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 Comptine pour un démon [PV : Sund]

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Hayden Cole


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MessageSujet: Comptine pour un démon [PV : Sund]   Lun 15 Nov - 21:07


    - « Tombe, tombe, la pluie.
    Le soleil est parti.
    Les nuages ont grossi.
    Et l'orage... éclate !

    Goûte, goûte d'eau.
    Tout part à vau-l'eau.
    Et dans un gros seau
    Se noie une... fourmi !

    Ploc, ploc, fait la pluie.
    C'est la fin de l'averse.
    Y'a plus de fourmi
    Et le seau se... renverse ! »



    Hayden laissa le silence s'installer en observant le visage de la petite fille. Elle lui sourit, toute timide avec ses grandes boucles blondes, mâchouillant son pouce alors même qu'elle n'osait pas tout à fait aller vers cet inconnu. Se dandinant d'un pied sur l'autre elle n'était pas effrayée pour autant, amusée par cette vieille comptine qu'il venait de lui chanter de sa voix frêle et fuyante. A peine avait-il esquissé les notes, se contentant d'insister sur le découpage si particulier des syllabes, un rythme lent qui enlevait toute musicalité à cette poésie au sens abscons. Seules les deux derniers temps des quatrains avaient eu droit à un semblant d'effet sonore lorsque sa voix s'était effacée en un sifflement triomphant. La gamine de trois ans qui lui faisait face n'était pas critique musicale après tout... A grande renfort de minauderies et de mimiques adorables que seuls peuvent se permettre les enfants de cet âge sous peine d'être considéré comme bon pour l'asile, elle lui tendit gentiment sa sucette.


    - C'est pour moi ?


    La petite choupette hocha vigoureusement la tête comme si elle venait de lui faire là le présent le plus précieux dont elle était capable. Si naïvement ridicule...


    - Merci.


    Véloces, des doigts incroyablement longs et fins vinrent s'emparer de la sucrerie bariolée de couleurs vives et plantée au sommet d'un bâtonnet déjà tout collant. Un sourire malsain se glissa sur les lèvres du jeune homme tandis qu'il échangeait un regard complice avec cette toute petite chose rose, bonde et baveuse. Tout à coup, sa nouvelle amie lui fut arrachée par les griffes de sa mère à la fois scandalisée, effrayée et vindicatives.


    - Julia ! Je t'ai dit de ne pas parler aux inconnus !


    - Il chantait la comptine.



    Inutile. Une enfant aussi innocente ne peut pas saisir le danger qu'il y a à se laisser bercer par de jolis mots. Sa mère releva brusquement la tête sur le banc pour invectiver ce jeune adolescent grunge qu'elle avait surpris avec son petit ange. Adolescent qui avait inexplicablement disparu...


    - « ...Y'a plus de fourmi.
    Et le seau se renverse. »



    Hayden fourra la sucette dans sa bouche, passant ses deux bras derrière sa nuque et plantant le nez dans les nuages tout en marchant avec une espèce de tressautement joyeux comme si ses genoux dissimulaient quelques ressorts. A l'heure actuelle la mère de cette sympathique petite fille devait sans doute souhaiter qu'il s'étouffe avec, bien qu'il l'eût dument mérité. Ce n'était pas tous les jours qu'il avait l'occasion de chanter une comptine glauque à une gamine capable d'apprécier la performance. Ah... parfois il y a des plaisirs simples dans la vie dont il faut savoir profiter. Oisif en cette superbe après-midi d'un dimanche pluvieux, l'adolescent s'était momentanément laissé distraire de sa mission par cette jolie blonde de tout juste treize ans sa cadette. Cet instant de faiblesse ne lui ressemblant pas, l'on s'indignerait de le voir s'abaisser à ces défis faciles s'ils n'étaient nécessaires au moral de notre cher sociopathe adoré. Depuis que Sund avait pris le pouvoir, il n'était pas encore parvenu à approcher des partisans susceptibles de l'introduire auprès du maître révéré. Aussi avait-il prit le parti de se présenter de lui-même devant cet envoyé d'Uen. Un acte qui, s'il ne manquait pas d'aplomb et de détermination, laissait planer un trop grand doute sur le succès de l'entreprise. Le laisserait-on seulement s'approcher du château ? Une bruine légère commença à tomber même si pour l'heure elle donnait surtout l'impression de flotter dans les airs, glaçant le visage et la nuque des passants. Hayden laissa tomber le bâtonnet de sa sucette sur le sol s'en se préoccuper de resserrer son manteau sur ce corps trop mince et efflanqué qui était le sien. Ses bottes, partiellement délassées n'évitaient aucunement les flaques qu'elles rencontraient sur leur chemin, laissant le jean sombre et déchiré du jeune homme s'imprégner des goûtes qu'elles soulevaient impunément. Quantités de chaines et de pics venaient empêcher celui-ci de tomber sur ses chevilles en une ceinture tout à la fois complexe et hétéroclite, en bonne partie dissimulée par un pull noir qui, bien trop grand, le rendait malingre. Évidemment, ce gringalet ne faisait guère illusion d'une façon générale mais de là à arpenter les rues en laissant apparaître son cou famélique et une épaule dénudée à l'omoplate seyante sous la peau, il y avait des limites. Aussi le large manteau vert bouteille, trop porté, un peu passé, et la longue écharpe de laine assortie étaient un secours des plus appréciables lorsque l'on souhaitait pouvoir se fondre dans la masse. Dommage que la masse justement resta chez elle et ne le laisse presque tout seul arpenter les rues. Enfin, seul, tout est relatif...


    Hayden, toujours les mains dans les poches, eut soudain le réflexe qui lui sauva la vie. Sautant d'un bond à un mètre de l'endroit où il s'était trouvé l'instant auparavant, il put éviter la gigantesque langue de flamme qui venait de barrer le passage de la rue. Indistinctement dans la précipitation, il remarqua un fugitif tournant dans la ruelle à sa gauche tandis qu'un groupe de cinq hommes se lançaient à sa poursuite sous le regard effrayé et intrigué des badauds, pris par pur hasard dans cette chasse à l'homme. La barrière de feu s'évanouit aussi vite qu'elle fut lancée, laissant les pavés calcinés témoigner de son étonnante réalité. Des cris retentirent, des ordres hurlés dans les rues afin de mieux cerner la proie qu'ils poursuivaient. Un « ils » qui fut immédiatement associé à une image réconfortante, chaleureuse et plaisante dans l'esprit du petit crétin dont nous avons la charge de vous raconter les délirantes et doucereuses pensées : l'armée noire. Nul n'ignorait à présent que le tyran absolu de Waterin s'était entouré d'une force d'action aussi puissante qu'organisée pour lutter contre la résistance. Dépositaire de la volonté suprême, garante de la pérennité d'un pouvoir qu'elle avait fait le serment de défendre, l'armée noire agissait quotidiennement en veillant sur la sécurité du seigneur et donc de ses sujets en imposant par la crainte l'ordre et l'équité. Normal qu'elle ait tout le respect et toute l'admiration d'un partisan en sommeil... Les badauds se rassemblèrent, la curiosité l'emportant sur la rationalité. Une qualité qui, conjointe à son pragmatisme, était bien connue du psychopathe refoulé qui voyait là peut être, la chance tant attendue de briller aux yeux de son maître et de pouvoir le servir avec tout le zélé dont il était prêt à disposer. Les civils furent maintenus à l'écart par une seconde équipe chargée de maintenir le calme dans les rues. La traque des résistants ne devaient pas susciter l'engouement public. Une émeute eut été catastrophique pour la mise en place d'un pouvoir encore jeune et fragile. Deux rues plus loin déjà, la vitrine d'une boutique explosa littéralement en blessant gravement deux des assaillants tandis que les forces restantes pour encercler et mettre la main sur ce résistant manipulant le verre à sa guise, diminuaient considérablement. Le chef de l'escouade attendit qu'ils aient dépassés la rivière pour rassembler ses troupes avant de mener une attaque décisive, conscient que leur proie ne pourrait guère trouver de refuges satisfaisants dans cette partie de la ville où il avait été acculé.



    - Circulez, il n'y a rien à voir.


    - Qu'est ce qui se passe ?


    - Circulez, laissez-nous faire notre travail.



    - Cet homme est dangereux ?


    - Extrêmement dangereux. C'est un traître à sa patrie et à notre seigneur qui n'hésite pas à mettre en danger la vie des innocents.


    Sifflement admiratif d'Hayden.


    - Pfft... rien que ça ?


    - Anya ? On doit circoncire la zone autour de la rivière s'ils veulent pouvoir le choper.


    - Tu crois que Morrisson se laissera prendre au piège ?



    - Ils font tous des erreurs à un moment ou à un autre.


    La jeune femme se retourna vers l'adolescent... qui avait disparu. Philis Morrisson contrôla à grande peine sa respiration, se plaquant contre le mur malsain de cette ruelle pleine de détritus afin de lancer un coup d'œil rapide à la petite place du parvis du temple qu'il devrait traverser. D'un geste angoissé, il porta la main à son cœur sur lequel reposait le précieux document qu'il devait protéger au péril de sa propre vie s'il le fallait. La lumière blafarde de la lune n'éclairait que faiblement une nuit aussi oppressante que silencieuse. Il était parvenu à distancer ses poursuivants sans trop de difficulté depuis qu'il avait passé la rivière. De toute évidence ils attendaient de pouvoir le localiser précisément avant de frapper avec l'ensemble de leurs forces. Ils savaient que le répit dont ils l'avaient gratifier ne lui serait d'aucun secours. Le jeune trentenaire tenta de respirer calmement tout en surveillant la rue. Il savait que le temps lui était compté s'il voulait mettre le document à l'abri avant d'être attaqué. Une course contre la montre, un sacrifice pour la liberté... Outils inconscient d'une machination aveugle et cruelle dont il ignorait tout. Prenant le risque de s'exposer à découvert, le résistant s'avança aussi calmement que possible afin que l'écho de ses pas n'alerte pas les patrouilles de l'armée noire à sa recherche. Avaient-ils démantelé toute la cellule ? Enzo s'était-il fait prendre ? Comment savaient-ils qu'il était en possession de la liste ? Affolé par sa situation et par ces questions qui le hantait, il parvint d'un pas un peu plus rapide jusqu'à l'énorme porte en bois du temple qu'il entrouvrit pour se faufiler à l'intérieur de la nef. Celle-ci, haute de plus de vingt-cinq mètres, se répartissait sur deux étages dégageant le large espace réservé aux fidèles face à l'autel sacré de la déesse de la Justice. Plongée dans la pénombre, elle n'inspirait que sérénité sous le regard bienveillant des nombreuses statuts à l'effigie anthropomorphiques de la divinité devant lesquelles s'éteignaient doucement les bougies allumées en offrande. Les vitraux, chef d'œuvre d'un savoir faire exceptionnel, laissaient une lumière douce et tamisée s'infiltrer dans l'imposant espace que délimitaient des murs de pierres claires, taillées et agencées selon la mode ancienne d'une architecture à la noblesse désormais révolue. L'armée noire oserait-elle profaner un tel lieu ? Les prêtres ne pourraient-ils lui être d'aucun secours ? Le jeune homme s'avança dans l'allée principale, dans l'intention de rejoindre la pierre déchaussée au pied d'un pilier pour y dissimuler son précieux fardeau. Il s'immobilisa en prenant conscience qu'il n'était pas seul.


    - « Tombe, tombe, la pluie.
    Le soleil est parti.
    Les nuages ont grossi.
    Et l'orage... éclate !

    Goûte, goûte d'eau.
    Tout part à vau-l'eau.
    Et dans un gros seau
    Se noie une... fourmi !

    Ploc, ploc, fait la pluie.
    C'est la fin de l'averse.
    Y'a plus de fourmi
    Et le seau se... renverse ! »



    Son regard parcourut l'ensemble de la nef tandis que tout son corps tendu se tenait prêt à réagir à la moindre attaque. Ses sens en alerte et de plus en plus mal à l'aise à mesure que cette voix jeune et faiblarde s'élevait et raisonnait dans l'acoustique extraordinaire du temple, il ne repéra enfin la menace potentielle que lorsqu'elle daigna bouger et ainsi sortir de l'ombre. Ne venait-il pourtant pas de détailler l'autel ? Comment son immobilité seul avait-elle pu lui dissimuler cet adolescent dégingandé et maladif ?... non. Ses mouvements étaient nonchalants et assurés tandis qu'il se redressait. Sa silhouette à peine éclairée par la lumière de la lune se reflétait sur une chevelure argentée qu'un courant d'air léger dérangeait par instant.


    -Tu n'as plus vraiment l'âge de chanter ce genre de comptine mon garçon... Tu es un serviteur de ce temple ? Je dois parler au prêtre supérieur.


    - On a tord de mépriser ces chansonnettes qui contiennent souvent bien plus de sagesse qu'un enfant de peut y distinguer.


    Encore cette voix si... désagréable. Le gamin n'intonnait pas vraiment ses phrases. Les mots coulaient avec monotonie en une sorte de soupir insupportablement long. La tonalité fade s'éternisait sur des notes claires et relativement haut perchées pour un garçon, soufflées et prononcées avec une sorte d'indifférence insolente et provocatrice. Immédiatement, cet adolescent n'inspira que méfiance au résistant.


    - Où puis-je trouver le cadre supérieur de ce temple ?


    - Hum ? Oh sûrement sur l'aile droite réservée aux serviteurs de la déesse.


    Sans plus se préoccuper du dérangeant gamin, le jeune homme se dirigea vers la proche qui lui était la plus proche.


    - ...mais je ne pense pas que vous parviendrez à l'atteindre.



    Le claquement caractéristique de deux doigts portés l'un contre l'autre résonna bruyamment dans la nef juste avant que l'extrémité du banc vers laquelle Philis se dirigeait n'explosât en projetant des éclats de bois dans un périmètre circoncis de six mètres. Surpris mais s'étant trouvé suffisamment à l'écart de l'explosion pour n'être que superficiellement blessé, le jeune homme se redressa prestement pour faire face à celui qu'il devait, à n'en plus douter, considérer comme un adversaire. Pourquoi ce gamin s'en prenait-il à lui et dans quelle mesure il constituait une menace, ça, c'était autre chose...


    - Pourquoi l'armée noire vous poursuit-elle ? S'il s'était s'agit d'une simple mission d'élimination ils n'auraient pas prit autant de soin à éviter les attaques directes. Je pense que vous avez quelque chose qu'ils veulent avoir.


    - Ils recrutent au berceau à présent ?


    - Moi ? Je suis juste un peu curieux.


    - C'est un vilain défaut.


    Une vague d'eau fusa à haute pression en direction du jeune homme qui l'évita avec une rapidité et une agilité stupéfiante, basculant en arrière pour se rétablir accroupi sur l'autel. Soudain, un autre claquement de doigt retenti et cette fois Philis dut se protéger en opposant de l'eau à l'explosion. En prenant appui sur le dossier d'un des bancs, il sentit un liquide poisseux et déjà presque sec sur ses doigts. Les relevant à la lumière, il distingua la teinte brunâtre qu'ils avaient pris. Serait-ce... ? Une lame métallique étincela soudain dans son champ de vision alors qu'il se jetait de côté pour l'éviter. Son assaillant ne se laissa pas déstabiliser par l'échec de sa première attaque et enchaina avec une rapidité et une maîtrise qui acheva de convaincre Philis de le prendre au sérieux et non pour l'adolescent qu'il était.


    - Aller aller, tu peux certainement mieux faire.


    Impossible de répliquer efficacement avec si peu de distance.


    - Qu'est ce qu'ils veulent de toi ?


    L'attitude du gamin avait changé. Il affichait un sourire sans joie que seule dictait la cruauté ou le plaisir sadique de faire du mal. Sa voix avait perdu son calme évident en se montrant plus pressante et trahissant aussi son impatience à obtenir ces réponses. Brutalement, son dos heurta le pilier contre lequel ce diable incarné l'avait acculé. Il plongea de côté pour éviter le scalpel lancé avec force qui produisit des étincelles contre le mur. Un instant, Hayden demeura dans cette position. Debout, s'appuyant surtout sur l'une de ses deux jambes qu'il maintenait tendues et non fléchies comme il était courant de le voir dans les postures d'attaques, le bras tendu s'appuyant en partie sur la lame du scalpel contre le mur, les épaules rentrées. Lentement, le jeune homme inclina la tête de côté, découvrant un triangle de chair dans lequel s'encadrait un œil plissé qui semblait passer au crible tout ce qui pouvait attirer son attention.


    - C'est quelque chose que tu as sur toi pas vrai ?


    Le résistant se retourna juste assez vite pour lui saisir le poignet et abattre son poing sur le visage de cet échalas abandonné à sa folie et son insanité. Il ne remarqua pas les goûtes de sang tombées sur sa cuisse... Hayden ne put rien faire pour éviter ce coup magistral qui l'envoya s'effondrer sur le sol carrelé et froid, le nez en sang. Sonné, il ne se releva pas immédiatement tandis que Philis tentait de reprendre suffisamment de force pour se débarrasser de lui. Traqué par l'armée noire, ayant épuisé presque toutes les ressources de son don, affaibli et affamé, le résistant était à bout. Hayden se releva lentement, éprouvant douloureusement un élancement violent en lieu et place de ce qui fut autrefois son nez et qui était à présent cassé. Il fit face à son adversaire et, dans un sourire proprement effrayant, s'offrit la victoire.


    - Boom.



    Le claquement de doigt s'entendit à peine avant l'explosion et le hurlement de douleur qui s'en suivit. Tombé au sol, Philis porta les mains à sa jambe, incapable de prendre conscience de l'inanité d'un geste asservi par la souffrance. Partiellement amputée, l'odeur fumante de sa chair brûlée, aigre et piquante, envahit l'espace. S'obligeant à appuyer sur sa blessure pour contenir l'hémorragie, ses doigts ne purent que lui servir à sortir le précieux liquide s'échapper de son corps. Il allait mourir, là, très vite... et leurs rêves de liberté mourraient un peu avec lui, tués par un gamin. Hayden se mit à ricaner de façon incontrôlable, d'abord de façon contenue puis en laissant libre court à son hilarité morbide. Ce n'était pas exactement la première fois qu'il tuait. Cela avait été plus long mais pousser ses amis au suicide avait été tout aussi jouissif. Non, ce qu'il appréciait aujourd'hui c'était l'adrénaline du meurtre. Et quel superbe théâtre pour en goûter tout le plaisir ! Il n'aurait jamais pu rêver mieux que sacrifier un impie de la justice sur l'autel de sa déesse. Ce sang, c'était son offrande, cette mort c'était sa prière. Il s'avança en méprisant le flot écarlate qui venait tacher ses bottes, s'agenouillant devant sa victime, soudain très doux et compatissant.


    - Aller aller, dis-moi ce que c'est.


    Philis serra les dents jusqu'au moment où le genou du monstre vint appuyer férocement sur sa blessure. Il ne put retenir ses gémissements.


    - Si tu me le dis vite, je t'achèverais gentiment au lieu de te torturer.


    Souffrance... explosion de souffrance... et ce visage angélique qui n'éprouvait absolument aucune émotion... Sa main se resserra sur son cœur. Il avait tout juste assez de force pour ça... Hayden comprit instantanément, effrayé à l'idée que tous ces efforts puissent être ruiné alors qu'il touchait au but. Il projeta ses doigts pour ouvrir le manteau de Morrisson au moment même où celui-ci laissait l'eau imbiber le papier de la liste qu'il devait absolument protéger. Les doigts longs de l'adolescent ressortir précautionneusement un papier trempé qu'il entreprit d'étaler sur le sol avec mille soin. De toute évidence, c'était ce que l'armée noire cherchait. Ils avaient éviter de le blesser pour ne pas abîmer le précieux document. De toute évidence, il venait de détruire des informations primordiales. Rageur, Hayden se tourna vers le traître qui gisait dans une marre de sang, mort. Trop tard, il ne pourrait rien apprendre de plus qui aurait pu le sortir de cette délicate situation. Il revint au papier gorgé d'eau en distinguant encore l'encre qui se diluait progressivement. Retenir le plus de noms possibles... apprendre la liste avant qu'elle ne disparaisse. Ce serait certainement sa seule façon de rester en vie. Dix minutes plus tard, le chef de l'escouade de l'armée noire qu'il avait surpris dans l'après midi faisait irruption dans le temple.


    Hayden fut balancé sans concession sur le carnage. Ce n'est pas exactement ce qu'il avait imaginé pour sa première entrée dans le château. Bien amoché après son combat avec le résistant, l'interrogatoire expresse de l'armée noire n'avait pas arrangé les choses. Hayden tenta de se redresser un peu pour s'agenouiller mais une botte épaisse vint considérer son épaule comme un repose pied, ce qui compliqua radicalement l'exercice. Résigné, il finit par attendre son sort, conscient que tant qu'il ne livrait pas les noms qu'il avait pu retenir, sa vie aurait un minimum de valeur. On le releva brutalement, ce qui fit naître une remarque toujours aussi spirituelle.



    - Doucement ma jolie, sois moins passionnée.


    Un coup dans les côtes répondit à son insolence, ce qui eût le mérite de lui couper le souffle et donc le caquet. On le traina dans un couloir d'un raffinement certain, le maintenant parfaitement à l'écart des discussions qui aurait l'informer sur le destin qu'il allait subir. Allait-on le torturer ? Jusqu'ici ils n'avaient su que gogner d'abord et parler ensuite mais peut être son exigence aura-t-elle était courronnée de succès ? Il refusa d'y croire jusqu'au moment où on le fit pénétrer dans une grande salle décorée avec faste.


    - Mon Seigneur, ce dissident a compromis une mission de premier ordre qui aurait pu conduire à la capture d'une vingtaine de résistants. La liste que nous tentions d'obtenir a été détruite avant notre arrivée sur les lieux mais il affirme en avoir eu connaissance. Son nom est Hayden Cole, il étudie à l'académie et semble s'être battu avec Philis Morrisson que nous traquions et qu'il a tué avant que nous puissions l'interroger. Il a affirmé qu'il ne dirait rien tant qu'il ne serait pas mené devant vous Seigneur. Je me propose de conduire un interrogatoire. J'attends vos ordre Seigneur.


    Hayden osa relever les yeux, l'un deux apparaîssant entre les mèches sales et éparses. Une main vint saisir ses cheveux pour l'obliger à baisser la tête.


    - Incline toi devant ton seigneur et maître !



    Malgré son souffle court, Hayden eut un sourire en coin. Enfin ils semblaient disposés à comprendre...


    - « Tombe, tombe, la pluie.
    Le soleil est parti...»



    Son murmure s'évanouit avant qu'on ne se décide à lui intimer le respect.
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Comptine pour un démon [PV : Sund]

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