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 Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]

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Ed'wina Elmingürr

- Stray Captain & Lost Dog -
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Magie : † Faire de son corps le plus dangereux des poisons ou des somnifères, doux mélange d'eau et de terre.
Localisation : † Dans l'ombre de Sund
Occupations : † Etudiante et Capitaine des Services Secrets
Humeur : † Extrêmiste non pacifique


MessageSujet: Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]   Dim 20 Déc - 18:30

« Foutez-moi la paix, bande de cons ! »


    Y’avait-il quelque chose dans cette pressante demande de parfaitement incompréhensible ? Ou alors, était-ce un simple malentendu entre la jeune fille et cette bande d’abrutis congénitaux ? Le lieu où se trouvait la gamine se prêtait tout à fait aux bagarres en tous genres, à coups de poings, à coups de pieds, à coups de chaises, de tables parfois ou encore de magie dans la tête. Si elle avait vraiment voulu, elle aurait pu cracher à deux ou trois visages, envoyer son genoux dans les parties sensibles de quelques uns et puis voilà. Mais le problème, c’était qu’en temps normal, on ne cassait pas la gueule à ses alliés. En temps normal. Dans tous les cas, Ed’wina était dans la merde. Ou presque.

    Se pointer comme ça, d’office, au Tréfonds d’Izel n’avait pas été l’idée du siècle, loin de là.
    S’ennuyer non plus, je vous assure. Comment, diable, avait-elle fait pour s’ennuyer, je me le demande ! Après tout, ça n’était pas comme si la ville avait perdu toute son animation ni comme si elle avait visité l’intégralité du château où elle avait posé ses bagages il y a de cela un peu plus d’une semaine.
    Ed’wina était heureuse d’être venue à Waterin. Certes, il y avait eu quelques fausses notes dont je vous ferais part un peu plus tard mais dans l’ensemble, elle était comme un poisson rouge dans l’eau. Bon, d’accord, elle était comme un petit poisson noir dans son bocal de flotte putride. L’idée est la même, n’est-ce pas ?
    Je disais donc, la jeune faiseuse de poisons avait pris le temps de parcourir le château de Sund de long en large mais il demeurait quelques recoins qu’elle aurait aimé visiter et que, hélas, elle n’avait pas pu voir. Notamment la salle de tortures. Elle ne perdait néanmoins pas l’espoir de la visiter un jour, voire même de la tester.

    Folie.
    Ennui et qualités essentielles à l’Homme.

    Ainsi donc, vers vingt-et-une heure, ce soir d’octobre, Ed’wina se faisait profondément chier. A cet âge pourtant, on était sensé s’amuser de tout, s’occuper comme on pouvait, n’est-ce pas ? Etalée comme une misérable loque sur son lit à baldaquins pourpres, la jeune fille tentait de s’imaginer sa vie si ses parents étaient encore là. Ces pensées ne durèrent pas plus de dix minutes car d’un vigoureux mouvement de tête, qui lui secoua douloureusement ses pauvres neurones, elle les chassa de son esprit. Qu’est-ce qui lui prenait ? Comment penser à ses vieux dans un moment de pur bonheur tel que celui-ci ? On n’avait pas idée ! Toutefois, sans cette occupation mentale, il ne lui restait pas grand-chose à faire. Ouais, pas grand-chose.
    Dans un geste rageur, la gamine se redressa et balaya la pièce de son regard d’obsidienne. Quelque chose à faire, il lui fallait quelque chose à faire. Oh, et puis merde !
    D’un bond, elle se leva et sauta dans la première jupe qui lui tomba sous la main, une jupe bien trop légère pour son propre bien, enfila sa courte veste de cuir par-dessus un bandeau de poitrine turquoise, claqua la porte de sa chambre et c’était parti !
    Ed’wina déambula dans les rues assombries de Waterin, la tête ailleurs. Ses pensées précédentes ne revinrent pas la hanter mais ce fut une toute autre question qui occupa sa cervelle amoindrie : maintenant dehors, que faire ? Ce fut à cet instant qu’elle se rappela un endroit donc elle avait entendu parler dans les couloirs du château, peut-être par cette traînée de Nailah. Un bar réservé aux Partisans ? Qu’à cela ne tienne, elle allait y jeter un petit coup d’œil ! Après tout, elle venait bien d’être nommée Capitaine des Services Secrets, elle avait bien le droit de se renseigner sur les sujets de son Maître Vénéré, n’est-ce pas ?
    Après avoir effrayé quelques pauvres gosses qui traînaient dans les rues –n’avaient-ils pas honte, à leur âge ?- elle poussa enfin la porte du Tréfonds d’Izel.

    Première erreur.

    Sous ses yeux d’enfant qui a grandi bien trop vite s’étalait un spectacle plutôt répugnant. Une grande quantité d’hommes aux mines patibulaires se complaisant dans l’alcool et la puanteur. Bon appétit.
    D’un pas assuré et la tête haute, Ed’wina avança sous le regard dégoulinant des Partisans. Un verre de lait à la menthe plus tard, elle était déjà assaillie par tous ces mâles. Qu’avait précisé Nailah encore ? Ah oui, c’est vrai… « Mal famé »…
    La jeune fille fit comme si de rien n’était, sirotait son lait en souriant placidement dans le vide, jetant des regards calmes autour d’elle. D’accord, elle n’était pas calme. La preuve ? Ses ongles rongés tapotant avec véhémence la table en bois. Et puis ces mots, jetés à l’assemblée qui recula sous le choc.

    « Foutez-moi la paix, bande de cons ! »


    Ce ne fut cependant pas du goût de tout le monde. Un homme, un peu plus grand que les autres, un peu plus beau aussi, se rapprocha et l’attrapa par le bras. Savait-il au moins à qui il avait affaire ? Bien sûr que non…

    « Qu’est-ce que tu fous là, gamine ? A moins que tu ne veuilles nous servir de distraction, tu peux dégager ! »


    Etait-ce possible d’avoir un regard si méprisant ?
    En fait, Ed’wina n’était pas sûre. Sur le coup, sa bouche partit dans un rictus d’amusement certain et son bras essaya de se dégager en vain de l’étau de la main de l’homme qui lui faisait face. Un semblant de peur la gagna et tout en oubliant son désir de ne blesser aucun Partisan, son sang se mit à bouillir dans ses veines. Dans le pouce de sa main libre, elle planta sa canine et fit couler le sang.

    « Whooo, tu veux me faire pitié fillette ? Tu m’excuseras, je ne mange pas de ce pain-là. Par contre, j’en mangerais bien un autre… »


    Son visage se rapprocha de celui d’Ed’wina à une vitesse proche de celle d’un sanglier en rut aussi, la jeune fille n’hésita plus et s’apprêta à envoyer son sang empoisonnée dans l’œil de sa victime –plutôt que dans sa bouche. Le coup partit… et fut stoppé en pleine course par une voix dans son dos. Client déjà installé qui suivait la scène depuis le début ou bien nouvel arrivant ? Toujours est-il que l’homme s’arrêta également et fixa un point au-dessus de l’épaule de la jeune fille. Qui se retourna à son tour pour observer celui ou celle qui venait les faire chier ainsi. Alors ?
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Nailah Temset

Commandant des Services Secrets de l'Armée Noire.

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MessageSujet: Re: Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]   Lun 21 Déc - 12:39

    Divertissement.

    Enfin, la jeune Temset avait trouvé un moyen de chasser l’ennui. Une chose bien simple, quand on connait les bonnes adresses. Car c’était bien là ce dont il s’agissait. Quoi qu’il fallut en premier lieu savoir se faire respecter, ce qui avait dans un premier temps empoisonné l’air de l’odeur de chair carbonisée. Si Nailah pouvait passer pour une fille facile, elle ne laissait certainement pas quelques gredins puants de bas étages la reluquer, encore moins la toucher. Cela ne lui avait pas pris énormément de tant, grâce à son potentiel manipulé par Sund lui-même. Une menace, un regard noir, une flammèche, et tous surent que seul le bûcher les attendaient s’ils tentaient de s’emparer de cette femme sulfureuse contre son gré.
    En fait, une jeune femme de son acabit n’avait pas grand-chose à faire dans un tel endroit. Mal famé, crasseux, sombre, rempli de la pire racaille, il s’agissait d’un repaire de truand comme on en connait peu. Et ça se prétendait partisans ! Certes, ce genre d’individu pourrait s’avérer utile pour le Maître, mais ils demeuraient des pions sur l’échiquier, bien loin d’être des pièces maîtresses. Leurs seuls objectifs se résumaient à la violence et au chaos. Encore bien loin de l’allégeance que méritait le vénérable Sund.
    M’enfin.

    Nailah n’avait que faire de ce genre de détails, pas plus qu’elle ne portait le moindre intérêt aux putains malmenées à l’étage, à l’odeur âcre qui se dégageait des boissons ou de l’apparence repoussante du dirigeant de l’établissement. Ce qu’elle appréciait, c’était les rares spécimens intrigants qui se faufilaient par là, ceux qui avaient des informations où qui voulaient se joindre à Sund. Une minorité de personne capable d’attiser son intérêt qui, inéluctablement, passait par ici. Et Uen savait qu’il y en avait, de magnifiques Apollons, désireux de se joindre à l’Armée Noire en prenant contact avec elle en ces lieux glauques. Et comme on pouvait s’y attendre de la part du Commandant des Services Secrets, elle prenait bien garde à se renseigner sur ses clients. Rien de plus compréhensible qu’elle finisse par en baiser certains… N’est-ce pas ?
    C’était là une activité des qui avait de quoi occuper la Vipère, faire battre son pouls à une vitesse incroyable, déverser l’adrénaline dans ses veines. Bien entendu, il était hors de question qu’elle les amenât au château ou à l’Académie, dans les dortoirs –quoi que l’idée l’eût déjà séduite. Alors, elle devait souvent faire le choix entre l’un des lit sordide d’une chambre à l’étage, un mur rêche d’une ruelle sombre ou le lieu d’habitation du concerné qui pouvait parfois se montrer fort surprenant.

    Mais ce soir, elle n’attendait personne.
    Elle était passée pour y déposer quelques papiers pour le patron, de la part de Sund, puisque personne ne semblait pouvoir s’en occuper. Cela avait le don d’irriter l’ardente Vipère : elle était Commandant des Services Secrets de l’Armée Noire, par un stupide messager-livreur sans la moindre valeur ! Elle s’offrit un verre, se laissa choir élégamment sur un tabouret, au fond de la salle. Son regard distrait se posa sur la scène tandis que le patron la resservait. Gin Tonic.
    Il lui lança :

      « Vous savez, ça pourrait calmer un peu le jeu si on pouvait monter un spectacle. »


    Ben voyons. Cabaret ? Cirque ? Strip-tease peut-être ?
    Nailah se demandait si cette animation supplémentaire arrangerait vraiment les choses. Peu probable. Mais si un jour elle s’ennuyait vraiment… Hm ? Ah, ça non ! Même si elle en était capable, elle n’irait pas se dandiner en chantant, encore moins se lancer dans le French cancan ! Plus sérieusement, elle se voyait mal transformée en diva pour bar à ordure, quand bien même le rôle lui collerait parfaitement à la peau. Par contre, elle aurait bien envisagé d’envoyer la sale gamine pour faire office de singe. Pourquoi ne pas essayer de la faire sauter dans des cerceaux enflammés ?
    Tordue ?
    Non, voyons, qu’allez-vous imaginer ? Il ne s’agissait là que de pensées tout à fait innocentes, pas de quoi terroriser cet espèce de plante empoisonnée ambulante. D’ailleurs…

      « Foutez-moi la paix, bande de cons ! »


    N’était-ce pas là son insupportable pépiement ?
    Nailah se retourna et posa son regard onyx sur la salle, avant de repérer cette silhouette familière. Décidément, cette gosse n’en ratait pas une. Qui donc lui suggéré quelque chose d’aussi stupide que se rendre aux Tréfonds ?

    Ah, c’était elle.
    Nailah aborda une moue contrariée.
    Elle avait elle-même soufflé à cette insupportable morveuse l’adresse, alors qu’elle s’ennuyait. Elle aurait dû se douter que la moufflette n’aurait rien d’autre à faire que s’y rendre. C’était à la fois un fait ennuyeux, instigateur de problème et une source de distraction. Restait plus qu’à prier pour Ed’wina ne passât pas sa vie dans ce bar, sinon, elle serait bien capable de la déranger alors qu’elle partait en chasse d’un futur partisan digne de partager sa couche.
    Tsss.

      « Hey, sale gamine ! Si tu pouvais éviter d’empoisonner les fidèles du Maître, ça m’arrangerait. Comporte-toi en femme, pour changer, et non pas en animal stupide. »


    Les mots avaient fusés, perfides et secs, alors que Nailah se présentait, poing sur les hanches à l’attroupement de malotrus. N’allez pas vous imaginer une bonne femme avec son rouleau à pâtisserie, incarnation de la ménagère bouffie aux joues roses et à forte poitrine. Notre chère Commandant gardait sa voluptueuse stature, sa grâce perfide, son air altier. Juchée sur ses hauts talons, vêtue d’une robe noire fendue qui permettait d’avoir un aperçu de ses longues jambes fuselées, son manteau posé sur ses épaules ne faisait qu’accentuer le côté impérial de sa personne.
    Elle s’avança encore, ondulant pour traverser l’attroupement, jusqu’à atteindre celui dont elle venait de sauver la mise. Elle se pencha avec grâce, et susurra, sournoise :

      « Vous ne devriez pas vous en prendre aux favoris de Maître Sund, ne croyez-vous pas ? Si cet endroit est mal fréquenté, n’allez pas prendre les gens pour des imbéciles suicidaires. Les jolies fleurs du coin ont souvent des épines. »


    Elle se redressa quelque peu, avant de poursuivre d’un ton suffisant, s’il n’était empreint de mépris :

      « En l’occurrence, cette petite sotte est bouffie de poison. Va te payer une catin à l’étage plutôt que perturber mes subalternes, tu veux ? »


    Subalterne…
    Qu’il était bon de prononcer ces mots, d’asseoir son autorité, bien que personne ne sûr réellement quel poste Nailah occupait au sein de l’Armée Noire ! Il y avait bien des rumeurs à ce sujet, d’autant plus que son potentiel accentuait sa supériorité.
    Ah, le poison aussi brûlait les veines de la Vipère.
    Un poison nommé Orgueil.
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Ed'wina Elmingürr

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MessageSujet: Re: Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]   Dim 21 Mar - 16:15

    Nailah Temset.
    Bien entendu.
    Comment en aurait-il pu être autrement ?

    La voix altière de la jeune femme lui parvint, sèche, méprisante et sardonique, et les mots claquèrent dans l’air vicié des Tréfonds à la manière d’un fouet manié avec dextérité. Après tout, c’était ainsi qu’ils étaient utilisés, non ? Avec l’habilité d’un grand maître et la puissance accordée au Commandant.
    Comme toujours.
    Et comme toujours, si Ed’wina était en colère, elle ne le montra pas le moins du monde…
    Non, je plaisante. Ses joues prirent une teinte qui oscillait dangereusement entre le vermillon et le gris cendré et son regard fuligineux se posa avec rage sur le corps trop parfait de Nailah.

    « Hey, sale gamine ! Si tu pouvais éviter d’empoisonner les fidèles du Maître, ça m’arrangerait. Comporte-toi en femme, pour changer, et non pas en animal stupide. »

    Une goutte de sang suspendue à son doigt blafard alla s’écraser à quelques centimètres du sol, sur le pied chaussé de l’homme qui continuait de lui serrer le bras avec force.
    Acidité légendaire.
    Hurlements.
    Ed’ profita de la douleur du bonhomme pour se dégager de son étreinte et observa, le souffle court, la marche sinueuse de sa… supérieure qui venait vers le petit attroupement.

    Supérieure… Ce terme prenait un goût de bile dans la bouche de la terne Ed’wina. Dégringoler de la première place dans son petit monde dans les rues de Yol à une moindre place, sans cesse surpassée par ceux qui se disaient ses « supérieurs ». Bien entendu, il y avait Sund, et il n’était pas le genre de personne qu’Ed comptait dans ce calcul. Il y avait Nailah, bien entendu, vue comme il faut sous tous les angles, parfaite, il y avait ses professeurs à l’Académie, monstres qui tentaient de lui faire avaler des notions qui la répugnaient, il y avait ses camarades de classe, la majorité étant plus intelligents qu’elle, plus forts parfois.
    Elle aurait tant voulu être la meilleures sur tous les plans, plaire au Maître.

    Mais pour le moment, cela relevait de l’utopie et elle avait d’autres chats –ou plutôt vipères- à fouetter.

    Nailah était parvenu au milieu de ces mâles et gardait son immense prestance, ce qui ne manqua pas d’attiser la colère d’Ed’wina qui essayait tant bien que mal d’attirer à elle le regard perçant de la jeune femme. En vain. Le Commandant des Services Secrets de l’Armée Noire s’approcha encore un peu plus, jusqu’à frôler l’épaule de l’assaillant de la plus petite.
    Les paroles qui suivirent portèrent l’agacement d’Ed à son paroxysme.

    D’accord, d’un point de vue purement objectif, Ed’wina ressemblait beaucoup à un petit animal. Le genre lionceau inoffensif se prenant pour le Roi de la Savane… Ou bien le crapaud se gonflant pour paraître plus imposant. Ou encore une vulgaire petite guenon sans cervelle. D’un point de vue objectif, bien sûr. Allez lui raconter tout cela, je ne pense pas que votre peau s’en sorte intacte… Mais ça n’est qu’un conseil.
    Outre les insultes à peines dissimulées qui lui firent froncer brusquement les sourcils, cette aide « inattendue » était des plus sournoises. Un moyen de prouver sa supériorité en quelque sorte, très certainement.

    Le sang se mit à bouillonner avec force dans les veines, ne demandant qu’à sortir, à aller s’échouer sur le visage bien trop impérial de Nailah. En un petit peu plus d’une semaine qu’elle se trouvait à ses côtés, combien de fois avait-elle attenté à sa vie ? Un nombre incalculable de fois, allant jusqu’à plusieurs fois par jours. Combien de fois l’avait-elle ne serait-ce que touchée ? Je pense que ça n’est pas la peine de préciser que ce miracle n’est jamais, au grand jamais, arrivé.
    Les mains de la gamine se serraient et se relâchaient, dans un mouvement de pur énervement. Sa colère gagnait du terrain et le mot « subalterne » sous la langue perfide fit tomber tous les remparts qui ceignaient faiblement sa fureur.

    Nailah n’eut qu’à peine le temps de savourer cette satisfaction mesquine de prééminence qu’une boule de poison se jeta à son cou.

    « Ouh ! Toi !!! »

    Inconscience.
    Pour sûr.

    Ed’wina avait envoyé ses deux mains saisir le tissu soyeux de la robe de la jeune femme, essayant tant bien que mal d’attirer le visage de Nailah au sien pour lui cracher une bonne fois pour toute sa salive empoisonnée dessus. C’était sans compter, bien entendu, sur la différence de taille marquée entre les deux femmes.

    Le sang d’Ed’wina perça le précieux tissu. Une chance que celui-ci fut plissé et ne toucha aucunement la peau de Nailah.

    « T’es sûre de pas vouloir aller jouer toi-même les putes pour ces mecs ? Ça ne devrait pas te poser de problèmes, non ? Tu as l’habitude, non ? »

    Ce furent peut-être les mots de trop.
    Le regard d’onyx de la petite faiseuse de poisons se planta dans celui son aînée et sa bouche fut agitée d’un tic nerveux. Sa voix baissa et ne devint qu’un murmure chargé de menace.

    « Tu crois vraiment que tu vas te faire le Maître en te tapant tous ses fidèles ? »

    Nous sommes d’accord, Ed’wina était un poil trop exclusive. Un poil trop idiote également. Sa façon de sauter sur les gens pour rien, sa violence, son allégeance et puis surtout sa manie de tout interpréter de travers, tout cela allait la perdre, c’était certain.

    Des gouttes de pluie allèrent s’écraser doucement, presque sans aucun bruit sur les vitres sales du pub.
    C’est vrai qu’on était déjà en octobre…
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Nailah Temset

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MessageSujet: Re: Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]   Mer 31 Mar - 18:08

    Nailah l’élégante.
    Nailah la sublime.
    Nailah en tête à tête avec son égo démesuré.

    Ça non !
    Elle ne pouvait être comparée à une simple traînée, vulgaire et vicieuse ! Ses jeux ne relevaient pas de simples parties de jambe en l’air. Tout n’était que subtilité, tout n’était tactique avisée. Quel toupet de la part de cette gamine ! Ed’wina. Rien qu’une petite sotte qui ne comprenait rien à la vie, hein. Juste une petite crétine impulsive et grossière, incapable de tenir sa langue, n’ayant rien de mieux à faire que d’abîmer les précieux pions du maître. Enfin, qu’elle se réjouisse. Nailah était d’humeur plutôt légère ce soir et il ne lui viendrait pas à l’esprit –dans l’immédiat du moins, de réduire en cendres la tignasse de son empotée de subalterne. D’autant plus qu’elle se voyait mal se balader avec cet espèce de ouistiti chauve en laisse. Cela serait un manque de classe conséquent, très mauvais pour son image.
    Mais depuis quand Ed’wina pouvait-elle s’avérer bonne pour son image de toute façon ? Nailah secoua la tête avec son éternelle grâce, faisant valser quelques mèches qui s’échappaient élégamment de sa coiffure. Elle bu en gorgée de Gin, histoire de se redonner un peu contenance, avant de fixer son regard d’onyx sur le ouistiti ambulent. Espérons pour cette petite créature qu’elle n’avait pas l’intention de pousser les choses trop loin, car Nailah ne resterait pas magnanime bien longtemps.

    Enfin, pour le moment, la naine l’amusait plus qu’autre chose, avec son attitude grandiloquente. La discrétion, elle connaissait ? Non, parce que brailler à tort et à travers de « Ouuuh, toi ! » si infantiles… D’un côté, c’était mignon, du moins, du sens ou l’entendait Nailah, si bien qu’il fallait se demander si cela était réellement flatteur. Evidemment, n’importe qui pourrait d’ailleurs rire des critiques de la jeune reine de l’Académie. La discrétion et elle, cela faisait deux. Elle attirait sans cesse les regards et même si elle ne faisait pas autant de tumulte que son petit singe domestique, elle animait des feux ardents partout où elle passait : passion, haine… Bref, la plupart des gens qui rencontraient Nailah Temset ne l’oubliait pas… D’un autre côté, difficile de la soupçonner, à l’instar de Ed’, d’ailleurs. Entre la turbulente et la perfide gracieuse, elles menaient une vie à la fois décalée et ordinaire, un subtile mélange qui faisait qu’il paraîtrait toujours impensable qu’elles puissent faire partie de la mystérieuse hiérarchie de Maître Sund. Cela ne changeait néanmoins rien au fait : la comportement de miss Elmingürr ne convenait pas à la Vipère, et elle n’aurait de cesse de la houspiller, en espérant qu’un jour, elle se débarrassât de son attitude d’animal.

    « Tu devrais te la boucler, petite. De nous deux, ce n’est pas moi qui couche avec n’importe quoi. En plus, il serait peut-être temps que tu adoptes l’attitude correspondant à ton rôle. »

    Sourire mystérieux.
    Bien que le ton fût léger, on y devinait un soupçon de sécheresse, de perfidie, derrière l’haleine fraîche qui avait effleuré le visage d’Ed. Après tout, une vipère ne se transformait pas en gentille petite bête du jour au lendemain. Elle ne faisait qu’assurer sa suprématie en se délectant de la colère que Ed’ nourrissait à son égard. De une parce qu’elle avait bien entendu fouiné dans sa vie privée. Depuis un moment, déjà, puisqu’elle ne pouvait se permettre d’avoir n’importe qui sous son commandement. Ensuite simplement parce qu’elle lui rappelait à quel point elle n’était qu’une gamine qui, par son attitude puérile, finirait par faire échouer les entreprises du Maître.

    D’un geste sec et ferme, elle obligea Ed’wina à la lâcher.
    Elle fronça les sourcils en voyant le tissu de sa robe ainsi esquinté. Pendant un instant, la rage traversa ses prunelles si particulières, et la température de l’atmosphère augmenta légèrement, ce qui n’était jamais bon signe. Féline, elle contourna la petite chose, en se penchant légèrement vers elle. Sans la toucher, ni la frôler, si ce n’était de son souffle brûlant. Une menace, un avertissement tacite qui n’était pas anodin. Oui, c’était là une manœuvre des plus subtile : si la bestiole ne comprenait pas les mots, peut-être que les attitudes seraient plus claires ? Le langage animalier n’était pas vraiment la spécialité de Nailah, si ce n’était qu’elle demeurait spécialiste en félin et en vipère, sans vraiment s’en rendre compte. C’était plus comportemental, instinctif qu’autre chose. Rien qui ne puisse rivaliser avec les piaillements et les singeries, n’est-ce pas ?

    Puis, Nailah, dans un désir de garder son rôle de gentille petite sauveuse, dans ce bar à bien mauvaise réputation, retourna vers le comptoir, en annonçant à Ed’ :

    « Allez, bouge-toi, je t’offre un verre. »

    En espérant qu’Edwina quitterait les lieux à toute allure ou accepterait le verre. Histoire de ne pas passer pour n’importe quoi. Elle se voyait mal lui donner l’ordre de quitter les lieux. Même si elle pouvait toujours prétexter une mission important ou quelque chose dans ce ton là, cela ne serait que de l’abus de pouvoir. Or, Nailah n’avait pas spécialement envie d’étaler son pouvoir, ici et maintenant : le secret devait demeurer secret le plus longtemps possible.
    Tant qu’à faire, hein.
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Ed'wina Elmingürr

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MessageSujet: Re: Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]   Jeu 15 Avr - 18:54

    Si Ed'wina était dingue? peut-être bien. Après tout, elle était encore jeune, pleine du charme insouciant de l'innocente enfance. Bon, d'accord, elle avait sûrement bien plus de vices que d'innocence en son terne giron, toutefois, quiconque posait les yeux sur son corps chétif ou avait le malheur d'entendre ses pépiements fluets ne pouvait se rendre compte des turpitudes qui animaient son être.

    Sauf si, d'aventures, il croisait son regard mauvais ou ses mains tâchées de sang. Qui sait? La vie réserve parfois tant de surprises. Et d'ordinaire, quoique très peu intelligente, Ed'wina parvenait sans mal à comprendre comment elle était perçue par son entourage. Enfin ça, c'était quand elle était encore sur sa petite île, presque sans problème et encore pure.
    Mais depuis son arrivée sur Waterin, tout cela lui échappait.
    Sund était un mur sur lequel elle reportait inconsciemment tous ses fantasmes et Nailah demeurait une véritable ennemie impénétrable. Impossible de savoir ce que la seule personne qu'elle côtoyait quotidiennement pensait réellement. Oh bien sûr, Ed'wina n'était pas bête au point d'ignorer l'agacement qu'elle provoquait chez sa supérieure et pourtant, était-ce là un motif de haine?
    Qui sait, qui sait?

    Un sourire gai flotta quelques secondes sur les lèvres grises de la gamine. Elle se considéra d'office comme vainqueur de cette petite altercation alors que Nailah ne faisait que demeurer impassible. Ce sentiment ne dura que très peu de temps puisque très vite, la Vipère prit la parole, perfide, comme à son habitude, quoique d'un ton bien plus guilleret que d'accoutumée.
    Pour le coup, le visage de la jeune fille prit une jolie teinte oscillant entre un gris cendré et un pourpre impérial. Ça n'était pas de la honte, ni de la colère qui l'animait, mais plutôt un savoureux mélange de ces deux émotions. La petite n'avait jamais été bien pudique, cependant, savoir que sa vie somme toute privée avait finie entre les doigts machiavéliques de cette femme la révulsait. Ses yeux lunaires se firent aigres et une de ses mains s'approcha sensiblement de la gorge de celle qui la dominait indubitablement.

    Et comme de juste, ce fut cette dernière qui l'obligea à la lâcher.
    La peau brûlante de Nailah arracha une grimace de douleur à Ed'wina, qui supportait de moins en moins bien la chaleur. La température ambiante augmenta et ce fut un coup de couteau au cœur de la petite faiseuse de poisons. Mais elle ne laissa rien paraître, ne souhaitant pas plier devant la torture que lui infligeait cette femme, sciemment.

    Ed'wina détestait Nailah. Pour ce qu'elle était, ce qu'elle représentait. Tout ce que Wina aurait pu être. Il était certain que la jeune femme, tout comme elle, avait été sur la liste des potentiels Maîtres de Feu, toutefois, la Vipère possédait un véritable Don. Elle était celle qui accompagnerait Maître Sund dans son avancée tyrannique.
    Elle était belle, bien plus belle qu'Ed'wina, et la simple différence d'âge ne pouvait justifier cet écart de prestance. Pourtant, la jalousie d'Ed'wina ne se résumait qu'à cela, non, bien entendu. Il y avait un gouffre entre ces deux figures féminines de l'Armée de Sund, un gouffre qui se creusait à chaque seconde un peu plus.
    Elles étaient parfaitement opposées l'une à l'autre. L'une était le Soleil qui régnait parmi les nues, majestueux, soulevant les regards admiratifs, l'autre était la Lune, entité pâle qui sévissait loin des regards des pauvres humains diurnes. Deux divinités se complétant et se rendant indispensable par leur simple présence.
    Mais une chose était claire: la Lune enviait ce Soleil.
    Il la narguait, égal à lui-même et lui proposait même un verre!
    Franchement, qu'est-ce qui se jouait là? Nailah était-elle sérieuse? Comme si Ed' allait accepter un verre de sa part, vraiment, il en était hors de question!

    « D'accord. »

    On ne faisait pas toujours ce qu'on voulait, n'est-ce pas?

    La gamine aux mille poisons trottina derrière Nailah, non sans jeter un regard méprisant aux hommes qu'elles laissent derrière elles. Elle aurait quand même pu beaucoup s'amuser et le fait de suivre la jeune femme, plus par devoir que par envie l'agaçait. Bien sûr, elle aurait pu sortir, mais cela aurait été se rendre compte d'une défaite indéniable. Alors, elle était restée.
    Pour le meilleur.
    Pour le pire.

    « Tous ces porcs sans cervelle sont vraiment nos alliés? »

    Le ton était dubitatif, la voix hargneuse couvrait à peine une pointe d'incompréhension alors qu'elle se dirigeait vers le comptoir pour demander un deuxième verre de lait à la menthe.
    La jeune fille savait que le Maître déchainait les foules, générait l'enthousiasme, la passion, la servitude ou au contraire renforçait le caractère résistant de certaines personnes. Mais voir de ses propres yeux le genre d'individus qui grossissaient les rangs de Sund, ces faciès peu avenants, ces hommes sans foi ni loi, il y avait de quoi être dégoûtée de cette mascarade.
    Mais la petite avait l'habitude.
    Tout cela la faisait rire.

    « En tous cas, ils sont repoussants! »

    Ed'wina lorgna un instant le verre que le patron venait de poser devant elle, noya son regard dans ce lait coloré.
    Elle avait bien compris la leçon, pour le moment tout du moins, et gardait ses cris habituels dans sa tête, préférant une voix douce et peu habituelle pour le petit ouistiti qu'elle était.
    C'était l'effet Nailah, sans aucun doute. Peut-être allait-elle servir à calmer la gamine, personne ne pouvait le savoir....

    D'un trait, elle vida la moitié de son verre et essuya d'un doigt blanc le lait qui demeurait sur ses lèvres.

    La soirée ne faisait que débuter.
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Nailah Temset

Commandant des Services Secrets de l'Armée Noire.

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Magie : » Dons : Contrôle le Feu & lit l'Avenir.
» Conséquences : Maladie due au contrecoup.
Localisation : » Dans un recoin sombre de ta conscience.
Occupations : » Se jouer de vous.
Humeur : » Aguicheuse, pourquoi ?


MessageSujet: Re: Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]   Dim 19 Sep - 14:36

    Oh oui, la soirée ne faisait que commencer.
    Pour Nailah, surtout. Élégante rôdeuse, perfide vipère aux effluves de danger, elle ne comptait pas s’enfermer dans sa chambre d’étudiante dès minuit passé. Mais peut-être aussi, ne resterait-elle pas aux Tréfonds. Ce n’était, après tout, qu’un bar mal famé, un repaire de truands… On trouvait aussi, dans la noblesse watérinnienne, des spécimens bien intéressants, capables de fournir des fonds aux Partisans. Tellement mieux éduqués, ces petits. Puis, comme elle se faisait passer pour une recruteuse, plutôt que son poste de commandant, sa tâche n’en était que facilité – et ses relations, surtout.

    Quittant l’observation de la salle quelques instants, elle se focalisa à nouveau sur les propos de sa subalterne. Petite note enfantine chez un petit monstre horripilant. Sans savoir pourquoi, cela amusait beaucoup Nailah, si bien qu’un sourire naquit sur ses lèvres, bien moins cruel que tous les précédents. Néanmoins, elle n’en montra rien, mais se laissa simplement couler dans sa position favorite, jambes délicieusement croisées, appuyée sur son coude dos au bar, laissant émaner d’elle une aura lascive et enchanteresse. On ne changeait pas les bonnes vieilles habitudes…
    Jusque là, tout se passait à peu près bien. Du moins lui semblait-il. Ed’ semblait calmée, les clients dans la salle reprenaient leur traintrain habituel, et elle pouvait enfin retourner à ses occupations d’observations favorites. Oh, elle répondrait au ouistiti, mais pas tout de suite. Elle dégusta la saveur sucrée de son cocktail, eut un bref regard pour le lait sa subalterne. A la menthe. Vert. Pourquoi cela lui rappelait étrangement le teint de cette dernière ? Dans le fond, Nailah trouvait cela bien drôle, mais se garda bien de l’exprimer, de quelque façon ce soit, même si elle fut tentée par une moquerie vicieuse. Bien entendu, elle se ravisa : ce serait là, encore ternir son image que de montrer combien elle pouvait être puérile.

    « Parce que tu crois que les petits mignons de Jewel ne sont pas repoussant ? Dégoulinant de bonté, de beaux principes… Ils doivent manquer cruellement de virilité, si tu veux mon avis. Tous des tapettes. »

    L’image avait quelque chose de comique, en soit. Gabriel Jewel entouré de gamins en guimauves. C’était un peu cela, dans le fond. Ils pensaient tout gagner, ils allaient tout perdre, seulement parce qu’ils ne comprenaient pas que le Maître allaient les mener bien plus loin qu’un joli monde plein de pâquerettes et de jolis petits nuages. Elle reprit, sur un ton condescendant :

    « Si on devait compter sur des individus intermédiaires, j’ai bien peur que Waterin n’irait pas bien loin. »

    Mais avec Sund, si.
    Ce serait, une fois ce semblant de guerre civile terminée, une période prospère, bien plus libre, et certainement pas sous le joug d’une pseudo-démocratie inventée par un conseil avide de pouvoir, qui manipulait la société à sa guise. La monarchie avait pour avantage une absence d’hypocrisie. Un seul homme – le Maître ! – agissait pour le bien de tous. Jugement réfléchis et impartial, il ne dépendait en rien des caprices de chacun. Avec du recul, Nailah trouvait cette situation bien plus plaisante, même s’il fallait passer par un petit chaos social en guise de transition. Enfin, il fallait dire aussi, que ce dit chaos avait quelque chose de délicieusement distrayant. Oh oui ! Elle souhait qu’il durât aussi longtemps que possible, qu’elle pût jouir encore et encore de ces intrigues, de ces ennemis. A quoi bon un peuple uni ? Cela serait mortellement ennuyeux. Elle se délectait de vivre à la meilleure époque, toujours imprévisible malgré son don de prescience. Elle se réjouissait de la justesse de ses choix : en mourant jeune, elle échapperait à la mièvrerie d’une nouvelle ère. Mais elle profitait toujours de la destruction qui précédait, ô combien délicieuse… Un frisson parcourut son échine tant cela l’émoustillait. Même si l’ennui la rattrapait de temps à autres, Nailah se sentait vivante. Chose rare.

    Ses lèvres trouvèrent une fois de plus son verre. Son regard se coula vers un nouvel arrivant – pas mal, celui là – qui venait de faire irruption dans la salle. Un Partisan chevronné, auprès duquel elle n’avait jamais recouru à ses charmes. Sombre, discret, il était de ceux qui s’était attiré la confiance de Sund, et dont elle ne savait que peu de choses. Si elle était très curieuse, elle réprima son envie de le rejoindre pour mener son enquête à sa manière. Aussi surprenant cela pouvait-il paraître, Nailah venait de décider de se montrer correcte avec Ed’. Avec un peu de chance, peut-être que celle-ci ferait naturellement le premier pas vers ce mystérieux allié, remplissant ainsi son rôle d’informatrice… Un test ? Probablement. La jeune femme chassa son pouvoir de prescience bien loin, pour ne pas deviner ce qui allait se passer dans quelques instants. Il ne faudrait pas se priver d’une surprise.

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Ed'wina Elmingürr

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Magie : † Faire de son corps le plus dangereux des poisons ou des somnifères, doux mélange d'eau et de terre.
Localisation : † Dans l'ombre de Sund
Occupations : † Etudiante et Capitaine des Services Secrets
Humeur : † Extrêmiste non pacifique


MessageSujet: Re: Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]   Dim 2 Jan - 18:52

    La pluie, à présent, se faisait plus forte, martelait les vitres sales qui ne décrassaient pas, et entraînait Ed’wina dans son ballet sonore. Après tout, pour la jeune fille, une musique, un son, peu importait son origine, était tout de suite plus intéressant que les divers persiflages de Nailah. Son oreille ne prêtait donc plus qu’une infime attention à tout ce que pouvait bien dire sa supérieure, quoique cela aurait pu l‘intéresser. La déferlante d’eau parvenait même à occulter pour elle le faible brouhaha environnant. La population du pub s’était peu à peu calmée, et seuls quelques regards agressifs ou lubriques se dirigeait vers le comptoir où étaient établies les deux dirigeantes des Services Secrets. Qui, de tous ces abrutis -selon Ed’wina- aurait pu se douter un seul instant qu’il se trouvait en compagnie de l’élite de la cour de Sund? Au fond, si Nailah, quoique étudiante, pouvait aisément passer pour ce qu’elle souhaitait, la plus jeune était souvent rabaissée au simple rang de gamine étudiant bien sagement à l’Académie. Ce que, au demeurant, elle était censée être. Et ce pour quoi elle était régulièrement prise par la Vipère.

    Les paroles de Nailah n’était donc plus que gargouillements à ses oreilles, mais elle percevait, malgré elle, quelques mots isolées tels que « Jewel », « repoussant », « virilité » ou encore « tapettes ». Rien de bien concret en soi, mais l’évocation des Résistants l’arracha à son écoute atone, faisant monter en elle un âpre dégoût, faisant pousser une révolte intérieure. Elle se retint à grand peine de cracher sur le comptoir, à côté de son verre de lait à moitié vide, cela aurait été plus disconvenant que souhaité et enfin, on était ici dans un repaire de Partisans, aucun intérêt donc à déclamer toute sa haine contre les opposants. Du moins, ça, c’est qu’une personne à l’intelligence un peu développée aurait consenti à affirmer. Mais Ed’wina craignait juste une chose: finir en rôti dans ce pub immonde. C’est pourquoi elle tint sa langue et calma sa colère en traçant des courbes aléatoires avec une goutte de lait émeraude tombée sur le bar. Un jeu enfantin qui la fit presque retomber en enfance si tant est qu’on eût pu croire qu’il y avait encore une part d’enfance en elle.
    Cependant, cette évocation des sales petits Résistants ne fut pas sans conséquence; Ed’wina eut immédiatement à l’esprit une certaine touffe flamboyante, un visage torturé et délicieusement torturable. Ses lèvres s’étirèrent en un sourire sadique mais discret, toutes ses pensées furent tournées vers l’adorable Megaré Donovan, sa respiration se fit erratique dans son envie soudaine de lui arracher ses cheveux trop rouges, son visage angélique, ses vêtements de clochard, son âme rebelle, son esprit vagabond, tout.
    Puis ses pulsions macabres se dirigèrent irrémédiablement vers le responsable de tout cela, de cette mascarade hypocrite qui consistait en une opposition au souverain. Gabriel Jewel. Non, vraiment, où était l’intérêt? Ne pouvait-il pas simplement s’écraser comme les larves qu’ils étaient devant ce Maître absolu? La paix régnerait et le monde serait alors le plus jovial qui soit. Ed’wina étouffa un rire sardonique: cette niaiserie l’aurait autant affligée que le reste.

    Soudain, elle fut tirée de ses pensées morbides par une présence masculine à quelques pas, juste derrière elle pour être exact. Elle suivit le regard de Nailah où brillait une étincelle étrange et se retrouva nez à nez avec un homme. Nez à épaule serait plus juste. Ni petit ni grand, ni mince ni gras, aux cheveux sombres et à la mine acariâtre, il commandait une boisson au barman. Sans aucune discrétion, Ed’wina jetait des coups d’œil sur sa droite et sur sa gauche, essayant d’établir un lien entre la Commandante et le nouveau venu. La petite faiseuse de poisons esquissa une moue dégoûtée: avez-elle couché avec lui? Selon elle, c’était plus que probable. Cependant, elle nota que ce n’était non plus lui, mais bien elle que Nailah fixait. Qu’y avait-il? Attendait-elle quelque chose? Ed’wina s’apprêta à lui faire remarquer de la manière la plus impolie qui soit quand son regard tomba sur le dessin qu’elle avait tracé dans le lait, sur le comptoir. L’ex dessin. Puisque un coude incongru s’y trouvait à présent. Elle interpella l’homme d’un index, heureusement vierge de toute blessure, planté dans le bras et sa voix fit des trémolos lorsqu’elle s’exclama:

    « T’as cassé mon dessin ! Excuse-toi. »

    La jeune fille plaqua immédiatement les deux mains sur sa bouche grise, les yeux écarquillés dans une incompréhension totale. C’était quoi ça? Un cri du cœur, cœur bien enfantin pour le coup.
    La maturité n’était pas encore vraiment à l’ordre du jour, et sincèrement, Ed’wina ne souhaitait en aucun cas mûrir.
    Mais ça, c’est une autre histoire.

    L‘homme se retourna, le regard noir et Ed‘wina se sentit malgré elle devenir minuscule sur son siège. L‘autre avait une aura oppressante, une chose de malsaine qu’elle-même ne comprenait pas. Encore moins que son cri à l’instant. Pour le coup, ce fut elle qui eut envie de s’excuser. Elle lui décocha un pauvre sourire et balbutia un « P…Pardon » maladroit et ridicule. Ses yeux ne paraissait peut-être pas aussi terrifiés qu’ils l’étaient devant le pouvoir pyrogène de Nailah, mais ils avaient plutôt quelque chose d’émerveillés. Il avait cette présence qui l’interpellait, la captivait. Mais cet émerveillement en resterait là. Certes, les actions ridicules étaient son fort, mais celle-ci était d‘un autre niveau. Et il était hors de question de continuer sur cette lancée. Renfrognée, elle se retourna vers Nailah et lui lança un regard où l’on pouvait aisément lire un « Aucun commentaire ».

    Et elle finit le reste de son lait à la menthe.

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Si c'est un Homme ; {The Death and the Strawberry, 3rd version} [PV Libre]

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