de mauvais côtés... à son terme, il laisser place aux premiers flocons de la saison suivant l'automne, et cette fois-ci, ce sont les cristaux de décembre qui nous apparaissent comme par magie. Au sol, tout se drape de blanc. Ah, novembre... fin novembre...

    Neige !


    Chazera sourit. Neige, neige, neige... Dieu qu'elle pouvait avoir hâte ! Se rouler dans les bancs de poudre froide, s'en saturer la fourrure, plonger son pif blanc de matou dans le sol moelleux... les joies de l'hiver ! Elles arrivaient, lentement mais sûrement, et substituaient celles de l'été. Elle songeait déjà à un château-fort, un igloo ou bien une forteresse. Oui ! Il serait facile d'engager quelqu'un, ou bien de tenter de le construire soi-même... Combien de journées pourrait-elle perdre à cette captivante activité? Peut-être, même, le jardinier pourrait-il lui prêter main forte. Mais quelle merveilleuse idée.

    La change-forme entendit alors un bruissement de feuille près d'elle. Elle ouvrit les yeux et aperçut son jardinier qui, un râteau à la main, rassemblait les nombreuses feuilles de chêne, d'érable et de peuplier en gros amas, à deux pas d'elle. Elle l'observa faire quelques secondes, coupant court à ses réflexions très scientifiques. Bah, il savait y faire; ses gestes étaient souples et puissants, efficaces. Puis Chazera le toisa. Son bon vieux jardinier. Vieux, c'était relatif; il devait être dans la quarantaine avancée. Il avait eu les tempes grises bien tôt, son jardinier. Il devait être dans la trentaine bien entamée lorsqu'elle avait fait sa rencontre. Malgré cela, la force ne semblait pas être un problème. Tous les travaux extérieurs qu'il effectuaient étaient exigeants. Et depuis le temps, cela lui avait fait une bonne paire d'épaules ainsi que des mains habiles. Chazera n'avait jamais songé à le critiquer sur sa beauté. Cela faisait si longtemps, ça n'avait aucune importance, et évaluer s'il était bien conversé ou pas ne mènerait à rien. Non, elle préférait juger de ses capacités de jardinier, à la place. Voir si les marguerites étaient toujours bien blanches et fournies, si les tournesols avaient un jaune en santé et non maladif. Ça l'amusait. Et l'intéressé s'en trouvait flatté. L'Ohnelli aimait bien lorsqu'il souriait en la remerciant. Elle aimait bien lui faire plaisir, à vrai dire.

    Il sentit son regard sur lui et posa les yeux sur elle. La même expression généreuse qu'à l'habitude flotta sur son sourire en coin.

    « Vos méditations vont de bon train, mademoiselle Ohnelli ? »
    « Oui, plutôt. »
    lança-t-elle comme une enfant.

    C'est surprenant de savoir que même la pire des femmes en matière d'animosité peut s'enquérir d'une autre personne que d'elle-même, non?

    « Dis, jardinier, tu n'es pas un peu tanné de racler? Tu dois avoir mal au dos. »

    Il se redressa de nouveau et s'accota sur son instrument. Il fixa le ciel quelques instants de ses yeux d'un bleu songeur et revint à Chazera. De son accent bienveillant, il acquiesça.

    « Oui, en effet. Racler un domaine n'est pas une mince affaire, cependant... et je dois en finir avant que la neige ne tombe. »

    La propriétaire des lieux réfléchit quelques instants. Oh, et puis, elle engagerait quelqu'un demain. Ça n'avait pas d'importance.

    « Vas donc prendre une pause, jardinier. Voir tes roses. Je vais m'en occuper... un jour ou l'autre. »

    Puis il la remercia sans plus de cérémonies. Il savait bien que répéter sans cesse « merci » de manière véhémente puisqu'elle lui évitait un torticolis certain ne donnerait rien. Soit elle se fâcherait, soit elle abuserait de l'impuissance dont il faisait preuve. C'était un peu... délicat. Rester neutre demeurait la meilleure chose à faire. En ces circonstances, s'entend.
    Une fois seule de nouveau, Chazera croisa ses jambes en indien et ferma les yeux derechef. Parfois, en de rares instants de lucidité, elle prenait le temps d'aller s'asseoir au centre de ses jardins, face à l'entrée éloignée de son petit chez elle et méditait. À propos de tout et de rien, parfois se concentrait sur son pouvoir et tentait d'atteindre d'autres possibilités de transformation. Cette fois-ci, elle pensait, tout simplement. Le hasard de ses pensées était tombé sur le présent mois. Précédemment, elle avait songé à ce James Catterson – elle avait appris sont identité par après son meurtre – avec une pointe de regret – on le disait excentrique et ça lui plaisait énormément. Même si, sot qu'il était, s'était opposé à Sund – s'opposer à un Opposant, quelle ironie –, il aurait pu être récupérable. Il aurait adoré son jardin immense et toutes ses fleurs, avait-elle songé en premier lieu. Oh, elle avait eu du plaisir à le mettre en miettes aussi; mais l'accueillir à son Domaine aurait été un peu moins éphémère comme joie, ça, c'était certain. Peut-être aurait-elle pu l'amuser avec ses galipettes félines, l'impressionner avec ses voltiges aériens de chouette. C'était peine perdue, maintenant; les cadavres – enfin, les cendres – font très rarement de bons spectateurs.
    Oh, autre chose, aussi : en passant devant une crécerelle chantante, durant sa promenade du matin, elle s'était sentit indubitablement attirée par cette forme; alors, peut-être, pourrait-elle emprunter cette physionomie-ci comme pour les autres. Un jour, après plusieurs séances de concentration. L'oiseau était une bête chasseresse, parée de plumes brunes, grises-bleues et picotées de noir. C'était un cousin du faucon, aspect qui lui plaisait plutôt. Elle y songea très sérieusement. Les battements d'ailes furieux, le cri perçant, l'assurance du prédateur diurne... quel enivrement cette métamorphose lui conférerait ! Même si, elle en était bien consciente, elle devrait capturer l'un de ces oiseaux pour en observer les mœurs et s'en imprégner. Elle n'en doutait pas que ce serait un peu ennuyeux. D'ici une bonne dizaine d'années, peut-être...

    Puis la change-forme continua à voguer de réflexion en réflexion, se rapprochant toujours de l'état méditatif où elle ne se concentrait plus que sur son Potentiel, jusqu'à ce qu'elle sente une porte s'ouvrir ou qu'un papillon de passage lui semble être une plus noble distraction. Inspirer, expirer... inspirer, expirer... quelque chose troubla alors son focus. Ah, Dieu sait quoi, un approche, encore lointain. Elle ouvrit un œil en grognant d'agacement. Un homme, encore loin, marchait, la tête dans les airs. Sans lui accorder plus de considération, Chazera referma l'œil et se remit à sa méditation, songeant naïvement que si elle l'ignorait, il s'en irait. Hélas ! ce ne fut point le cas; lorsqu'elle rouvrit de nouveau l'œil, il était encore plus près. Ses deux yeux violacés et étincelants maintenant tout deux sur le visiteur, elle le toisa. Il était encore un peu loin. Bon. Elle ne bougea pas plus, referma les yeux et fit comme si de rien était. Quand l'Ohnelli put sentir la présence masculine encore plus près, elle se résigna et dit, les yeux toujours closes :

    « Uhm... et vous êtes ? »


    Le ton vaguement suave et lunatique qu'elle emprunta refléta quelque peu sa folie. Même si la demande était des plus normales... on ne peut jamais vraiment se départir de la démence, vrai ?
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Eressëa S. Hravan


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Ven 16 Avr - 19:54

    Novembre…


    Le Vent devient joueur, ses quenottes poussent et il mordille les passants avec malice, attendant que ses canines s’aiguisent, affûtées par les grands frimas.
    Le paysage se désole, les arbres perdent en pudeur, quelques dernières touches de couleurs s’accrochent encore ça et là, indignées du nouvel accoutrement de leurs chère demeure ou simplement rêveuse de faire durer l’automne et passer outre l’hiver… Paysage nu, empli du charme morbide, silencieux et léthargique de la saison du sommeil.
    Le ciel se grise, apportant un doux lit cotonneux au soleil pâlissant qui s’apprête à hiberner durant de longs mois. Tout s’endort. Le froid étend ses ailes et fait fuir de son ombre les citadins qui se pressent dans les rues pour rentrer chez eux.


    Ah, Novembre…

    Le temps du chômage. Le début d’une morne période où il ne reste plus personne à pigeonner. Quelle tristesse… Vivement les fêtes. Les parents-poules ressortent alors de leurs poulaillers, les poches pleines pour offrir nombre de friandises leurs poussins déjà trop enflés, et les magasins de jouets deviennent de fabuleuses cavernes aux trésors… Hélas, il faudrait attendre jusque là…

    Eres poussa un long soupir morose en balançant son noble peton dans un caillou impudemment dressé sur sa route. Car oui, la venelle où il déambulait telle l’âme en peine sans personne à tourmenter était bel et bien sa route. A lui tout seul. Sans personne. Assurément, inéluctablement et tragiquement personne à croiser. Pas même un chaton. D’où son air maussade. L’hiver était si ennuyeux… Il allait devoir faire des économies pour payer son pain. Et il détestait ça, faire des économies.


    Par les putains des Dieux ! Ce que tout cela le déprimait… Novembre n’était déjà pas très drôle, mais Décembre passé, c’était pire ! Le désert, le néant, le vide, le rien, l’oubli, l’ennui –ah oui !- l’ennui le plus terrible, navrant et meurtrier que tous ces foutus Dieux fainéants pouvaient bien créer ! Et lui pauvre petit gredin de son Etat, que pourrait-il bien faire… ? Il sortait tout juste d’une beuverie gentillette, et déjà, il s’ennuyait à mourir… Il avait intérêt à trouver un projet intéressant pour s’occuper tout l’hiver. Planifier quelque chose d’assez dangereux, suicidaire, énorme et palpitant pour ne pas voir passer la saison des neiges. Et si… Il pillait la demeure de Sund ? … Mouais, valait peut-être mieux commencer par celle de Gabriel, quitte à viser les têtes de l’île du moment… Cela dit, Gaby était-il riche ? Pas sûr… Question cruciale, à méditer.

    Ses pas le menèrent vers un coin vaguement familier. Ah oui, là-bas : n’était-ce pas la résidence Ohnelli ? Il sourit en se remémorant le soir où il avait voulut s’y introduire… C’est que les Ohnelli n’étaient pas réputés pour leur dénuement…

    ✖️

    Cela s’était passé l’hiver précédent. Il s’ennuyait, comme présentement, et avait monté l’affaire avec deux autres larrons. Question renseignement, ce fut rapide ; l’île entière savait déjà que la richissime famille était morte dans un incendie, à l’exception faite de la fille unique, Chazera, connue pour ses manifestations désastreuses et son particulier pouvoir : le change-formisme. On savait qu’elle avait dans ses cordes la métamorphose en corbeau, et Eres et ses complices avaient réussi à lui dégoter une faculté féline et peut-être lupine…
    Ce fut à ce moment que de trois, il n’en resta qu’un seul… Hors de question pour les faux-frères de larcin d’aller danser telles les souris insolentes dans l’antre du chat pas forcément endormi. Et si la forme donnait le flair à la demoiselle Chazera ? Trop facile pour elle, de les retrouver ! Et compte tenu de sa doucereuse réputation… Pas fou non plus !
    Qu’à cela ne tienne, Eres s’y était rendu tout seul ! Par défi, par insolence, par moquerie. Par goût.

    C’était un soir frais du mois de Janvier, ombre parmi les ombres, usant de son don, Eres s’était glissé dans le jardin. Il avait pris garde à masquer ses pas, son souffle et pour cette fois ; son odeur. Il ne l’avait fait qu’à une occasion auparavant, poursuivit par des chiens –mais ça, c’est une autre histoire. C’est sans trop de peines qu’il avait crocheté la petite porte de la cuisine –à croire que dans cette baraque, on pensait que personne ne serait assez barré pour entrer !- et s’était introduit dans la maison Ohnelli. S’il y avait pris quelque chose ? Boarf ! Non pas vraiment… Un peu d’argenterie, quelques jolis objets, trois ou quatre bijoux… Rien de plus que ce que ses poches et son sac en bandoulière ne pouvait contenir car après tout, c’était surtout par jeu qu’il était entré. Il prit d’ailleurs le temps de visiter la maison et n’y trouva que des domestiques. A moins que Chazera ne s’habille comme ses servantes ou qu’elle ne se soit changée en sauterelle et autre bêbêtes du genre, elle devait être de sortie. Dommage.


    Fort de son butin, il était ressorti dans le jardin et se dirigeait vers la rue, s’imaginant déjà un verre à la main, rire de ses deux flancheux compagnons qui n’avaient pas fini d’entendre parler de lui. Cependant, il y eut un léger contretemps aux réjouissances. En effet, une vive lumière surgit subitement devant lui, le révélant à la vision de tous.
    « Par cette putain d’Uen… ! »
    Heureusement, « tous » n’était qu’un… Un quoi. Un type à la peau tanné par les années passées dehors, botte aux pieds, mains griffés et pot de fleur brandi… Un jardinier ? A Vingt heure ? Tardif le bougre ! Pas perturbé pour deux sous, l’horticulteur ne fit qu’hausser un sourcil en avisant les bijoux qu’Eres avait passé à ses poignets.
    « Vous savez jeune homme… Ce bracelet-ci est le préféré de Mademoiselle, à votre place je le laisserai… »
    Eres hésita longuement… Ce type était-il flegmatique à l’extrême, mentalement défaillant ou tout simplement indifférent au possible quant à la famille qu’il l’employait ? Il finit par trouver un compromis dans le qualificatif « bien arrangeant » et se défit dudit bijou auquel il lança un regard circonspect… En effet, il ne s’agissait là que d’une breloque qui s’était emmêlée dans un ouvrage de pierreries… Un truc invendable en définitive. Il le remit donc entre les mains du jardinier et s’éclipsa avec un clin d’œil amusé.


    ✖️

    Cette maison n’avait pas beaucoup changé, depuis un an. Une porte remplacée peut-être… Une fenêtre aussi… Et…
    Oh ! Le jardinier ! Eres dépassa l’homme aux cheveux poivre-sel sans que celui-ci ne leva la tête pour le voir. Tant mieux à vrai dire… Se replongeant dans son échafaudage de nouveaux plans pour l’hiver, le chenapan continua tranquillement son chemin, regardant la grande maison Ohnelli, jouant au jeu des différences -car oui, comme nous le disions : Eres s’ennuyait.

    « Uhm... et vous êtes ? »

    Drôle de timbre… Aux accents… Capricieux. Eres, qui regardait alors la toiture, baissa les yeux vers… Aah ? Vers la jolie jeune femme à la chevelure cendrée qui, assise en tailleur, les yeux clos, s’adressait de tout évidence à lui.
    La crapule s’approcha encore de quelques pas et, courtois, répondit avec un sourire charmeur :

    « On me nomme Eres. »

    Il s’accroupit, presque face à elle, pas trop près cependant. Une jolie demoiselle devant la demeure Ohnelli… Ce ne pouvait qu’être Ohnelli elle-même. La voila donc…

    « Je n’aurai pas l’effronterie de vous retourner la question, Mademoiselle… Chazera Ohnelli… ? »

    Son ton était vaguement interrogatif, juste au cas où.

    « On profite des derniers rayons de l’automne ? »

    Début de conversation badine. Eres avait un parlé fluide, facile qu’il était agréable à entendre.

    La question qui se posait à présent était…

    … Eres, as-tu vraiment choisi le bon interlocuteur ?

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Chazera Ohnelli


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Lun 19 Avr - 3:58

    À l'approche de l'inconnu, Chazera ne se laissa pas submerger par son habituelle folie, comme il lui arrivait si souvent, et tout cela par paresse. Mais cette fois-ci, la change-forme joua à un jeu. Celui de... surprendre. Vous connaissez ? Eh bien, il n'est guère compliqué : laissez voir une part de vous-même, effacez l'autre. Complètement. Qu'elle disparaisse au fin fond de vous-même, trompant toutes les rumeurs émises à votre sujet. Ce n'était pas de la tromperie... elle n'avait aucun compte à lui rendre, à cet homme sans nom.
    Justement, celui-ci s'avança. La curiosité, par contre, prit le dessus : brièvement, l'Ohnelli ouvrit un œil et le referma aussitôt. Devant elle se trouvait un clébard aux yeux rusés et à la tignasse blonde. D'une couleur si rayonnante que le paysage devait très mal le tolérer; lui, il ne perdait pas ses teintes lumineuses lors de la saison froide. De quoi enrager Dame Nature. M'enfin. Il était de bonne taille... un tain bien bronzé, en santé, pas du genre enfermé, monsieur Je-M'invite. Il avait eut la coquetterie de se parer d'un collier, en plus! Un autre détail que, de son œil expert, Chazera avait pu percevoir, à sa grande joie : les bricoles qui lui pendaient après l'oreille. C'était un peu excentrique comme caprice. Elle adora le style, mais n'en montra rien. La scène serait toute gâchée...

    « On me nomme Eres. »

    Un inconscient, à coup sûr. Une racaille, un trublion, quelque chose du genre. Un tel petit ton charmeur n'avait jamais été employé à son égard, avec raison. Il y avait eu le trouble, la peur, la haine... et tous leurs dérivés, mais le charme ? Elle en doutait fort. Non, c'était le genre de truc qu'elle n'oubliait jamais. Exemple premier : son jardinier, il ne l'avait pas abordé de cette manière. Et maintenant... il se retrouvait à être le seul à qui Chazera tenait vraiment. Ironie ? La tendance était plus à dire qu'elle aimait sa nature simple et calme. Peut-être cela tempérait-il la sienne du même coup. Et le petit Eres ici présent, Eres le chou, Eres mon chou, Eressichou... il osa. Blasphème ! Oh, oh... elle trépidait déjà d'impatience. Un amusement certain. Un joli petit manège venu lui rendre visite dans son propre Domaine; Uen l'aimait en ce frais après-midi de novembre.
    Puis la change-forme entendit un froissement familier de l'herbe et sentit la présence du visiteur plus près qu'auparavant. Son flair ne mentait pas.

    « C'est que je n'aurai pas l'effronterie de vous retourner la question, Mademoiselle... Chazera Ohnelli...? »

    Mhm. Cette fois-ci, elle daigna ouvrir l'œil. De son perçant violet, elle toisa Eressëa.
    Mais c'est qu'il était un petit aigrefin, celui-là. Un petit paon. C'était bien clair que côté chanteur de pomme, elle ne lui arriverait pas à la cheville; tordre les mots pour ne pas qu'ils aient l'air de ce qu'ils sont n'était pas son fort. Elle, c'était plutôt les tripes qu'elle tordait comme ça. Mais bon... détail insignifiant. En même temps, c'était intriguant : qu'est-ce qui pouvait bien l'avoir poussé à se pointer ici ? Il ne semblait pas être de ceux qui s'empêtrent de gêne et de pudeur. Mais aussi... il n'avait pas l'air très étranger à l'aspect du Domaine. Bah, au nombre de petits badauds qui pouvaient bien se pointer pour se plaindre de leurs conditions de travail, ce n'était pas rare d'en voir qui connaissaient bien l'endroit sans pourtant y être engagé.
    Puis elle referma l'œil.

    « On profite des derniers rayons de l'automne ? »

    Comme il semblait tenace et désireux d'avoir une conversation avec la demoiselle Ohnelli, elle se délia légèrement les jambes et cette fois-ci, lui fit l'honneur de porter son regard entier sur sa personne. Elle arqua un sourcil inquisiteur. Ses yeux, bien malgré elle, avaient une lueur perfide; c'est de quoi elle avait malheureusement l'air une fois intéressée par un autre être vivant qu'elle-même. Pourtant, lui sauter au coup n'était pas encore dans ses options... Chazera voulait en savoir plus.
    Elle planta ses améthystes intenses dans le saphir langoureux d'Eres et lui répondit d'un ton digne de la plus hautaine noblesse.

    « Non. »

    Puis elle sourit. Un sourire absent, avec une pincée de démence – que voulez-vous, une schizophrène reste une schizophrène – visible pour les experts, mais avant tout complice. S'il y a bien une chose qu'elle pouvait sentir des kilomètres à la ronde, c'était les aigrefins, comme celui-ci. Elle n'était pas dupe mais préférait se taire à ce sujet. Jouer, jouer, jouer... Eres n'avait pas le profil du jouet. Pas du tout. Au contraire; fin manipulateur, petit escroc malicieux, enfant délinquant ? Lequel des trois ? Lequel pouvait représenter le tout nouveau partenaire qui se trouvait devant elle, dites-moi ? Ce qu'elle avait hâte de savoir...
    Des papillons d'excitation dans la poitrine, Chazera prit brusquement la forme d'un lièvre sombre et en quelques enjambées expertes, fit le tour du jeune homme. À son goût, à croquer. Puis elle reprit sa forme originelle. Elle inclina la tête, le regard effilé comme jamais. Un sourire invitant aux lèvres.

    « Dis-moi, Eres ! Dis-moi donc ce que tu es venu chercher... les derniers rayons de l'automne n'ont pas été dérobés par moi... je préfère nettement les vies aux rayons. »

    Oui, bon, ça n'était pas très... invitant, chaleureux comme déclaration. Peut-être troublant, effrayant pour les grands nerveux. Mais, au-delà la petite confession sur son adoration du meurtre, elle confirmait son identité comme la propriétaire des lieux. Ceux qui la connaissaient auraient vu qu'elle était enchantée de voir le blondinet agir de la sorte en sa présence. Nonchalant, loin de cette idée absurde de déguerpir. À moins de la contrarier... non, celui-là devrait être bon pour ne pas s'empêtrer dans ses mots et sortir une connerie qui lui vaudrait sa tête empaillée au-dessus du plus gros foyer du Domaine. Après tout, pour l'avoir abordée en présumant qu'elle était la redoutée dernière héritière des Ohnelli, il devait être assez sûr de lui-même. Et un dernière coup d'œil détaillé le lui confirma. Juste par la manière dont il se tenait.

    « J'imagine que prendre le thé n'est pas le genre de chose que tu réclames des dames, mhm? »

    Forte constatation. Fin filou, rusé renard, va ! Verra-t-on comme tu t'en sortiras. On ne douta pas de son succès auprès de la duchesse friquée comme on ne douta pas qu'il puisse se défiler sur le champs, mais le chaton charmeur n'avait pas seulement sa bonne vieille chance sur qui compter, sa fidèle habileté de félin restait toujours utile...

    Malin minou, viens que je te fasse des minouches...
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Eressëa S. Hravan


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Mar 20 Avr - 20:28

    Eres la détailla. Tout à fait indiscrètement, sans gêne aucune. Il ne songea pas à être subtil et promenait son regard sur chacun des traits de la jeune femme. Elle n’ouvrait pas les yeux, seulement quelques brèves œillades de temps à autres. Donc lui, pourquoi voilerait-il les siens ?
    C’était une jolie femme : bien que plutôt petite, elle possédait de belles formes et un corps souple, élancé, trahissant pourtant une certaine force. Son visage, les yeux fermés, paraissait bien plus calme qu’on ne le racontait. Ses traits droits et fiers, sa bouche charnue et la longue chevelure sombre-cendrée qui caressait son visage diaphane la prétendait tout simplement belle. S’il fallait trouver un indice de la folie qu’on lui prêtait, peut-être Eres aurait-il parié sur ce très léger rictus narquois peint sur ses lèvres… Ou dans cette allure si droite, éloquente et animale à la fois. Mais dans l’anonymat, à la voir immobile et calme comme elle l’était, elle pouvait passer pour tout à fait saine d’esprit et digne d’être l’enfant d’une riche et éduquée famille de Waterin.


    « Non. »

    Elle ouvrit les paupières et porta sur lui deux lumineuses prunelles violettes, luisant d’un feu brumeux étrange… Sournois...
    … Plaisant ! Le sourire qu’elle lui offrit fut plus bizarre encore, sans qu’il ne sache réellement déceler où exactement se situait l’insolite. Un sourire magnifique en soit mais… Muni d’une touche inexplicablement dérangeante. Accrocheusement dérangeante. Aguicheusement dérangeante… ? La canaille blonde adorait les jeux. Et au regard des mimiques aux fugaces éclats de folie de la change-forme, il aurait misé sa vie qu’elle aussi.
    Ses yeux aciers reflétèrent un intérêt naissant. Il avait salué la donzelle par courtoisie, s’était arrêté échanger quelques mots en réponse à sa question et à présent… Il voulait découvrir ce qu’il se cachait de si spécial sous ce sourire étrange, derrière ce regard sournois.


    Il savait bien ce que l’on racontait sur Chazera Ohnelli. Elle était déséquilibrée. Non, plus que cela : elle était démente. Certains tempéraient les racontars, vantant le mérite de son père, d’autres disaient avoir réchappés à l’une de ses crises démentielles et en tremblaient encore.
    Mauvaise, malsaine, sanguinaire, tarée… Ces mots étaient souvent ressortis lorsqu’Eres et ses acolytes faisaient leurs recherches. Lui-même n’était pas vraiment impressionné. Sur ses gardes, mais pas effrayé. La crapule avait une dangereuse tendance à amadouer ce qu’il entendait et n’avait jamais vu… Pire, il avait tendance à être attiré par les dangers loufoques. Or, Ohnelli était un danger loufoque, soi-disant ; il croyait en sa prétendue aliénation, elle l’avait suffisamment démontrée sur l’île. En revanche… Etait-elle réellement juste une psychopathe assoiffée de sang où était-il possible de lui survivre décemment ? C’était ce pourquoi il l’avait cherché, un an auparavant, dans la grande demeure. Juste pour l’observer, voir de ces yeux l’objet de terreur qui parfois aidait les mères à faire avaler leurs soupes aux gamins. A présent qu’il l’avait en face de lui… Sa curiosité lui revenait.


    Alors que son regard soutenait effrontément celui de la princesse du Domaine, cette dernière disparue. Eres eut un bref mouvement de recul, un pur réflexe, avant de remarquer le petit lièvre noir qui se trémoussait à ses pieds, agitant ses oreilles… A bout ivoire ? Il esquissa une moue vaguement consternée : curieux lapin. La demoiselle avait donc aussi cet animal dans sa panoplie… Il eut un sourire narquois, majoritairement porté à sa réaction défensive face à une vulgaire boule de poils noirs, et laissa la petite bête lui tourner autour. Celle-ci prit sont temps, paresseusement, avant de retourner à sa forme initiale et d’incliner doucement la tête. La crapule haussa un sourcil inquisiteur, attendant avec ironie l’hypothétique verdict quant à son corps d’adonis ou n’importe quelle autre donnée que la charmante créature ait pu trouver.
    Cependant celle-ci eut pour goût de partir sur un autre air :


    « Dis-moi, Eres ! Dis-moi donc ce que tu es venu chercher... »

    C’était une bonne question… Il n’était pas venu chercher quelque chose en soit, à vrai dire il n’était même pas venu au Domaine consciemment. Il avait simplement erré en quête d’un plan pour l’hiver ou d’un rien capable de tromper son ennui. Il semblerait qu’il ait au moins pu trouver ce dernier...

    « Les derniers rayons de l'automne n'ont pas été dérobés par moi... je préfère nettement les vies aux rayons. »

    Le minois d’Eres passa de pensif à interrogateur velléitaire. Ben tiens, voila qu’elle essayait de lui faire peur, ou en tout cas de le déstabiliser. Oh non, il ne doutait pas vraiment de la capacité à voler des vies de la jeune femme, il trouvait juste curieux ce soudain revirement de registre…
    Le tuerait-elle ? Elle en serait capable. Trop de témoignages assuraient les tendances macabres de l’Ohnelli pour qu’il y fasse la sourde oreille. Il reprit son air nonchalamment piqué d’insolence et soupira, fataliste, entrant à la perfection dans un rôle de victime d’une quelconque tragédie se foutant ouvertement, avec tact toutefois, de la gueule de son publique.
    S’il était plus sage de partir alors qu’il en avait encore l’occasion ? Premièrement, rien de moins sûr et secondement ; elle lançait le jeu. Et Eres était très joueur. Fuir, il savait très bien le faire sans honte aucune… Mais seulement au tout, tout, tout dernier fragment d’instant.


    « J'imagine que prendre le thé n'est pas le genre de chose que tu réclames des dames, mhm? »

    Narquoise. Etait-ce une invitation ? Au thé ou… à autre chose ? Eres esquissa un rictus railleur et poussa une brève expiration amusée. Fichtre… Pourquoi toujours le vouloir si mesquin ? Il n’abordait pas systématiquement les femmes pour réclamer quoi que ce soit que puisse réprimer les bonnes mœurs… En l’occurrence, il n’avait engagé la conversation avec Chazera que par curiosité.

    « Je ne réclame jamais rien des dames, charmante hase. »

    Répondit-il d’un ton innocemment courtois que ne démentait pas tant son regard affreusement impertinent que le qualificatif qu’il lui avait donné, lui refusant frondeusement le « dame » de ses dires, la reléguant au rang de ravissante lapine face à ses conquêtes.

    « Puisqu'en général, elles me donnent elles-mêmes ce que je peux en attendre. »

    Provocation ? Mais non, juste une réplique. Plus trace du ton innocent, néanmoins. Bien que l’Ohnelli ne soit pas complètement dans le tort, Eres n’aimait pas non plus qu’on le considère juste comme un rustre en rut, et le sous-entendu de la jeune femme était assez piquant pour qu’il se donna la peine d’y répondre avec une impudence mesurée.

    Puis, penchant légèrement la tête de côté dans une attitude irrévérencieuse puisque de nouveau il dévisageait la jeune femme, il répondit aux réelles questions de la propriétaire des lieux :

    « Je ne cherchais rien qu’une distraction. Votre si particulière conversation en est une savoureuse. Votre thé aussi sans doute. »

    Si Eres se donnait un air humble, respectueux et impressionné de par son ton et ses mots, un imbécile ne s’y serait jamais trompé : il n’était qu’ironie. Cela pouvait s’avérer dangereux mais... Eres n’était pas de ceux qui s’arrêtent à ce simple concept.

    Me voila, ma jolie, fais-mois donc tes minouches…

    Viens caresser ton chaton…


    Mais prends garde à sa râpeuse langue et son Ombre pernicieuse ~
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Chazera Ohnelli


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Mer 5 Mai - 0:15

    « Je ne réclame rien des dames, charmante hase. »

    Plusieurs femmes se seraient offusquées de se voir ainsi traitée d’animal. Et, en l’occurrence, de « hase » qui se trouve à être la charmante femelle du lièvre, et tout le monde sait ce que l’on raconte sur la nature… débauchée de nos amis les lapins. Surtout dans de telles circonstances, lorsque le jeune blondinet devant vous semble enclin aux allusions osées. Mais qui que ce soit connaissant un tant soit peu Chazera, et tout en parlant utiliserait le terme « femme » aurait un léger goût d’incertitude sur la langue. C’était peut-être la mettre sur un piédestal. Néanmoins, ce petit compliment lui fit un remarquable velours; toutes les choses comme « ma beauté », ou « chérie », pire encore, « ravissante inconnue », la laissaient un tantinet froide; c’était un peu négliger sa nature primairement sauvage. Et Uen sait qu’elle n’aimait pas être négligée. Cette petite fois-ci, le beau parleur semblait s’avoir s’y prendre – très loin de se mêler les pinceaux, pile les mots idéaux. D’où sortait-il, cet Eres, au bout du compte?

    « Puisqu’en général, elles me donnent elles-mêmes ce que je peux en attendre. »


    Par…
    Uen.
    Quelle prétention ! Grand paon charmeur, va ! Ce genre de réplique est si amer, désagréable à recevoir. Comme si, incluant elle-même, chaque donzelle lui ferait les beaux yeux s’il déployait un tant soit peu de son dévolu sur elle. Une grande présence, envahissante, dérangeante, impossible à ignorer. Une tête fière et forte, à en juger par son unique port de tête, par sa riposte, par la manière dont il semblait observer chaque détail de sa peau, de ses traits, à lui offrir une œillade maligne et à la tromperie encore plus démesurée que celle de la change-forme. De ces personnages dont vous voulez voir la tête roulez parce que vous le désirez pour son inaccessibilité moqueuse. Utile de dire que, dans le regard normalement venimeux de la jeune Ohnelli, une vive pointe d’amusement s’infiltra? Qu’un violent frisson d’amusement la fit sourire, tout juste eut-elle le calme de ne pas éclater de rire? Enfin un compagnon de jeu à sa hauteur. Le soleil de novembre attendrait; elle venait tout juste de trouver joueur. Un parieur en force.

    « Je ne cherchais rien qu’une distraction. Votre si particulière conversation en est une savoureuse. Votre thé sans doute aussi. »


    Chazera, soudainement, prit une expression butée, un peu courroucée. Un petit déclic s’était fait dans sa tête. Voulez-vous bien me dire pourquoi sa conversation l’était, justement, si particulière ? Et son thé… en effet, il n’était qu’ironie, mais dans tout ça planait un opaque nuage d’effronterie. Peut-être un autre qui la prenait pour un clown de service, juste bonne à distraire avec ses sautes d’humeur, le même genre que celui du petit arrogant mystérieusement disparu quelques mois auparavant, mhm ? Qu’importe, il semblait bien se jouer d’elle. Les louanges plaisent, caressent dans le sens du poil… mais, au bout d’un certain temps – ce qui, pour Chazera, pouvait très bien signifier un quart de minute – cela devient irritant, la vive impression de faire rire de nous est plutôt omniprésente… tout cela pour dire que la change-forme prit une expression agacée. Le sourcil levé avec une pointe de dédain, une moue propre à sa petite personne – la babine supérieure un peu surélevée pour créer une ride accusatrice et laisser l’inférieure démontrer tous les autres sous-entendus de son mécontentement – immanquablement aperçue si vous avez échangé mot avec elle. Elle croisa sèchement les bras sur sa poitrine. Ses yeux exprimèrent contrariété et noblesse hautaine de petite bourgeoise. En quelques pas, elle s’approcha du visiteur et tendit la main vers l’arrière, largement, puis la ramena avec une force magistrale vers l’avant, sur la joue du blondinet. Oui, vous avez bien compris, elle le gifla. De ces formidables taloches, de ces poignantes baffes, de ces frappantes claques… le plat de sa main s’abattit sur le visage gracieux du jeune visiteur.

    « Je ne suis pas un monstre de foire, si c’est à ça que tu t’attendais, monsieur Cheveux-D’Or! »

    En une brusque volte-face, elle fit onduler ses hanches fines pis trottina plus loin. Elle sentait toujours la petite peau douce d’Eres comme une sensation effacée sur sa paume. Chazera fit jouer ses doigts dans le vide pour savourer l’impression. Ses épaules frissonnèrent, et une fois à une distance assez grande, elle retourna vers son petit compagnon, le sourire aux lèvres. Mais que croyiez-vous ? On ne crache pas sur un jouet de qualité, tout de même ! Seulement, depuis toute jeune, elle s’amusait durement, et l’attente de la réaction du blondinet l’excitait que davantage. Quoi, il allait lui sauter au cou ? Rire aux éclats ? Ou bien tourner les talons, sans rien de plus ? Ô, comme ce serait décevant.
    Elle ne put cependant s’empêcher de lâcher quelques mots.

    « Jouons à chat ! »

    Le petit ton de supplique employé semblait du même acabit que celui qu’emploierait une petite coquine avec une mauvaise idée derrière la tête. Jouons, jouons à chat… viens avec moi… c’était malicieux comme invitation, perfide, malsain au possible. Dit de façon si faussement innocente, sachant très bien qu’elle n’était pas crédible. Chazera sentait l’excitation lui parcourir les veines comme une bambine à la veille de son anniversaire.
    Puis, tout en plantant son regard violacé dans celui saphir d’Eres, elle se lécha les dents avec appétit.
    J’ai faim, ô joli petit chaton. Nourris-moi, nourris-moi de ce dont j’attends de toi…
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Eressëa S. Hravan


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Mer 12 Mai - 22:14

Fierté insensée.
Noblesse malsaine.
Beauté infecte.
Grâce sinistre.
A chaque louange de ton être s’accroche une laideur parasite ~

Il y avait…
Le soleil qui déjà entamait la cérémonie de son coucher, teintant sa brumeuse cour de rose et d’or…
Il y avait…
La grosse bâtisse qui se parait des lugubres couleurs d’une froide soirée…
Il y avait…
Le parc dont les ombres s’allongeaient doucement, avides d’engloutir ce jour ennemi…
Il y avait…
Un corbeau qui croassait, hilare, perché dans un arbre dénudé…
Il y avait…
La fraîche brise s’insinuant dans le silence et soufflant son rire glacé au visage…

Au visage… D’un bel homme blond aux yeux aciers brillant d’une incrédule colère, comme celle des enfants. Les mains enfoncées dans les poches de son long manteau gris sombre, la stature droite et fière, le visage tourné d’un quart, la joue rougie…

Rougie par une main joueuse qui s’éloignait de quelque pas, s’articulant lestement, pianotant alors que sa propriétaire devait bien rire de son tour… Chazera Ohnelli voulait jouer.

    Elle l’avait… Elle l’avait giflé. Elle, l’inconnue, la fille tordue, l’anonyme jusqu’à hier, l’hase tarée, l’ignorée depuis toujours… Elle l’encore insignifiante, la rencontre toute neuve, la coïncidence d’un jour… Elle l’avait giflé.

    « Je ne suis pas un monstre de foire, si c’est à ça que tu t’attendais, monsieur Cheveux-D’Or ! »

    Ah non ? Pas un monstre de foire ? Par toutes les foutues catins des Dieux et des mortels !! Qu’est-ce que c’était alors ? Une femme ? Ah ça en avait bien les formes et les attraits mais c’est tout ce que ça en avait !

    « Mais quelle garce… » murmura Eres, un fort accent courroucé dans la voix.

    Oh l’effronté larron s’était déjà fait souffleté maintes fois par la gente féminine mais en général, il y avait une raison à la clef… Nom du bordel privé d’Ada, où elle était, là, cette raison ?? Cette peste l’avait frappé de façon tout à fait arbitraire ! Pour le bon plaisir de dire qu’elle était complètement barrée, qu’elle aimait ça et prouver l’exact contraire de ses paroles ? Pas que ça faisait grand mal -d’abord si, cette maudite lapine était en plus une vraie brute-, il avait déjà vécu bien pire mais c’était surtout injurieux ! Où pensait-elle avoir acquis le droit de le frapper ? Qui croyait-elle donc être pour oser porter sa petite main bourgeoise sur Eressëa Sùlë Hravan ? Qui lui avait-elle donné cette éhontée assurance ?

    Eres n’avait pas bougé, éberlué… Cette baffe n’était rien à côté d’autre traitement qu’il avait pu subir -notamment en compagnie d’une barge aux mains d’acier- par contre c’était tout à fait inattendu. Il n’essaya pas spécialement de donner une explication logique au fait qu’en l’affublant du sobriquet « hase » elle avait sourit de plaisir alors qu’au compliment -certes bien trempé d’impudence- elle l’avait giflé ; elle était folle… Non ? Elle était folle et avait tenu à le prouver. Fort bien, la crapule n’était pas contrariante ; il la traiterait en tant que telle.

    Chazera revenait, finalement. Son offense n’avait point duré plus d’une poignée de seconde… Eres esquissa un rictus effroyablement mauvais que l’affreux charme de l’insolence embellissait jusqu’au paroxysme de l’effronterie enjôleuse. Visiblement, elle n’était pas de ces dames avec lesquelles le voleur faisait un effort de courtoisie… Non ? Tant pis… Tant mieux… La fête n’en allait être que plus belle…
    Il s’arracha à cette contemplation vitreuse de la route qui voilait son regard et tourna enfin son attention sur l’immonde cinglée qu’il désignait dès lors comme un défouloir potentiel. Une attention incendiaire, vibrante d’une délectable colère ludique et froide. Froide oui, Eres charriait les glaces. Il posait sur la damnée hybride animale deux cristaux polaires d’un calme boréal…


    « Jouons à chat ! »

    Quels charmants accents mutins et tendancieux… Suintant une insanité délicieusement malsaine… Alors il l’intéressait finalement, le monsieur cheveux d’Or ? Eres lui décocha un sourire machiavéliquement méprisant, de celui que l’on offre aux gueux mendiants dans les rues et dont on se moque des haillons avec une hauteur arrogante et raillarde. Il la salua donc de cet élan de dédain pur et insultant puis… Lui tourna ostensiblement le dos. Faisant mine de lui glisser entre les doigts, de cracher sur son invitation, de s’en aller, lassé. Il fit quelques pas puis… Il s’arrêta et le va sa tête blonde vers le ciel, inspirant profondément avant de faire volte face, son sourire frondeur toujours aux lèvres.

    « Tu veux jouer, mon lapin… ? » fit-il d’un ton crissant sous une insolence insoutenable.

    Il eut un sifflement goguenard.

    « A chat ? »

    Clairement, il se fichait ouvertement d’elle et de son excitation puérile. Il ne savait pas exactement ce que signifiait « jouer à chat » pour Chazera Ohnelli. Ce qu’il savait en revanche, c’est qu’il avait besoin de la faire souffrir. Sans doute une femme croisée dans la rue qui aurait agi pareillement n’aurait eu en réponse qu’un baiser volé, histoire de justifier le soufflet, mais là… Ce n’était pas une femme, c’était un "monstre de foire"…

    « Et ferais-tu la souricette ondoyante et maligne ou le fourbe et monstrueux matou ? » demanda-t-il d’un ton qui signifiait très clairement qu’il n’entrait pas encore dans son délire mais lui octroyait sérieusement le second qualificatif.

    Sans doute était-ce en écho à cette démence qui irradiait de sa vis-à-vis… Mais Eres avait terriblement envie de jouer avec elle, lui aussi… Il eut un soufflement indulgent puis l’allumant littéralement du regard :

    « Comme tu voudras, ô créature infâme. Qu’offres-tu pour le vainqueur… ? »

    C’était de ce ton transpirant l’injure, l’insulte, l’affront qu’on entendait rarement dans la bouche pourtant si prompt à l’outrage du vaurien. C’était avec ce regard glacé voilant une violente ébullition qu’on lui connaissait à peine. Ce n’était pas tout à fait lui. Mais ça en faisait intégralement partie.

    Tu as faim, mon joli fauve… ?
    Tu me veux comme amuse-gueule… ?
    Viens… J’ai tellement mieux pour te rassasier…
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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Lun 17 Mai - 4:15

    Le ciel était bleu, couvert d'un léger drap grisâtre.
    Le vent était discret, à l'écoute.
    La maison était silencieuse.
    Le jardinier, à l'autre bout, cessa de racler quelques instants et observa au loin.

    Et lui, il était rouge de colère.

    « Ô combien adorable... »


    Il n'avait pas bouger. Son petit visage d'ange était figé. L'expression dans ses yeux avait changé. Le jeu semblait avoir changé d'aspect, lui aussi. Étrangement. Soit, Chazera s'y adapterait. Eressëa lui plaisait bien trop pour qu'elle le laisser filer; allons, il avait clairement exprimer son désir de participer. Alors, pourquoi maintenant interpréter le contraire ? Il semblait bien trop bon joueur pour abandonner lorsque la mise vient tout juste d'augmenter. Et Chazera Ohnelli en frissonnait d'impatience. Ses doigts, ceux qui avaient heurtés si violemment la tendre joue de l'irrésistible blondinet, bougeaient encore dans le vide, en quête de cette sensation fuyante. Un peu plus et ça avait été la déclaration d'amour. Une excessive et violente déclaration d'amour. Tout comme le serait probablement la relation. Ah, mais quel grand romantique serait en mesure de supporter tant de tendresse ? Le petit prétendant ici présent avait l'air de vouloir reculer un brin. Peur de l'âme-sœur, chéri ?
    Justement, il fit volte-face. Ce geste intrigua tout d'abord la change-forme. Elle inclina la tête, détailla la silhouette souple de Hravan, plissa les yeux. Dangereux. Il leva le menton, elle l'entendit inspirer profondément. Un refus, quoi ? S'en aller si bêtement après avoir fait promesse de plaisir était... cruelle, injuste. Et profondément frustrant. Allait-il vraiment oser ? Espèce de... il se retourna. Juste à temps, avant que son instabilité ne la conduise dans la colère, face à un engagement déjà trahi. Il sourit. Son rictus lui rappela le sien, sans gêne ni honte, fier. Puissant. Chazera ne souriait plus, mais elle pencha la tête et ses prunelles scintillèrent voracement. C'est fou comme une seule personne peut être en mesure d'en emballer une autre, hein ?

    « Tu veux jouer, mon lapin...? »

    Cynique, éhonté, arrogant... mon lapin ! Son cœur palpita. Mon lapin. Ses épaules commencèrent à bouger d'elles-mêmes. Son corps désirait de l'action. L'immobilité ne lui sciait pas. Pourtant, elle s'y contraint; tout gâcher serait trop facile. Si elle voulait jouer. Une question rhétorique, à l'évidence. De toutes manières, qui aurait dit non à une fripouille si désirable ? Ce serait un refus injustifié. Puisqu'elle en avait envie, alors pourquoi pas ? Même si la demande était gorgée de mauvaises intentions, malsaine, peut-être menaçant et porteuse de malheur à son égard, qu'est-ce qui pourrait bien lui arriver ? Qu'il la tapoche un peu, qu'au bout du compte, ce soit un couard grand parleur mais petit faiseur ? Aucune raison d'avoir peur. Elle tendit l'oreille davantage, toujours immobile, prête à en savoir plus.
    Il siffla. Avec sarcasme.

    « À chat ? »

    Ça semblait quasiment enfantin. Lui le pédophile dans tout ça, bien évidemment. Chazera ne pouvait qu'être la victime. Et même si jouer à chat était un terme choisit à la volée, sans trop de signification, elle y trouverait bien un sens, puisqu'il convenait parfaitement à la situation. N'est-ce pas ? Mais le ton de voix d'Eressëa semblait ridiculiser la chose. À cela, la change-forme changea légèrement d'attitude. Imperceptiblement. Peut-être, au bout du compte, la partie allait-elle être différente de ce qu'elle pensait.

    « Et ferais-tu la souricette ondoyante et maligne ou le fourbe et monstrueux matou ? »


    Alors là, c'était insultant. Carrément. Au diable les coquetteries, c'était lui qui venait de faire son choix. Le mauvais, possiblement. Chazera se redressa légèrement. Ses lèvres décrivirent un moue désapprobatrice, en attente de voir davantage. L'impression douce et délicate dans sa main se volatilisa, pour le peu qu'il en restait. Une sensation familière lui monta le long de la colonne. Un picotement, presque imperceptible, mauvais présage. Il était en train de tourner cela, non pas en jeu, mais en massacre tristement nécessaire. Comment ne pas répondre à la menace ? Pour l'instant, c'était encore juste provocation, ce qui ne la ferait pas bouger d'un poil; mais arrogant comme il avait été jusqu'à maintenant, et si peu effrayé, elle ne serait pas surprise que cela se produise. Et en plus, sur son propre territoire, ce qui amplifierait sans doute sa soif de satisfaction.

    « Comme tu voudras, ô créature infâme. Qu'offres-tu pour le vainqueur... ? »

    Même plus de sous-entendu.
    L'Ohnelli bougea la mâchoire de côté. Voulant dire, attends de voir ce que je te réserve. Elle y pensait... la plus grande – et pour le moins amusante – option serait de le massacrer sans plus faire d'histoire. Un beau meurtre, simple et sale. L'image de James Catterson lui revint cependant en tête. Et le courroux associé à ce Sund sans reconnaissance. Ah non, pas d'assassinat aujourd'hui; elle en avait assez pour un petit bout. Et en plus, si Eres n'était pas un Partisan et qu'elle l'apprenait par après, comme elle serait enragée ! Cela passerait sûrement pour un acte de fidélité envers l'Absolue Erreur Tyrannique qui régnait en ce moment même. Plus jamais en son nom. Jamais. Il ne méritait pas tant d'admiration de ses sujets. Roi sans gratitude. Roi déchu.
    Et elle n'avait pas envie de gâcher une si belle journée. Eressëa avait mal réagit à sa gifle. Ce qui était plutôt déplorable – en d'autres mots, il avait des limites, ô combien triste – mais peut-être serait-il récupérable. Alors la princesse des lieux décida de passer outre l'injure.

    Cependant, elle ne put retrouver son sourire. Il s'était effacé. La démence s'était rendormie, atténuée par ses rancunes passées. Un peu plus lucide, elle retint le regard dédaigneux du visiteur, sa propre expression empreinte d'une indifférence sournoise. En clair, ses insultes avaient passé dans le vide; manque de chance, c'était si rare... et elle ne se laisserait pas abattre. Il ne quitterait pas les lieux avant d'avoir assouvi sa soif, et ça, elle se le promit. Au risque de se faire violence.

    « Bien. Alors, laisse-moi te dicter les règles, beauté fatale, mhm ? »

    Son ton était étrangement terre à terre. C'était bizarre à entendre. Pourtant, il ne laissait pas place à la réplique. Elle n'avait pas terminé, et un refus ne serait en aucun cas toléré. Il avait choisi la haine, au lieu de la coquinerie, comme la change-forme désirait au début. Cela passait encore, elle n'était pas du genre à critiquer les goûts des gens sur comment jouer. Mais les règles, s'il choisissait le jeu, ce devait être elle qui les imposait. Et tout bon joueur savait que les enfreindre serait une déclaration de guerre. Radicalement.

    Chazera esquissa un sourire en coin malicieux puis se métamorphosa brusquement en louve. L'immense animal, sa queue fouettant l'air mécaniquement, se mit à former des cercles autour d'Eres. Son souffle calme était perceptible tant ses pas étaient silencieux. Sans prévenir, la louve gronda, planta ses crocs dans les vêtements sombres du visiteur puis en déchira le tissu. Cela avait été relatif de dire qu'elle passait outre l'insulte... petit vengeance personnelle, mon beau. Prestement, elle trottina plus loin, fit face de nouveau à son partenaire, les yeux lourds d'une sagesse pourtant jamais acquise. C'était la force animale. Celle-ci disparut soudainement. L'Ohnelli reprit sa forme originelle, un air nonchalant un visage.

    « Ça, c'est un coup bas. Alors, c'est interdit, compris ? »

    Encore, la réponse était inutile. Et non désirée. Qu'il se taise.
    Elle posa son regard étincelant sur Eres. Durant un instant, elle s'accrocha à ses traits mielleux. À sa stature au complète, mielleuse. Elle se demandait pourquoi, au fond, elle n'en profitait pas. Puis, sans raison initiale – depuis quand en fallait-il une ? –, sa schizophrénie bascula vers l'aspect vicieux. Elle plissa les yeux. Un mélange d'agressivité et d'attirance bouillonnait en elle. Son aura en était soudainement imbibé. L'idée de départ revint à la charge : j'ai faim. Très faim. Trop faim.
    Elle marcha dans une direction parallèle à la sienne, pas à quatre pattes, comme une femme normale se serait approchée en fixant la cible. Avant d'être plus près, elle dit :

    « Il est interdit de s'attaquer aux autres. »

    Elle tendit la main lestement, gracieusement. Du bout de son index, Chazera caressa vaguement sous le menton d'Eressëa à son passage. Puis elle en détourna les yeux, tout en continuant :

    « Seul ton partenaire doit en subir les conséquences... »

    Vice. Son sourire croulait sous le vice. Le désir, peut-être. Malsain, inévitablement. Discrètement, elle lécha ses canines. Il n'était pas une proie à proprement dit. Mettre le doigt sur le terme idéal n'était pas aisé... ah, et puis, elle y songerait durant sa prochaine séance de méditation. Pour l'instant, la seule chose qui comptait était le reflet de son violacé dans le bleuté effronté d'Eressëa, la main pâle qu'elle introduisit facétieusement derrière son cou, les lèvres qu'elle approcha de celles délicatement rosés du visiteur...
    Ô, ce n'était pas perversion.

Il y a la pomme de la sorcière,
l'aiguille de la vieille fée,
puis le baiser de la change-forme...
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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Ven 25 Juin - 18:41

Un souffle sur ses lèvres,
Un parfum hypnotique,
Un regard psychédélique,
Une main puissante sur sa peau.
~ Le baiser… de la Change-Forme ?


Quelque chose glissait le long de son échine, alors qu’il parlait. Un frisson. Son corps tout entier l’alertait de ce dont son esprit se riait avec une incroyable désinvolture.
Danger.
Excitation.
Il ne savait où trancher. Le jeu était vibrant, pour sûr, l’Ohnelli face à lui pulsait la démence, l’étrangeté, l’imprévisible. L’imprévisible… Impossible de la faire tomber dans n’importe quel panneau, ses réactions étaient tout à fait aléatoires, incohérentes pour commun des mortels.

Il la testait. Elle l’intriguait. Il voulait voir où étaient ses limites et en quoi consistaient-elles. Une insulte la faisait rougir de plaisir, une caresse lui hérissait le poil… Elle était tout, sauf banale et en dépit de la situation d’alarme de son instinct de préservation, Eres demeurait là, face à la Princesse de la Folie qui ondoyait devant lui.
Elle ondoyait, oui. A chaque nouveau mot que prononçait le voleur, elle se mouvait avec la grâce de l’étrangeté, du dérangeant. Elle ne tenait pas en place, c’était flagrant, mais retenait en masse toute la bouillonnante énergie qui enflammait ses veines et bandait ses muscles. Elle patientait, bougeant légèrement, imperceptiblement… Elle était le prédateur tapi dans les fourrées qui roulait lentement ses épaules et faisait corps avec sa force, prêt à bondir, incendiant sa proie du regard, sans ciller. La proie, c’était lui. Fier et arrogant, qui lui rendait onde pour onde son regard et ne bronchait pas, offrant simplement ses mots frappés par l’effronterie, la testant toujours plus.
Du plaisir, l’attitude de Chazera passa lentement au courroux. Là, touchée. Le mot « monstre » semblait avoir une certaine influence, sur elle. Un dernier spasme dans la main qui avait frappé la crapule. Elle ne riait plus.

Eres lança sa dernière réplique, et observa. Le visage si fin de sa vis-à-vis se déforma d’un pli contrarié, menaçant. Elle ne souriait plus. Plus du tout. Elle n’ondoyait plus non plus, se tenant simplement là, immobile. Une inquiétante immobilité. La brise égaya ses longues mèches cendres… Des mèches cendres… Un corps emplit de violence, des mèches cendres… Cette vision ne lui était pas étrangère, où l’avait-il déjà vue ? Cette rage animale cendrée, où… ?

Stop. Elle changea à nouveau ; courroux passé, ébullition aussi. Pour peu, aurait presque parut normale. Saine d’esprit.
Indifférence. Les mots d’Eres qui l’avait pourtant fait réagir, qu’elle avait cueilli et ruminé, elle ne les retenait plus finalement. Ils continuèrent leur chemin, s’évanouissant dans l’air. Elle changeait de terrain.
La fripouille se sentait comme sur un grand échiquier. Il avait avancé un cavalier, téméraire et outrageux en face de la reine, la défiant sans pouvoir la détruire. Bien en face, du suicide. Sauf qu’au lieu de bouger sa reine pour punir l’importun comme l’aurait supposé Eres, Chazera Ohnelli bougea un simple pion.

« Bien. Alors, laisse-moi te dicter les règles, beauté fatale, mhm ? »

Beauté fatale… Cette fille avait pour le moins une étrange façon de s’exprimer. Beauté fatale… Eres ne s’arrêta pas longtemps dessus, attentif plutôt au ton de sa voix : normal. Tout à fait normal. Qu’allait-elle faire, alors ? Encore une fois, il n'y avait aucun indice tangible, rien, absolument rien ne permettait de prévoir les réactions de la change-forme…

C’est pourquoi lorsqu’elle se métamorphosa en louve, il ne put retenir un mouvement de recul. Là, c’était vraiment dangereux. Il ne céda en rien cependant : l’aliénée avait sourit, juste avant. Le genre de sourire que l’on ne servait pas avant une exécution en bonne et due forme. Un sourire joueur. Elle ne le tuerait pas, pas tout de suite. Elle formait des cercles autour de lui, prédateur avisé. Elle gronda et bondit, Eres eut un mouvement brusque, prêt à se défendre, la mine fermée, mais elle n’attrapa que son manteau dans sa gueule et le déchira violemment. Provocation ? Menace ? Vengeance ? Prédiction ? Elle s’éloigna tranquillement et fit face à un Eres silencieux et pour une fois, sérieux. Il s’agissait de ne pas non plus perdre sa vie. Elle plongea ses yeux lupins dans le gris acier du vaurien. Il ne broncha pas, attendant la suite. Chazera reprit sa forme originelle et déclara paisiblement :

« Ça, c'est un coup bas. Alors, c'est interdit, compris ? »

Détente. Le ton nonchalant de la schizophrène balaya la tension que’avait imposée ce danger immédiat à Eres, ses sens néanmoins en alerte, l’impression de s’être encore fourré dans un drôle de guêpier.
Excédé, le filou grinça des dents… Un coup bas, hein ? Pas la peine de l’illustrer ! Vieille folle ! Et qu’est ce qui était interdit dans cette histoire, d’abord ? D’arracher les vêtements de l’autre ? De se servir de son don ? De faire mine de vouloir bouffer son adversaire ? Les coups bas en général ?
L’air profondément agacé d’Eres qui retenait un nouvel accès de colère ne dû pas échapper à l’Ohnelli qui le détaillait d’un œil lumineux. Sans pudeur, elle retraçait les traits du voleur de son regard. Plus agacé encore, il intercepta son œillade et y vit, stupéfait, que l’expression y avait encore changée. Une expression… Quoi… Gourmande ? C’est ce qu’on appelait « dévorer quelqu’un du regard », non ? La morphale s’approcha encore de lui et leva souplement une main vers le visage de sa proie potentielle ;

« Il est interdit de s'attaquer aux autres. »

… Stupide femelle ! Qui attaquait qui, dans l’histoire ? Il grinça imperceptiblement des dents, exaspéré.

« Seul ton partenaire doit en subir les conséquences... »

La cohérence de ce qu’elle disait échappait complètement à Eres. Pas le droit de s’attaquer aux autres, mais le partenaire doit subir des conséquences ? Ca avait un sens ? Il ne put pas s’interroger d’avantage ; il crut voir une langue avide passer sur des canines blanches, puis, elle capta de ses améthyste le métal du voleur, glissant derrière sa nuque une main sournoise. Lentement, elle se pencha vers lui…

Un souffle sur ses lèvres,
Un parfum hypnotique,
Un regard psychédélique,
Une main puissante sur sa peau.
Le baiser… de la change-forme ?


Elle avait quelque chose d’hypnotique, oui, vraiment. Ses mouvements ondulés peut-être, son regard profond empli de démence ou tout simplement son aura perverse appelant aux pensées les plus répréhensibles. Elle avait quelque chose d’ensorcelant. Quelque chose qui souffla la colère d’Eres et l’envahit d’un calme léthargique alors que les lèvres de la change forme frôlaient bientôt les siennes. Elle était bien désirable, cette monstrueuse folle…
Toutefois, Eres restait Eres en toutes circonstances et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il était bien loin du mâle en rut ne réfléchissant que par son entrejambe.
Il joua le jeu tout d’abord, faisant mine de la chercher, lui aussi. Il glissa une main sur son épaule et… La saisit au cou, comme pour l’étrangler, l’éloignant doucement mais avec fermeté. Oh il ne doutait pas que Chazera puisse être plus forte que lui, non. C’était…

Le souvenir le frappa de plein fouet : la louve, la chevelure cendre, le corps pulsant violence et vice… L’excentrique de la place au bal d’Halloween. Elle était son assassin. Subitement, l’attitude d’Eres changea ; cette femme… Etait vraiment, vraiment, vraiment dangereuse… Il resta impassible de visage, fut plus sur ses gardes, bien qu’un expert n’eu pu déceler ce changement. Un expert. Mais une change-forme ? Oui, c’était dangereux.

Il la relâcha et esquissa un sourire froid plein d’impudence. S’obligeant à paraître identique à un peu plus tôt, espérant qu'elle ne remarquerait rien.

« Toi… Tu me sous-estime, pas vrai ? »

Il ne parlait bien évidemment pas la d’un quelconque rapport de force, mais bien de la tentative de séduction de Chazera Ohnelli. Avait-elle pensé que tel le gigolo des bas-fonds, il l’accepterait après cela ? Trop facile.

La chasseresse son létale baiser a voulu donner,
Mais la proie effrontée d'un sourire l'a refusé.
La Change-Forme ira ailleurs chercher son repas,
Car le voleur libre et léger s'est échappé de ses bras~


Ou pas.
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Chazera Ohnelli


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Dim 5 Sep - 19:10

    L'instinct animal, la plus pure méfiance l'empêcha de clore complètement les yeux, se contentant d'approcher seulement ses lèvres en un geste probable d'irraison, mais peut-être voulait-elle seulement aussi déposer une sensation différente au creux de sa main posée sur la nuque du visiteur, outre que celle grisante mais triste au possible d'une gifle bien plantée. Sous cet angle, la réaction ne l'aurait pas vexée ou eut le moindre effet déplorable, puisqu'elle aurait obtenu ce qu'elle cherchait. Mais dans l'autre cas, qu'était en réalité la cible ? Un baiser ne donne rien dans la vie; cela ne scelle ni mariage ni promesse, ni guerre ni haine. C'est un futile touché humide. La représentation que les autres s'en faisaient était cependant intéressante; à exploiter sans aucun doute. Un rapprochement ? Allons, ne soyons pas dupe. Chazera ne se suffisait pas elle-même, mais ne quémandait pas pour autant autrui, quel désintérêt et soumission hypocrite.
    Alors, du coin de l'œil, elle le vit lever la main vers elle, très vaguement. Puis une chaleur humaine se déploya sur la colonne d'ivoire glacé qu'était son cou. Des milliers de questions et d'appréhension fusèrent, de même qu'un gigantesque déferlement de méfiance à l'égard de la main posée sur son gosier. Il en suffit de très peu pour mettre un terme à une existence lorsque notre main est posée sur la gorge de celle-ci, la change-forme était très bien placée pour le savoir. Ce pourri désirait-il mettre fin au jeu sans s'en excuser ? On ne ferait pas ainsi, dans la grande bourgeoisie... dès que la peau d'Eressëa frôla la sienne, ses yeux s'étaient ouverts empreints de cette émotion inexplicable qui s'empare du regard des bêtes avant d'être exécutées par l'ennemi. Un éclat résolu de fatalité, de croyance en la vie autant que d'une tristesse marquée de regrets. Et ce dédain désolé qui se prononçait par les commissures de ses lèvres abaissées. Elle leva aussi brusquement le menton par fierté, ou par autre chose. L'interprétation pouvait représenter des milles de choses différentes pour chacun.

    Un quart de petites secondes plus tard, l'Ohnelli sentit une pression se communiquer à sa trachée par la main du chapardeur. Il voulait l'étrangler, le salaud ? On aurait dit qu'il tenait à se protéger de tout, qu'il craignait la lame dissimulée comme un triste homme avec son crucifix devant une femme étrange. On sous-entendait toujours la mort avec elle. Personne n'y voit donc la vie ? Et merde. Si l'étau des doigts d'Eres se resserrait, la transformation serait rapide et meurtrière; pas nécessairement fatale, mais tristement forcée. Un autre joyeux lupin envoyé au tapis ? L'idée ne la ravissait pas, et c'est probablement pour cette raison première que la frustration lui monta au nez. Elle recula donc d'un pas comme semblait lui dicter la main de son vis à vis. Puis celle-ci quitta le cou de la change-forme. L'insulte était palpable.

    « Toi... tu me sous-estimes, pas vrai ? »

    Le sous-estimer. Misérable, petit homme qu'il était, à ne penser qu'à son orgueilleuse dignité et à lui-même. Comme s'il n'était question que de lui, vulgaire parcelle dans un monde d'infinité les surpassant tout les deux. Ignorant ! Ô combien...

    « Madomoiselle Ohnelli ? Est-ce que tout va bien... ? »

    Ce ton de voix inquiet, légèrement concerné et pourtant posé, elle le reconnaissait. Son sang fit un tour et elle s'écarta vivement du voleur comme une enfant prise la main dans le sac. Le jardinier la toisait calmement, passant d'Havan à elle, puis retournant à Havan sur qui il jetait un coup d'œil décidément circonspect. Comme s'il fouillait dans sa mémoire.

    « Jardinier ! »

    Son exclamation avait une légère onde d'excuse. La soudaine présence de celui-ci la préoccupait, avait-il vu tout le spectacle ? Elle ne se pardonnerait probablement pas.

    « Mademoiselle...? »
    « Oui, oui tout va bien... ne vous inquiétez pas. Et pour les feuilles, je m'y mettrai dès cet après-midi, d'accord ? »


    Tout en s'approchant de son cher employé, elle jeta un regard à Eres le défiant de prononcer le moindre mot. Et c'était un avertissement plus sérieux que tous les autres; cette fois-ci, elle n'hésiterait pas à lui faire la peau, au blondinet. Plus aucune excuse, s'il s'imposait, il paierait les conséquences. Et on ne parlait pas ici d'imprévisibilité et tout le tralala, c'était clair net et précis. Et d'un impérialisme ébranlant, à son goût. Que de passer pour une putain aux yeux du jardinier, quelle horreur ! Car elle savait le filou capable d'une telle chose, au fond il n'était pas bien mieux qu'elle; il devait blesser les femmes autant qu'elle meurtrissait ses proies. Bien volontairement, sans trop de pudeur. Même si elle ne le tenait plus beaucoup en respect – car il y avait eu une lueur d'espoir au tout début – tuer ne lui plaisait pas, ces jours-ci... et offrir un sacrifice humain au jardinier ne l'enthousiasmait pas plus. Tout au contraire.
    L'expression du jardinier passa d'une inquiétude sincère à une curiosité insistante. Ce jeune homme ne semblait pas faire le bonheur de Chazera, comme il ne semblait pas l'adorer, alors pourquoi venir ici faire du trouble, l'ennui, c'est ça ? On perdait la vie à force de chercher à nuire aux autres, mais qui était là pour l'en avertir ! À ses yeux de vieux sage, c'était plus triste qu'autre chose, comme pour la « maladie » de sa protégée. Il ne la voyait pas comme une handicapée, soyons clair; plus au contraire. Elle était disons... trop capable, voyez ?

    « Jeune homme, peut-être voudriez-vous prendre... »
    « Oh ! Jardnier, ne t'inquiète pas de lui... allons, profite de tes vieux jours, je sais que tu as toujours voulu construire des perchoirs à colombes, n'est-ce pas ? Vous m'en parliez souvent, quand j'étais jeune... allez donc entamer votre projet, je vous en pris... »


    Elle tenait bien évidemment à le tenir loin de toute cette histoire et son air d'excuse lui donnait le mérite de le faire avec le plus grand respect qui soit. Chazera prit son vieil ami par le bras et marcha avec lui quelques pas vers sa disons, « cabane » de luxe, en espérant qu'il obtempère, car la jeune femme n'aurait su l'en obliger. C'était facile de voir qu'il allait et venait bien selon son désir, et si les jardins étaient jolis à chaque année, c'était son désir propre, pas celui de sa maîtresse. Avant de continuer sur son chemin, le jardinier lâcha quelques mots qui durent faire bondir Eressëa.

    « Mademoiselle Ohnelli, vous savez que j'ai aperçu cet homme en train de dérober de vos bijoux il y a quelques temps ? »
    « Oh, jardinier, père n'aurait pas été content... »


    Elle eut un petit rire nerveux puis laissa son compagnon s'en aller en lui disant qu'ils se reverraient au dîner. Puis quand il fut assez éloigné, toute sa tension se relâcha d'un seul coup et elle s'affala dans les fleurs au sol. Assise dans sa position de départ – les jambes croisées – elle prit une tulipe rouge et jaune et en sentit la parfum caractéristique. Chazera n'avait plus envie de faire l'idiote, maintenant...

    « Allons, Eres, vous pouvez partir maintenant, je ne vous ferai aucun mal, comme vous sembler bien vouloir le croire. Tristement. »

    L'Ohnelli ne tenait pas à lui faire face. Cet homme n'était pas un débile et il ne fallait pas être un génie pour comprendre qu'il venait de voir sa faiblesse. Sa plus grosse faiblesse. Et en restant ainsi, peut-être plus distante et polie, elle espérait qu'il comprenne qu'elle ne tenait pas à ce qu'il l'exploite. Comme elle ne tenait à devoir en faire payer les conséquences à qui que ce soit.

    De la force nait la faiblesse;
    Et de la faiblesse nait... les principes ?
    Oh mon dieu.
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Eressëa S. Hravan


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Sam 11 Sep - 18:08

Heureusement qu’il fut décidé qu’Eressëa Hravan fût un homme lunatique. Comment aurait-il pu suivre, autrement ? De la curiosité, il passa tout d’abord à une fascination vicieuse, de cela, il sauta à une stupéfaction blessée menant à une colère sourde et peut-être un peu puérile. De là, il regagna son insolence naturelle en sans doute moins légère et guillerette qu’habituellement, le tout englobé dans une méfiance instinctive qui se renforça avec les souvenirs d’Halloween revenus. Et à présent…

Chazera Onhelli le regardait d’un œil perçant. Dans un certain sens, il l’avait eu : c’était sa main à lui qui enserrait cette gorge si opaline, c’était lui qui avait un pouvoir de vie et de mort sur l’autre « joueur ». Seulement, il n’était heureusement pas naïf à ce point -sans quoi sa profession l’eut rapidement laissé agonisant sur un trottoir- et se sentait presque testé par la Change-Forme. Elle était forte, elle pulsait la puissance, l’énergie dévastatrice contenue prête à jaillir pour défendre sa vie et punir les impudents qui oseraient ne serait-ce qu’empiéter sur sa dignité de princesse. Il savait très bien que son apparente position de force n’était qu’une illusion qu’elle-même pourtant, à voir son regard, ne prenait pas à la légère. Elle avait l’étincelle des bêtes aux abois, de la louve prête à mordre, du gibier prêt à détaler, de la biche fière et sage qui n’hésiterait pas à baisser la tête pour charger son assaillant jusque son dernier souffle. C’était un regard magnifique qui accrocha les iris acier du voleur, une seconde d’éternité, elle l’attachait à elle par ce simple regard. Puis, elle recula. Un pas.

Il n’avait pas imaginé qu’elle puisse tant se raidir, simplement parce qu’il l’avait saisi par le cou. Oh non, Eres n’était pas un homme faible et il avait suffisamment combattu d’ennemis -bien souvent dans leur droit, pourtant- pour savoir que sans se situer dans les guerriers accomplis, il était une fripouille bien difficile à faire plier. Mais s’il avait si bien survécu jusque là, ce n’était pas par la force de son bras et le fil de son épée : c’était par son instinct aiguisé qui analysait la force d’en face, saisissait ses chances de gagner ou perdre et agissait en conséquence. Chazera Ohnelli n’était peut-être qu’une petite femme élevée dans un château, mais il n’était pas assez idiot pour ne pas sentir tout le danger qu’elle représenterait si elle décidait de le voir mourir. Et il en mesurait l’ampleur en se souvenant du génial imbécile de la place.

Elle ne broncha pas toutefois, et il la libéra sans plus de cérémonie : Eressëa n’était pas un tueur, surtout si on ne lui avait rien fait. Elle ne lui avait rien fait. La gifle ? Bah, il s’en était pris si souvent qu’il ne s’en souviendrait même plus dans trois jours. Au contraire, elle le tolérait en dépit de la verve qu’il déployait à son égard. Elle le tolérait avec une désinvolture sauvage, un feu princier, une patience chasseresse. C’était étrange. C’est sans doute ce qui le retenait encore en ces lieux -en plus de fait qu’il n’était pas tout à fait certain de pouvoir partir sans sentir des crocs se refermer sur sa nuque.

Et tout changea du tout au tout. De l’inquiétante bête sauvage pleine d’une démente noblesse il ne resta plus qu’une jeune femme à la beauté fraiche et la grâce simple aussi affolée qu’une gamine bourgeoise surprise par ses parents à jouer dans la boue. Et tout cela à cause d’un…

« Jardinier ! »

Par la bouteille du dieu des fêtes, mais c’était un ton penaud ! Presque bouche bée, sourcils haussés et expression stupéfaite, Eres regarda la jolie cinglée prendre un air presque fautif devant son employé. Un jardinier. Par qu’Eres dénigre les jardiniers, hein ? Lui-même n’était même pas d’une classe sociale si élevée, c’était dire, il était simplement plus que surpris de l’impact qu’avait l’homme sur sa maîtresse aux airs si guindés. L’échange suivant laissa la canaille plus frappée encore… Elle… Voulait ramasser les feuilles… ? Alors qu’elle avait en face d’elle son jardinier ? Qu’elle payait chaque mois pour précisément ramasser les feuilles ? Et bien ils ne s’en faisaient pas, les domestiques, ici ! Croisant les bras, prenant une attitude spectatrice, un sourire bluffé en coin et le sourcil toujours haut, Eres observa presque avec amusement ce brusque changement d’atmosphère. L’Ohnelli lui lança un regard mauvais, lui stipulant clairement que s’il osait l’ouvrir, elle en ferait de la chair à pâté. Ce n’était certes pas la première fois depuis le début de la rencontre mais de toute façon, Hravan n’avait surement pas l’intention d’intervenir, ce nouveau chapitre était bien trop étonnant pour vouloir en modifier le cours. Ca alors… Un jardinier avait de l’influence sur la princesse folle… Fou… Et le jardinier… De la tendresse envers son employeuse. On pouvait donc avoir de la tendresse à long terme pour cette femme si impulsivement meurtrière ? Parce que oui, Eres se souvenait fort bien du gratouilleur de terre qui l’avait si obligeamment intercepté un an plus tôt. Il était toujours là, vivant, et attaché à sa patronne. Fou.

L’homme s’apprêtait à proposer à Eres de prendre… Un thé, sans doute ? Mais la chef des lieux lui coupa la parole pour l’envoyer construire des cabanes aux moineaux. A en juger par son ton et par ses mots, ça faisait bien longtemps qu’ils se connaissaient, ces deux-là. Quelqu’un avait donc réussi à s’attirer la sympathie, l’amour et même la protection de la Change-Forme qui terrorisait tant de monde… Eres en ressenti un élan d’admiration pour le bâtisseur d’abri à colombe qui s’éloignait déjà de quelques pas, tiré par une Chazera qui tentait avec mille et une précautions de lui faire quitter la scène. Non seulement elle aimait beaucoup cet homme : mais en plus elle le respectait profondément ! Eres tenait sûrement là un secret que plus d’une personne souhaiterait posséder… Il connaissait… Oui, il connaissait le point faible de Chazera Ohnelli… Jamais, en venant ici, il ne se serait imaginé repartir avec un tel savoir. Enfin… Il n’était pas encore reparti, me diriez-vous…

« Mademoiselle Ohnelli, vous savez que j'ai aperçu cet homme en train de dérober de vos bijoux il y a quelques temps ? »

Eres eut un sursaut de surprise. Sa première réaction, fort puérile, fut d’invectiver mentalement le jardinier : cafteur ! Après tout ce temps, il osait remettre ça sur le tapis ! La seconde, plus mature, fut de se trouver en plutôt mauvaise position… Et si la princesse y tenait, à ses bijoux ? Maudit jardinier !

Mais non. Loin de là, elle écarta presque gentiment l’accusation en promettant le repas à son employé. Ce dernier céda et quitta enfin la demoiselle qui, soulagée, tomba souplement dans l’herbe.

Encore sous le choc de la découverte de cette nouvelle facette de l’aliénée beauté, Eres la contempla avec des yeux pétillants d’intérêt, un sourire mi-amusé, mi-railleur aux lèvres. Ah ça : il n’était plus du tout en colère, il considérait presque la jeune femme sous un nouveau jour. Presque. Il n’avait pas oublié qu’elle était un dangereux assassin fanatique de Sund. Toujours sur ses gardes et presque attendri, l’air d’un gamin ayant surpris un couple interdit, Eres attendit la suite.

« Allons, Eres, vous pouvez partir maintenant, je ne vous ferai aucun mal, comme vous sembler bien vouloir le croire. Tristement. »

Ca, c’était gentil. Il sentit sa propre tension se relâcher un peu -un tout petit peu. Il avait bien vu à quel point cette femme était lunatique : elle pouvait très bien dire cela un instant, puis l’égorger dans l’autre. Il eut une expiration amusé, un « tss » aux notes rieuses mais sans réelle moquerie, juste étonné.

« C’est très aimable de votre part. »

A peine goguenard. Il était tout de même content qu’elle décide de le laisser repartir sain et sauf alors qu’il avait manifestement découvert quelque chose d’énorme qu’il pourrait vendre à prix fort chez les opposants. Une morale ? M’enfin, on parle d’Eres !

Il secoua la tête, doucement, tout sourire. Et s’accroupi lestement à côté de la Bête.

« Je crois que vous êtes effrayante, je ne le cache pas. Mais, j’ai été ravi de constater que vous n’étiez pas que cela. »

Un ton léger et mutin. Insupportable, mais pas insultant pour deux piécettes. Oui, Eres aussi était parfois un personnage un peu étrange. Il se redressa, regarda le jardinier entrer dans sa… Son… Son palais miniature, puis reporta à nouveau son attention sur la Change-Forme et sa tulipe.

« Vous n’êtes pas un monstre. »

Ca n’était pas vraiiiment une excuse, mais ça sonnait pareil. Il signalait qu’il s’était peut-être trompé dans son jugement, qu’il ne la considérait pas pour autant comme quelqu’un de gentil et ne l’adorait pas non plus, mais qu’il respectait -dirons-nous- ce côté humain qu’elle avait découvert bien malgré elle devant lui. Bon, il ne tenait pas spécialement non plus à trop s’attarder : on ne savait jamais avec elle, ses mots sans méchanceté aucune pouvait très bien la remettre en rogne et mieux valait donc filer avant.

« Et loin de moi l’idée de vous attrister. »

Il hésita un bref instant puis, avec un soupir vaincu, il lui lança un dernier regard chagrinée avant de reculer de quelques pas. Pourquoi ce soupir, pourquoi ce regard ? Parce qu’Eres est un incorrigible imbécile et qu’il savait fort bien qu’il ne dirait jamais un mot sur ce qu’il venait de découvrir. Chazera Ohnelli était une femme dangereuse, une tueuse, quelqu’un qui avait brisé bien des liens en massacrant bien des gens et sans doute ne méritait-elle pas de vivre paisiblement dans son château mais… On ne se refaisait pas.

N’y cherchez aucune logique…
Mais n’y cherchez pas non plus une promesse.
Eressëa n’a promis qu’une seule et unique fois,
De toute sa vie.


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Lun 20 Sep - 4:21

    « Tss. »

    Rire nous permettra de survivre, d'effacer l'erreur que représente la nostalgie, de réduire au néant la bêtise qu'est la mélancolie, de détruire la gaucherie étant l'ennui. On ne se moque pas, ni de l'autre ni de ses imperfections; un individu autre en est-il seulement capable envers son prochain ? Son prochain vis à vis lui, son prochain qu'il n'apprécie pas forcément et abhorre peut-être; son prochain qu'il aborde avec cet orgueil empreint d'intelligence digne, son prochain qu'il vit sous les angles les plus pointus et sans doute les plus intimidants qu'un être ait pu porter. Car à la différence des animaux, ici on voit dans la déviance une qualité nommée « authenticité », une qualité dont très peu peuvent se vanter. Puis on se prend à l'aimer, à l'haïr; par jalousie, par autre chose de plus poussé.
    Dompter une bête est sans doute possible. Pour la plus agressive de toute, vous utiliserez sans doute votre propre colère comme armure, puis votre force et même peut-être ferez-vous usage de l'hostilité se terrant en vous. Que pensez-vous tirer de cette domestication? N'en sortira qu'une relation malsaine, violente. Mais parfois les événements poussent le dompteur à voir une autre facette, probablement plus maniable cette fois, plus bienveillante. Ou pour le moins, basée sur une attitude bien. Or, il dépend toujours de la manière dont ce dresseur exploitera cette faiblesse ainsi dévoilée. Rire vous apportera un sourire; comprendre est sûrement la meilleure des choses à faire pour approcher les plus troublés de ce monde, qu'importe la situation.

    « C'est très aimable de votre part. »

    Du sens dont la rencontre avait commencé, on aurait cru pouvoir entendre un sarcasme à la suite de cette phrase conciliante au possible. La voix légère était curieuse et sonnait drôle. Le dos droit, toujours, stoïquement assise les jambes croisées, en position de méditation, elle ne bougea pas d'un brin. Son unique mouvement était cette jolie tulipe qui roulait entre son index et son pouce par la tige. Ceci était le signe démontrant ses réflexions sérieuses; une vieille manie de toujours faire tournoyer quelque chose entre ses doigts. Elle sentait les restes de l'énergie sereine utilisée durant son exercice spirituel flotter dans son esprit. À focaliser sur ces filaments, Chazera restait en mesure de cesser pratiquement tout mouvement et bouillonnement. En tant qu'esprit divisé, aucun changement ou moindre déviation ne lui échappait. Cela n'empêchait pas la schizophrénie, et la concentration essentielle pour l'exercice restait rarement disponible. Néanmoins, ceci restait l'une des capacités de la princesse de lieux; on peut être surpris du résultat lorsqu'elle n'est pas interrompue par un jeunot. Pourtant, il lui fournit un sujet sur lequel elle put méditer; il la vouvoyait, non ? Mais quand avait-il au juste cesser de le faire pour la tutoyer ? Respect, ou bluff d'idiot en jupons ? Et puis on avait ici un compliment qui lui faisait froid. On ne se fait pas mettre à nu tout les jours, et certains aiment bien préserver leur pudeur. Dont elle, justement. Mais bon, qui s'amuserait à la décortiquer, dites-moi... Dieu ait l'âme de ce désaxé.

    « Je crois que vous êtes effrayante, je ne le cache pas. »

    Elle se surprit à penser qu'elle en avait marre. Marre de se faire appeler « la terrifiante », « l'effrayante », « la tueuse ». On ne se fit qu'aux apparences, dans ce monde. D'accord, l'Ohnelli n'était pas des plus délicates; et alors ? La rose est la fleur de jardin la plus menaçante avec ses épines, pourtant elle demeure l'une des favorites des jardiniers ! Ah, les humains... et c'était sincère. Qu'est-ce qui n'allait pas, chez elle, à votre avis ? Son côté humain, bien évidemment. Quoi d'autre. Des bipèdes, des mystères sur deux pattes. Même ce petit bonhomme blond ici présent était un peu dérangé, apparemment. Chazera lui avait offert la liberté; de partir sans dommages ni intérêts. Et il restait. Même, il s'accroupit à côté d'elle. Je n'ai pas dit « près », on ne croit pas aux miracles, ici. J'ai dit à côté.

    « Mais, j'ai été ravi de constater que vous n'étiez pas que cela. »

    Ce fut plus instinctif qu'autre chose : elle tourna sèchement mais légèrement la tête vers lui, le regard en biais. Ses yeux incandescents fixaient ses mains. Pâles, habiles et souples; conclusion du geste. Une sensation étrange l'avait momentanément prise à la gorge. Comme un malaise d'une fraction de secondes, une gêne ou bien une surprise. Pourquoi les gens ont-ils peur de la force, de la fierté et se rapprochent-ils à la vue d'une faiblesse ? Se protègent-ils tant ? C'était quasiment désolant de réaliser à quel point le comportement humain étant fondamentalement égoïste à ses yeux. Je m'approche, mais à la condition que tu sois davantage en détresse qu'une menace. Et malheureusement ce mignon petit pan n'y faisait pas exception, aussi futé et brillant fusse-t-il. Était-elle ainsi elle-même ? Reprocher aux autres ses propres erreurs n'est pas plus songé, hein...
    Son mouvement d'index et de pouce continuait, de plus en plus rapide. Comme un compte à rebours, plus elle y songeait, plus la vitesse augmentait. La tulipe voletait... un peu plus...

    « Vous n'êtes pas un monstre. »

    Alors là, comment user d'autre chose que de sincérité. Revenir sur ses mots, même pour une racaille, c'est sagement faisable? La change-forme n'était même pas certaine de l'avoir un jour fait elle-même. Admirable, sans aucun doute... et elle n'était pas un monstre. À l'évidence, il parlait selon ce qu'il savait, mais ne comprenait toujours rien à son pouvoir. C'était sans doute mieux ainsi. M'enfin, Eressëa n'avait plus l'air bien hostile et faute de ne plus avoir une odeur de menace, il ne s'imprégnait pas de faiblesse non plus, et ainsi ne créait aucun motif d'agressivité. Ne vous détrompez pas; elle aurait très bien pu vouloir jouer et lui offrir de voir à quel point elle n'était pas un monstre en souriant joliment. Joliment. Mais la tulipe tournoyait toujours entre ses doigts et la maintenait calme. Non, disons plus vaguement présente d'esprit. En général, les gens la préférait ainsi. Clin d'œil.

    « Et loin de moi l'idée de vous attrister. »

    Il devait au moins admettre que l'intention de blesser avait été bien présente ! La change-forme elle-même était coupable de ce même péché, mais tout de même... c'est drôle comme la pitié change les gens. Sottise, voir qu'un tel spécimen aurait de la pitié pour un autre tel spécimen du genre de Chazera. Trêve de rêveries, allons.
    Selon le souhait du blondinet, non en effet elle ne s'était pas retrouvée bien attristé de la situation. Le terme exact diverge selon les opinions, mais peut-être « flegme » serait-il approprié. Un relatif sang-froid, ponctué de sa coutumière aura tourbillonnante – rien n'est parfait. L'émotion était comparable à celle lui liant les mains après une œuvre malsaine. Comme celle de James Catterson, en effet. Peu importe... là n'est pas la question. Eressëa s'était éloigné légèrement avant ses dernières paroles. Elle avait toujours eu tendance à tenir en grand respect ceux capable de supporter sa présence immédiate durant un certain instant. On craignait ce que la princesse dégageait, auguste arrogance et sourde pugnacité, c'était l'excuse jadis utilisée par défunte maman pour justifier son écart face aux autres à défunt papa. Non pas que le brigand est atteint ce niveau d'estime; mais s'il avait tenu plus longtemps... peu importe, elle n'avait pas envie de quelqu'un qui se jouerait d'amitié pour sa faiblesse.

    La tige de la tulipe commença à raccourcir.
    Puis glissa de l'index et du pouce, sauvagement balayée par une grande rafale.


    Chazera releva la tête, soudainement prise d'une possible conscience. Elle sentait toujours la présence de jeune homme derrière. Elle qui croyait entendre ses pas écraser les feuilles de cuivre après qu'il se soit tu. Attendait-il quelque chose ? Elle en doutait bien, on n'attend jamais grand chose d'elle excepté une paye, lorsque l'occasion s'y prête. Une petite envie la chicota. De peau lactée elle passa à fourrure hérissée, et de joli petit minois passa à mignon museau. Son corps se mouvait rapidement, avec cette aisance athlétique propre à la race, à ces petits mustélidés bien agiles et parfois odorant. L'automne avait apporté des feuilles en grande quantité et couvrit même le sol d'un épais tapis d'humus sous lequel la belette se perdit en un rapide froissement. L'animal effectua un cercle rapide autour du visiteur après avoir happé une tulipe rouge et jaune au passage, la même précédemment utilisée pour réfléchir. Ses petites dents bien pointues plantées dans la tige, ses griffes lilliputiennes bien parées, elle fonça droit vers l'arrière de la cuisse du jeune homme, s'accrocha aux vêtements puis fit une vive ascension vers les hauteurs. La tignasse blonde se rapprochait dangereusement et la belette tenta de s'y rendre au plus vite possible avant qu'il n'y est un contretemps. Elle sentait ses griffes effleurer la peau sous le tissu, et peut-être y aurait-elle trouver un plaisir malicieux de possiblement occasionner une chatouille – mais pour l'instant, elle avait une mission. Le sommet atteint – en l'occurrence, l'épaule – la petite créature poilue glissa la tulipe derrière l'oreille de l'escaladé d'un vif coup de tête. Puis vint la prouesse de la fin; anticipant un mouvement peut-être nuisible d'Eres, la belette sauta en bas et devint brusquement volatile, de longues ailes blanches s'étirant majestueusement dans les airs. Ainsi la chouette amortit l'atterrissage puis reprit sa forme originelle.
    Chazera faisait face à Eres, une expression princière au visage, presque normale. Par contre il restait une minuscule lueur démente dans ses pupilles. De là venait l'impression d'amusement, de malice. Ce n'était pas vilain... peut-être. Enfin, qui sait, oui ? Non ? Un jour ?... Demain, disons. C'était confus. Tout cela pour dire qu'arracher le visage de l'adonis n'était plus très tentant maintenant qu'il avait adoptait les charmes floraux des demoiselles. Et qu'il admettait sa non-monstruosité, aussi.

    « À merveille. »

    Son ton de voix sous-entendait un acquiescement. Il avait toujours manqué de couleur, à son humble avis.

    « Une couronne, ce serait encore mieux. Tu reviendras un de ces quatre piller ma maison, je vais t'en laisser une dans tes couleurs sur ma commode. »

    Chazera lui sourit avec amusement, et ce rictus aurait pu être celui d'une gracieuse princesse à la chevelure d'argent, d'une digne miss adorable sans caprice ni gêne, d'une pucelle amoureuse emplie de charmes si ça n'avait été de... et bien, d'elle, au fond. La beauté clochait toujours quelque part. Les yeux sont les fenêtres de l'âme, dit-on ? Évitez de les fixer, et vous tomberez amoureux. Relativement. Les chances sont minces, en fait.
    La change-forme piétina un peu et haussa les épaules. Comme une enfant.

    Bah quoi, on allait quand même pas faire dans le sentimental, pas vrai ?

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Eressëa S. Hravan


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Lun 20 Sep - 22:08

Elle était calme. Absorbée dans la contemplation de sa tulipe qui tournait, tournait, tournait entre ses doigts, perdue dans ce cercle rouge que la vitesse traçait. Pourtant, elle écoutait, Eres en était persuadé. Si elle avait été sous sa forme lupine, ses oreilles auraient été dirigées vers lui et, de la même façon, il sentait son attention animale posée sur lui. Elle écoutait, et il n’était pas certain d’en être spécialement heureux…Qui pouvait prédire les prochaines actions d’une schizophrène ? Les interprétations qu’elle faisait des paroles ? Les accents narquois qu’elle inventait dans les mots et qui, souvent malgré lui, imprégnaient ceux du voleur ? Qui pouvait savoir si elle n’allait pas lui sauter à la gorge car, pour une obscure raison, elle se serait sentie insultée ? Néanmoins, Eres était toujours fidèle à lui-même et, quelque soit son public, il se comportait en tant que tel. Il parlait s’il en avait envie, il finissait son spectacle quoi qu’il arrive et tant pis si, dans la foule, quelqu’un se sentait l’envie de lui évider les tripes. Chez lui, on était tous logés à la même enseigne. Et, s’il savait fuir devant la mort, en revanche, il ne pouvait s’empêcher de danser la farandole autour du danger.

N’allez pas souiller ses paroles en y inventant de la pitié, de la noblesse d’âme (si, si, pour lui c’est une souillure) ou du repentir. Il n’y avait rien de tout cela. Il lâchait ses impressions de façon atone, non pas creuse, mais simplement franche, sans arrière pensées. Tout de suite, il pensait qu’il avait dû se tromper dans son jugement de Chazera, donc il exprimait ce qu’il en pensait, maintenant. Demain, peut-être qu’il la trouverait autrement et, s’il la croisait, peut-être qu’il le lui dirait de la même façon. Elle était effrayante ; c’était une tueuse, quelque soit les mimiques ou les paroles qu’elle fasse. Elle avait tué maintes personne, dont une sous ses yeux. Eres n’avait aucun respect particulier pour les meurtriers, il ne les dénigrait pas non plus, chacun portait son fardeau et ses convictions tout seul, mais il ne s’y intéressait pas. Elle était effrayante, mais elle n’était pas monstrueuse. Quelque part, elle avait quelque chose de très humain, de sincère. Non, il n’ignorait pas que la tuerie gratuite n’existait pas dans le règne animal : les bêtes tuaient pour se nourrir ou pour garder petits et territoires. Ce n’était pas pour sa condition de change-forme, qu’il l’avait pensé monstrueuse, mais parce qu’elle était d’une démence assassine. Enfin, entendons-nous : il le lui avait d’abord assuré pour l’enquiquiner, puis parce qu’il avait mesuré la créature qu’il avait en face de lui. A son sens, les tueurs fous étaient moins que des bêtes, et moins que des hommes : des monstres. Maintenant, il ne savait rien des méandres pensifs de l’Ohnelli et visiblement, avec son jardinier, elle n’avait rien de monstrueux.

Il allait s’en aller lorsque, soudain, elle releva la tête. Il la vit du coin de l’œil. Vive, alerte, une idée lui avait manifestement traversé l’esprit. Vaguement inquiet, Eres ne put toutefois que lancer un regard en arrière et… Une belette. Encore une belette. Qui lui tournait autour… Voila qu’elle le reprenait pour un totem, allait-elle encore essayer de le mordre ? Sur ses gardes, Eres ne fit néanmoins pas l’erreur de bouger et attendit la suite. Elle… Mais qu’est-ce qu’elle fabriquait ? Elle ramassait des fleurs ? Avant même qu’il ait eu le temps de réfléchir à ce nouveau mystère, il sentit des petites pattes griffues l’escalader et tressaillit, plus chatouilleux qu’apeuré, en sentent les tout petits chocs dû à l’élan que prenait à chaque nouveau bond la créature. Son premier réflexe fut de tourner la tête à l’opposé de l’épaule occupée : une belette, c’est pas bien offensif, mais une belette douée d’une pensée humaine, ça songe à s’attaquer aux yeux.

Mais il n’en fut rien. Absolument rien. Pour peu, s’il avait été un tant soit peu correct, Eres se serait peut-être sentit honteux de sa réaction défensive… Mais il était bien trop rôdé aux attaques en douce pour ne pas garder ses réflexes en toute circonstance. Bah ouais, quand on est une crapule, ce n’est pas si rare de se faire méchamment aborder à n’importe quel coin de rue.

Il levait une main dangereusement prête à saisir par le cou la bestiole pour la balancer au loin quand… Il arrêta net son geste en sentant quelque chose glisser derrière son oreille, la tête toujours tournée, il esquissa cependant une mine surprise et pu enfin reporter son attention devant lui en sentant le poids quitter son épaule pour lui envoyer une rafale d’air… Un chouette ? Elle se transformait également en Chouette ? Eberlué, il regarda Chazera reprendre presque instantanément sa forme humaine, et porta une main distraite à son oreille. Une fleur. C’était donc cela, elle lui avait offert une tulipe. Qu’est ce que ça voulait dire ? Qu’elle signait la trêve ? Ne le détestait pas, en fin de compte ?

« À merveille. »

Le port altier, un ton appréciateur, une lueur maligne dans l’améthyste de ses yeux… Quoi ? C’était juste pour le plaisir de le coiffer ? Toujours stupéfait, Eres affichait un étonnement courtois, se demandant ce qu’il était censé faire.

« Une couronne, ce serait encore mieux. Tu reviendras un de ces quatre piller ma maison, je vais t'en laisser une dans tes couleurs sur ma commode. »

Encore plus éberlué que naguère, Eres attendit que la princesse esquisse un sourire pour lui faire écho. Il lui servit un rictus narquois, une étincelle complice dans ses prunelles orageuses. Ainsi, il était le bienvenu… ? Il pencha la tête de côté, appréciant ce si joli tableau qui lui offrait une ravissante demoiselle aux airs ingénus que démentait son allure de reine fière et sauvage et surtout, la folie pure couvée au fond de son regard… Etrange tableau. Etrange peintre aux étranges couleurs. Que pouvait bien exprimer cette œuvre ? Aliénation ou simple différence ? Fierté pompeuse ou honneur animal ? Duperie ou sincérité ? Chazera Ohnelli était pleine de secrets. Avait-elle… Avait-elle une ligne de conduite ? Avait-elle un fil logique dans son attitude ? Des certitudes bien à elle qui lui dictaient ses actions, des plus candides aux plus affreuses, ou bien n’était-elle qu’anarchie complète et revirement de pensées ? Etait-elle une entité entière, ou les éclats désordonnés de personnalités incompatibles ? Pouvait-on comprendre une telle femme ? Le jardinier semblait lui faire confiance, alors… Pouvait-on faire confiance à quelqu’un qui menaçait de changer du tout au tout d’un instant à l’autre ? Oui, décidemment, la jolie bourgeoise était bien intrigante et pleine de saveur. Il ne savait pas s’il devait croire en son sourire enjôleur, en son cadeau et son attitude présente… Il se méfiait, toujours. On n’apprivoise pas aisément Eressëa Hravan, et on n’acquiert jamais entièrement sa confiance. Alors pensez-vous s’il devait douter de cette fille qu’il venait de rencontrer.

Il en était encore à regarder ledit tableau sous toutes les coutures, cherchant la faille, quand, sans transition, les couleurs changèrent de plus belle : elle se mit à piaffer comme une moufflette.

« Tant que l’on m’accueille en me lançant des fleurs… »

Il avait détaché lentement chacun de ses mots, prononçant la phrase avec circonspection… Finalement, oui, ça le perturbait, ces changements de caractère. Envers le jardinier, soit, mais envers lui, ça lui paraissait bizarre… Allait-elle éclater subitement d’un rire grinçant et lui soumettre un nouveau jeu malsain ou dangereux… ?
Il effleura doucement sa tulipe, songeur, puis, avec un haussement d’épaule désinvolte :

« … et tant que je ne me fais pas mordre par une louve de garde. »

Il retrouva son sourire en coin, mi-taquin mi-complice, et décida de ne pas trop s’en faire : au pire, il s’en sortait toujours. Non ?

« Et puisque c’est une invitation à l’effraction. »

Sûr, s’il revenait, il se ferait un plaisir à essayer de surprendre cette dangereuse Change-Forme, même si sa mauvaise blague devait lui coûter une jambe. Ah, qu’est-ce que vaut la vie, sans un fou ou deux à défier ? Et qui avait dit qu’il était quelqu’un de raisonnable ?

« Je pourrais bien venir dérober la couronne que tu me promets, un jour. »

Passant du vouvoiement au tutoiement sans vraiment s’en rendre compte, il lançait un nouveau jeu en répondant prudemment à la bourgeoise. Plus amical, sans doute, du moins à ses oreilles. Il n’y avait plus trace d’insulte dans ses paroles, un simple ton joueur et espiègle. Bah, il allait peut-être se faire taper sur les doigts, à regarder Ohnelli comme il regarderait n’importe quoi, comme si on ne l’avait pas prévenu, comme si elle n’était qu’une jeune femme comme les autres, comme si ce n’était pas une cinglée sanguinaire à la schizophrénie aigue mais une personne capable de se faire respecter en tant qu’individu doué d’émotions.

Mettre les gens sur le banc de touche, ce n’était pas dans ses habitudes.
Pour la fripouille, tout le monde avait droit à son attention.
Et s’il devait regretter de ne pas avoir vu Chazera comme un danger immédiat.
Et bien…
Tant pis.
Puisse son état à la fin de cette histoire suffisamment sauf pour pouvoir s’en mordre les doigts,
Ou en tirer une leçon : le cabri ne va pas jouer avec les loups ~

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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Mar 12 Oct - 4:14

    « T ant que l'on m'accueille en me lançant des fleurs... »

    Le ton était à l'évidence bien incertain. C'est donc si difficile de faire confiance, en ce bas monde ? Elle lui proposait une relative trêve, en un sens; il aurait dû s'en sentir flatté, être heureux, ou bien sourire, au minimum. Pourtant une éternelle méfiance étreignait encore ses doux traits de Don Juan; et avec raison, peut-être. Pour l'instant, elle se demandait où cela pourrait bien déboucher. Quelle idiotie, quand on y repense, d'aller foutre une fleur dans les cheveux d'un individu indirectement menacé et menaçant quelques secondes auparavant. Une belle tulipe en plus. Il allait sûrement la lancer dans un quelconque faussé sans égard à sa beauté. On ne respecte plus les cadeaux, de nos jours; les détails passent trop inaperçus.
    Eres leva la main et Chazera s'apprêta à peut-être adopter une expression un peu insultée en voyant les pétales rouges et jaunes s'affaler sur le sol. Mais non, au contraire, du bout des doigts il en effleura la douceur sans la retirer. Finalement, c'était ridiculement comique. Le petit voleur restait ainsi paré d'une tulipe, très viril, dirait-elle. Un sourire amusé passa en coup de vent sur ses lèvres. Le vis à vis haussa des épaules, presque comme elle l'avait fait précédemment, le faux semblant de culpabilité en moins.

    « ...et tant que je ne me fais pas mordre par une louve de garde. »

    Il sourit au bout du compte, il avait l'air de se trouver très drôle. Mais pour être honnête, ce n'était pas la petite blague taquine qui amusait la change-forme; c'était toujours la combinaison florale et masculine. Car elle fixait de ses étincelantes prunelles l'accessoire, portant une oreille distraite aux propos d'Eressëa; une louve de garde, voyons donc. Elle n'était pas si territoriale. Elle avait même presque oublié qu'il s'était déjà introduit ici, alors il devait bien connaître le terrain. L'Ohnelli s'imaginait déjà trottiner dans son salon et y trouver un grand blond qui faisait comme chez lui avec une insolence insupportable mais pourtant intouchable, puisqu'il était en compagnie du jardinier ou bien il avait eu l'amabilité de faire le ménage. On peut toujours rêvé. Et de toutes manières, se terrer dans son trou pour attendre l'intrusion de quelques racailles ne l'intéressait pas; pas de temps à perdre là-dessus. Tant qu'il n'invitait pas ses petits amis – une invasion serait très peu appréciée, contrairement à une visite de courtoisie.

    « Et puisque c'est une invitation à l'effraction. »

    ...hé là, personne n'avait dit ça. Faut pas pousser, tout de même. Une porte défoncée ou une fenêtre en morceaux ça se rembourse. Et maintenant, si un intrus faisait un quelconque dommage à sa piaule pour des bijoux, c'était le premier qu'elle allait traquer; il venait de le dire lui-même ! Il se sentait invité. Selon la pensée commune, ses propos pourraient vouloir dire cela, en effet... mais où voyez-vous une seule trace de normalité en elle ? Pour arriver au point où Chazera ferait des insinuations en ce sens, il faut vraiment avoir mérité ou trouver le moyen d'obtenir son respect. On suppose que ce moyen change toujours, selon l'humeur et la température extérieure. Il est préférable de bien penser à son affaire avant de sauter aux conclusions.

    « Je pourrais bien venir dérober la couronne que tu me promets, un jour. »

    Alors voilà. Elle le savait. Il avait le béguin pour elle. Regardez-le ! Petit louveteau trop épris pour s'enfuir quand on lui dit de partir; assez entiché pour se faire aux plus brusques changements de situations proposés par la convoitée. Quelle ironie du sort... le charme Ohnelli gagnait toujours.

    Puéril...

    « Tu vas te perdre si tu te laisse emporter par ton orgueil, petit renard. »

    La seule chose étrange dans ce qu'elle venait de dire, c'était, justement, que tout semblait sein d'esprit. Les flexions de la voix étaient polies et digne d'une lady bien éduquée. À ne pas oublier : les bases qu'on lui avait inculquées étaient toutes en ce sens – polies et gentes – , excepté certaines mal interprétées, mais sans cela, et dans des périodes pas trop troublées par la psychotique schizophrénie ou encore la rage d'être, ses manières devaient bien ressortir. Quelque part. Et oui, peut-être, le domaine possédait-il encore quelques recoins susceptibles d'avoir raison de la débrouillardise du chapardeur.
    Puis un éclair de lucidité la traversa et elle se permit même une métaphore, quoique peu distinguée :

    « Une vache y perdrait son veau. »

    Et elle en fut fière, en plus. Ses dents blanches furent toutes découvertes par un élan de grâce souriante. À vrai dire, c'est pas tous les jours que Chazera peut se vanter d'agir de manière civilisée ou pire – normale. ...Mais on y était pas encore tout à fait.

    « Sauf si je suis la vache en question. »

    Puis la noble expression sur son visage fut substituée par un doute certain. Ce n'était pas trop la tournure de phrase espérée, mais bon. De quoi briser un instant légendaire ou encore une faible lueur d'espoir quant à enfin rencontrer le fruit de l'éducation Ohnelli. Elle aura fait un effort, au moins. De déception en déception. Et le faux pas fut encore pire :

    « Qu'importe, avec ce béguin que tu as, tu ne tarderas pas à répondre à l'appel, hein. »

    Chazera fit une moue vers le ciel et fit mine de tourner les talons pour s'en retourner; elle avait faim et une légère impression dans son estomac lui indiquait qu'elle était mieux de se taire, sait-on pourquoi.

    Parce que, mon dieu, on y arrivera jamais.
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Eressëa S. Hravan


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MessageSujet: Re: Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]   Lun 25 Oct - 0:32

« Qu'importe, avec ce béguin que tu as, tu ne tarderas pas à répondre à l'appel, hein. »

S’il la démentit ? Sûrement pas ! M’enfin, cher spectateur, nous parlons là d’une effroyable fripouille élevée pour jouer des imbuvables tours, d’une mauvaise herbe coriace et raillarde, d’un briseur de cœur léger et libertin, d’un adorable comédien aussi bon acteur que charlatan éhonté, que voleur à la main leste ! Lorsqu’on lui déclarait des énormités aussi osées, il serait bien trop fade et dommage de les écarter avec dédain en les détrompant platement, franchement, honnêtement…

Un large sourire lupin découvrit les dents de la crapule alors que dans ses prunelles grises s’allumait une étincelle d’autodérision, la lueur folle des acteurs talentueux qui se glissent dans leur rôle avec délice et adresse…

Parvenant habilement à muer son hallucination étonnée en stupeur craintive et timide, tel l’escroc dont on arrache la cagoule impassible pour y découvrir un visage expressif, Eres sauta joyeusement dans ses nouvelles chausses. D’un bond souple. Si souple que cette métamorphose n’en parut que progressive, logique, sincère… Dans l’ordre naturel de la situation. La suite inévitable.
C’est d’un geste ample et théâtrale qu’il esquissa une élégante révérence, amoureux transi devant une dame de condition trop élevée pour le pauvre ménestrel qu’il était, chevalier fidèle devant sa reine intouchable, pauvre louveteau devant la lune, aussi belle que lointaine… Et qui admet ses fautes, le profil bas, le cœur à nu. Bien sûr, on ne croirait pas à cette attitude trop dramatique ; en revanche, on supposerait qu’il faisait l’idiot pour masquer d’une nouvelle pirouette son point faible vraisemblablement touché en plein centre.

« Je suis confus d’avoir été aussi aisément démasqué, Dame… »

Et effectivement, dans sa voix enjôleuse, fluide et harmonieuse où s’installait la sincérité la plus simple, perçait également la désolation que lui inspirait l’évidente rebuffade qu’allait affronter son soi-disant amour, et sa profonde tristesse quant au trou béant que Chazera laisserait ainsi dans son cœur… Et tout ceci à peine suggéré. C’est qu’il fallait de la subtilité, pour ne pas tomber dans l’improbable excès démonstratif…

Il se redressa, gracieusement, et avec un sourire penaud, avec les yeux brillants d’un chiot qui vient de faire une grosse bêtise mais qui n’en regrette rien car le jeu en valait la chandelle, il contempla sa prétendue dulcinée, la frimousse toute énamourée devant la divine apparition qui s’offrait à lui.

Pour n’importe qui non rôdé aux incessants jeux de rôle du voleur, ce dernier passait pour un garnement invétéré qui se serait fait méchamment rabattre le caquet et qui, en guise de chapeau à tirer à la jolie demoiselle qui avait réussi l’exploit, avouait tout, faisait tomber son masque, se révélant avec franchise et humilité. Comme un galopin qui, sans arrêts en train de tourmenter de ses railleries son aimée, se décide soudainement à lui expliquer que tout ceci n’est en réalité que du « qui aime bien châtie bien ».

S’il avait l’air stupide ? Mais bien évidemment ! Heureusement ! Tous les amoureux ont l’air crétin, devant leur idole ! Eres n’était pas l’un de ces comédiens de pacotille qui déclamaient leurs textes méticuleusement apprit sans oser en traduire gestuellement le contenu burlesque ! Non, ça, Eres, et même du temps où il jouait dans sa troupe, investissait complètement son personnage et le faisait évoluer à la perfection ! Une perfection trop parfaite, d’ailleurs, pour que l’on n’y décèle pas un fond ironique et incorrigiblement moqueur après coup…

Il enfonça ses mains dans ses poches, comme pour assurer qu’elles resteraient bien sages, caressa respectueusement Chazera du regard et poursuivit :

« Il faut déposer à ma charge que votre panache et votre charme animal n’est pas pour rebuter les prétendants. »

Comment il était trop mignon ! Trop, peut-être ? Eres, fait attention à ta crédibilité… Toi ? TROP mignon ? Toi ? Le coureur de jupe ? En voila un jeu dangereux -pourquoi est-ce qu’il ne se contente pas de jouer aux billes, cet imbécile ?

Il effleura à nouveau la tulipe passée dans ses mèches blondes, l’air d’avoir dans les cheveux un précieux diamant issu d’une couronne royale, et avec un soupir lourd et mélancolique, continua à déclamer :

« Ne vous inquiétez donc pas, Dame, je sais votre amour impossible pour un troubadour de ma condition et jamais je n’oserai vous en réclamer le plus insignifiant témoignage. »

A croire qu’il faisait ses adieux avant d’aller se jeter du haut d’une falaise donnant à pic sur des rochers escarpés ! Oui… Dans sa voix, n’avait-il pas ajouté cet accent fataliste des grandes tragédies de l’antiquité ?

« D’ailleurs, sans votre délicieuse perspicacité, jamais je n’aurais eu l’audace pour vous révéler mes sentiments… Dès que je vous ai vue… »

C’était décidément follement amusant de déblatérer de la sorte ! C’est avec application qu’Eres faisait évoluer son jeu : de la réaction tout à fait plausible bien qu’un peu soudaine de l’homme entiché prit au dépourvu par sa belle, il valsait vers un extrême trop théâtral et émouvant pour que cela puisse entrer dans les normes de la crédibilité… Après tout, Chazera et lui ne s’étaient rencontrés que peu de temps auparavant… N’en faisait-il pas un peu trop, ce jeune homme ? N’était-ce pas exagéré, pour un béguin ou se serait mêlé un peu d’amour ? N’était-il pas en train… De tourner en dérision l’affirmation de Chazera… ? Une démonstration par l’absurde ? Que se serait vilain !
Et pourtant, c’est ainsi qu’Eres agirait avec n’importe qui.

Il esquissa un sourire peut-être un petit peu trop tordu pour être innocent…

« Le coup de foudre, vous comprenez… »

A peine perceptiblement, ses yeux se plissèrent, scrutateurs… Penchant sa jolie tête de blé sur le côté, retrouvant un fol éclat de son insolence coutumière, il acheva :

« Dois-je à présent me retirer pour aller pleurer toute les larmes de mon corps sur le couteau qui servira à m’entailler les veines, ou est-ce que ma divine auto déclarée génisse préfère au préalable me lancer son gant à la figure pour punir l’indécente effronterie qui m’a autorisée à ainsi parler de mon âme meurtrie ? »

Et l’illusion bascule, évidemment…

Tu vas te faire mangeeer…

Non ?
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Ah, novembre. [Eressichou de mon coooooeeeuuur !!]

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