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Vous voici à la merci du Tyran...
 

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 Requiescat In Pace. {PV Misaki ~}

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Megaré M. Donovan

The Kitten can see the Ghost

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MessageSujet: Requiescat In Pace. {PV Misaki ~}   Dim 16 Mai - 18:41

    Le nez en l’air, Megaré plissa les yeux face au ciel qui se plombait progressivement de nuages gris annonciateurs de pluie. Les mains dans les poches de son jeans foncé trop grand, il frissonna quelque peu lorsque le souffle du vent vint chatouiller la peau de son cou, de son visage. Affalé sur lui-même, il finit par se redresser quelque peu, le dos collé contre un mur extérieur de la demeure Jewel. Ce qu’il faisait là ? Il ne savait pas trop. Pour une fois, il ne séchait pas à proprement parler les cours de l’Académie, vu qu’il n’y en avait aucun aujourd’hui. Alors il avait déambulé. L’Orphelinat étant trop bruyant pour lui, le gamin avait vite fait de sortir pour aller traîner dans la rue, comme il le faisait si souvent, comme il aimait le faire si souvent. Et ses pas l’avaient guidé au hasard dans les ruelles, dans les allées marchandes, un instant, un moment, quelques heures ou à peine une, il n’aurait su dire. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords de la majestueuse demeure Jewel, qu’il connaissait pour s’y être rendu quelques fois. Il avait hésité, puis il était finalement entré dans le jardin entretenu magiquement, pour aller s’assoir dans un coin, sous le porche, ou pour s’adosser contre un mur, dans la fraîcheur agréable ambiante. Au calme. Songeant.

    Combien de temps était-il là ? Encore une fois, il n’aurait su le dire. Mais toujours est-il que la porte de la demeure s’ouvrit soudainement, brisant la bulle de tranquillité du jardin. Meg était adossé non loin de la dite porte ; il tourna la tête, et avisant la personne qui sortait de la maison de Gabriel, il haussa un sourcil.

    - Misaki Kurohana ?

    C’était bien elle ; Megaré reconnaissait ce visage de porcelaine, ces cheveux couleur chocolat, ces grands yeux doux. Et en la voyant, une pensée lui vint subitement à l’esprit. Il se souvint d’une chose. Il cligna des yeux, se décolla du mur et s’approcha, d’une démarche foncièrement hésitante. Il ne savait pas comment dire çà. Il ne faisait même pas trop pourquoi il faisait çà, au juste. Mais il sentait qu’il devait le faire. Puisqu’elle était là… Le jeune adolescent se planta face à son aînée de la Résistance, cette demoiselle en fleur si proche de Gabriel Jewel, pour lever les yeux et croiser son regard. Il eut un signe de tête pour lui dire bonjour, sans ouvrir la bouche. Il glissa une mèche de cheveux trop longue derrière son oreille, et plissa un peu les yeux, comme s’il réfléchissait à la manière dont il allait aborder le sujet. Aucun de ses deux dons ne lui permettait de savoir comment Misaki allait réagir. Et il ne la connaissait pas suffisamment pour le deviner. Mais il pouvait s’en douter, au moins un peu. Et pourtant, malgré son hésitation, il était décidé. Il étouffa un soupir entre ses lèvres, puis ouvrit la bouche pour prendre la parole, de sa voix agréable. Il ne voulait pas s’encombrer de futilités, il ne voulait pas tourner autour du pot un moment en usant de quelques politesses avant de se décider à parler. Il préférait entrer dans le vif du sujet tout de suite.

    A sa manière.

    - Il aimerait vous dire qu’il apprécie beaucoup les fleurs.

    La phrase sibylline prononcée, Meg attendit un instant, gardant le silence, fixant sa vis-à-vis droit dans les yeux. Comme s’il pouvait lui faire comprendre les choses d’un simple regard. Malgré l’air hésitant qu’il avait pu arborer, sa voix était incontestablement assurée. Parce que sûr et certain des faits, il l’était. Le jeune garçon laissa une petite dizaine de secondes de silence s’écouler, pour laisser le temps aux mots et à leur sens profond de faire leur bout de chemin, puis ouvrit de nouveau la bouche.

    - Un homme. Roux. Il sourit beaucoup. Il dit que vous n’auriez pas pu mieux choisir que les fleurs de lys. Et il apprécie vraiment énormément que vous preniez le temps de venir voir sa tombe.

    Meg avait depuis longtemps que ce genre de paroles pouvaient paraître extrêmement étranges. Dérangeantes. Mais ceux qui savaient pour son don de médium savaient également qu’il disait la vérité. Le garçon finit en levant le bras, désignant son propre front du doigt, d’un mouvement vague.

    - Il porte des lunettes de piscine oranges.

    Oui, Meg s’en souvenait bien.

    Il n’avait pas connu réellement cet homme, de son vivant. Il ne l’avait même pas reconnu tout de suite, dans le cimetière. Il n’avait pas été présent lors du bal d’Halloween, le 31 octobre dernier, et il avait apprit la mort d’un résistant qu’après coup. Il connaissait le nom de cet homme dorénavant mort, mais il ne savait pas vraiment pourquoi il ne le prononçait pas, là, devant Misaki Kurohana. Peut-être qu’il voulait que la demoiselle soit la première à le prononcer. Après tout, elle en avait davantage le droit que lui, elle le connaissait mieux que lui. Meg se souvenait de cet homme roux, dans le cimetière. Il n’avait pas compris tout de suite qu’il était un esprit, et cela l’avait surpris de l’apprendre. Cela s’était passé lorsque Meg s’était rendu dans le dit cimetière, pour se recueillir sur la tombe de Djen. Le grand homme, aux cheveux d’un roux criard, était planté devant une tombe, les mains dans les poches. Serein. Normal. Sans aucune blessure apparente, sans aucun signe distinctif permettant au gamin de l’identifier immédiatement comme mort. Il était seul, et il avait levé les yeux sur Meg, lorsqu’il avait remarqué sa présence. Le jeune adolescent se souvenait très bien de la douce stupeur qui s’était peinte sur les traits du visage de l’homme, quand il avait fait un signe de tête en guise de bonjour dans sa direction, et il n’avait pas saisi immédiatement pourquoi. Ce fut seulement lorsque James Catterson lui montra la tombe devant lui d’un doigt, le sourire aux lèvres et disant que c’était la sienne, d’un air stupidement fier, que Meg comprit.

    C’était rare. Très rare, même, mais il avait déjà pu voir cela quelques fois dans sa courte vie. Les morts qui acceptaient leur sort n’avaient pas les airs catastrophé, affolé et en colère de ceux qui refusaient. Ils n’avaient pas les vêtements en sang, ni même le corps tailladé par d’horribles plaies. Tout au plus quelques cicatrices, mais rien de bien choquant. Avec eux, Meg pouvait avoir une conversation sans avoir l’estomac noué, révulsé de ce qu’il voyait. Avec eux, il était davantage apaisé, plus confiant. Il préférait cela, oui, c’était certain. Et cet homme roux, avec ses lunettes étranges, lui avait paru sympathique. Agréable. Attachant. Il s’était souvenu de lui, s’était rappelé qu’il était un Opposant, un homme de la Résistance. Quelqu’un à qui il n’avait guère eu affaire de son vivant, mais qu’il était le seul à pouvoir voir maintenant. Oui, James Catterson était mort. Il n’y avait guère longtemps, et Meg avait été touché de l’apprendre, lorsqu’il l’avait su. Tout cela ne faisait qu’attiser sa haine pour tous ces fanatiques, et pour Sund lui-même. Comme tellement d’autres.

    Gardant les yeux rivés sur Misaki Kurohana, le silence retombant après ses quelques phrases, Meg se sentit soudain moins confiant. Un air hésitant se peignit sur ses traits juvéniles, et un instant, il se demanda s’il avait bien fait, finalement. C’était bizarre, non, dis comme çà ? Et puis, peut-être que la demoiselle avait autre chose à penser pour le moment… Peut-être même qu’elle avait une urgence, que c’était pour cela qu’elle était sortie de la maison, et que lui n’avait fait que la retenir. Oui, là, il hésitait, et ne sachant trop quoi dire d’autre, le jeune garçon se passa la main dans les cheveux, en proie au doute.
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Misaki Kurohana

The Puppet.

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♦️ Prédisposition ♦️ Empathie, Prescience, Chance.
♦️ Don ♦️ Annulation.
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Occupations : ♦ Etudiante à l'Académie, Résitance.
Humeur : ♦ Légère, la plupart du temps.


MessageSujet: Re: Requiescat In Pace. {PV Misaki ~}   Mar 1 Juin - 19:37

    Terrible frisson de novembre, âme grise comme la couleur du ciel.
    Une journée de plus, une page arrachée sur le calendrier, un morne quotidien enlaidit de tristes évènements, rien de neuf à l’horizon. Aucune promesse, aucun espoir, comme si d’un souffle, la petite flamme avait disparue, comme si d’une intervention odieuse tout un monde s’écroulait, la confiance s’estompait, les fondations s’effondraient, pour ne laisser que des ruines, des larmes, une souffrance aux allures d’une nasse dont on était prisonnier. Ce n’était pas un début, ni une fin, seulement une fatidique prise de conscience que l’on faisait partie des proies, prisonnières. Et il était vain et stupide d’essayer de passer entre les mailles du filet, ne parlons même pas de s’en prendre à son propriétaire. Au moins, Misaki se plaisait à se croire stupide pour continuer d’essayer.

    Tout de noir vêtu, Misaki se tenait dans le petit vestibule, où elle était en train de chausser ses bottines noires, de gestes lents et fatigués. Elle portait une robe noire, un manteau noir, des gants noirs, et sa mine sombre ne faisait aucun doute. Elle portait le deuil.
    La vielle, elle avait enterré James Catterson. Elle n’était rentrée que tard, encore ébranlée, couverte de terre et épuisée. Elle n’avait pas trouvé la force de rejoindre sa chambre, elle s’était contentée d’attendre dans la cuisine que Gabriel daignât se montrer. Elle avait voulu des explications, peut-être une présence rassurante, quelque chose qui aurait pu lui redonner la foi, le désir de combattre contre l’horreur, de continuer de vivre suite à la mort d’un ami. Malgré tout ses souhaits, elle ne se coucha que plus désorientée et malheureuse qu’auparavant, découvrant par la même occasion une autre facette du célèbre Gabriel Jewel, son hôte.

    Le sel de ses larmes était encore certainement incrusté dans les pores de sa peau, les cernes sous son regard acajou éteint trahissaient la présence de la scène dans songes. Abattue. Misaki voulait fuir cette maison, cette existence, elle voulait retourner à son ignorance parfaite, dans son grenier ignoré, loin de toutes ces machinations et complots, loin du massacre, de la lutte et de Sund. Partisans, Opposants, elle s’en moquait, tout ce qu’elle désirait en cet instant n’était point la liberté, mais une quelconque forme de sérénité, de bonheur, un calme pareil aux douceurs du printemps, une brise paisible pour chasser son état fébrile, la guider dans son égarement le plus total. Ce n’était pas ce qu’elle trouverait si elle restait ainsi enfermée dans sa chambre. Si elle décidait de prendre un bateau, Sund la laisserait-elle partir ?

    Elle se redressa, appuya son front contre le mur, étrangement tiède comparé au froid qui s’était emparé de sa frêle personne. Les mèches brunes retombaient sur son front, sur ses tempes et caressaient légèrement ses pommettes, contrastant avec son teint blafard. La réponse à sa question était d’une évidence déplaisante, le découragement sembla étreindre chacun de ses muscles, la laissant dans une torpeur désagréable. Ce malaise, elle ne parvenait pas à s’en débarrasser, pas plus que le chagrin qui flétrissait son cœur. Elle ne parvenait même plus à pleurer, seulement à ravaler une frustration démente qui la rongeait désormais, un sentiment d’impuissance qui la dévorait, pour l’embourber un peu plus dans le désespoir encore. Il ne restait plus rien de la fleur, seulement les épines, dans un entrelacs torturé, qui éraflaient, plantaient, se teintaient d’hémoglobine poisseuse, l’image répugnante d’une essence torturée, essoufflée, agonisante.

    Et pourtant, quelque part sous l’amas de ronce subsistait une petite flamme, un petit vent, un semblant d’élément préservé par Uen, un petit soupçon de combativité endormi, un cœur vaillant qui n’attendait qu’un signal pour raviver un éclat de courage, toute un engrenage complexe qui pourrait, à terme, relancer la bataille. Car c’était une Misaki combative et motivée, dont la Résistance avait besoin, une jeune femme pour montrer l’exemple, pour redonner la joie, pour ne pas laisser les Opposants sombrer dans la haine pure et autodestructrice. Il fallait lutter pour obtenir ce qui appartenait de droit aux Watériniens sans pour autant les mener à leur perte. Et la morosité n’avait rien à faire dans un combat pour la liberté, n’est-ce pas ?
    Prise d’une colère soudaine, se sentant emprisonnée même dans la vaste demeure, Misaki ouvrit la porte d’un coup brusque, se précipitant dehors, fuyant Gabriel, fuyant toute affection qu’elle avait pu lui porter, ne le voyant plus que comme un couard, un misérable lâche qui n’avait pas adopté, selon elle, la meilleure stratégie, bien que chacun de ses arguments fût censé. Elle s’esquivait, toute aussi lâche, songeait à monter son propre mouvement, songeait à se rendre directement au château, filer tout droit à l’Académie pour hurler des immondices à son géniteur odieux et incapable, faire quelque chose d’inconsidéré et titanesque de stupidité, histoire de se débarrasser de cette force qui l’oppressait, de se défouler une bonne fois pour toute, quitte à mettre un pied dans la tombe elle aussi. Du moins, était-elle déterminée jusqu’à ce qu’on l’interpellât.

    Elle posa sur Megaré un regard surpris, puis curieux, illuminant son regard d’acajou pour la première fois depuis la Bal. Elle l’écouta, attentivement. Elle ne comprit pas immédiatement, pencha étrangement la tête sur le côté, tentant de faire fonctionner ses neurones fatigués. James ? Décrivait-il James ? La fatigue lui souffla en premier lieu que ce gosse était fou, complètement fou… Puis, elle commença à se dire qu’elle-même était atteinte de démence aiguë, qu’il ne s’agissait que d’un fruit de ses fantasmes. Du moins, songea-t-elle jusqu’à ce qu’elle se souvînt de l’identité de gosse en question. Mégaré Donovan, membre de la Résistance, assez proche des nos amis les morts. Aimer les fleurs, hein ? Misaki secoua la tête, se laissa tomber lourdement sur la marche qu’elle venait tout juste de descendre, laissant le tissus épais de sa robe s’étaler autour d’elle. Elle se prit la tête entre les mains, traversée d’émotions aussi différentes, si ce n’était contradictoires : colère, soulagement, chagrin, pitié, joie, amusement… Pouvait-on vraiment parler de fleur, comme si on était tout fier de sa tombe, alors que l’on causait un tel remue-ménage ? Pouvait-on abandonner ses frères d’armes à leur cause ?
    Un murmure franchit ses lèvres malgré elle.

    « L’imbécile. »

    Oui, James, quel imbécile heureux, mort ou vivant, il trouvait toujours un moyen de faire valoir son excentricité. Mais dans le fond, jamais Misaki ne trouverait la force de lui en vouloir, bien qu’elle aussi, se refusât à prononcer son nom. Elle sembla se souvenir, alors, que l’annonciateur de la nouvelle devait attendre, si bien qu’elle leva le regard vers lui :

    « A-t-il dit autre chose ? »

    On ne savait jamais, peut-être que ce fou furieux de rouquin mort avait eu la brillante idée de l’éclairer depuis les voies célestes. Peut-être avait-il consulté Uen en personne afin que Misaki puisse trouver son chemin, qu’elle ne demeurât pas stupidement assise devant la porte de la maison, sans savoir que faire, jusqu’à ce que Gabriel lui proposa de rentrer. Rien n’aurait changé, les choses seraient toujours les mêmes et alors, à l’apparition suivante du Suzerain autoproclamé, les mêmes drames auraient lieu.
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Megaré M. Donovan

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MessageSujet: Re: Requiescat In Pace. {PV Misaki ~}   Mar 23 Nov - 22:00

    Megaré se demanda ce qu’il était censé faire au juste, lorsqu’il vit Misaki Kurohana se laissa choir sur une marche du perron, la tête entre les mains. Devait-il s’excuser ? Poser une main réconfortante sur son épaule ? Lui en dire plus, malgré le fait qu’il n’avait pour le moment que très peu d’informations à lui transmettre de la part du fantôme de James Catterson ? S’en aller, le plus vite possible ? Ou alors rester là et attendre, attendre en silence ? Il n’en savait trop rien, vraiment. Foncièrement hésitant et légèrement mal-à-l’aise, il tira sur un pan de sa veste, plissa un peu les yeux, puis tourna la tête pour promener un regard nerveux autour de lui. Les alentours étaient calmes, très calmes ; il n’y avait personne à la ronde. La brise était toujours aussi froide, et il rentra quelque peu la tête dans les épaules, un court instant, pour réprimer un frisson. Il s’empressa bien vite de tourner la tête à nouveau vers sa vis-à-vis, se demandant toujours quelle attitude adopter. Il avait l’impression d’avoir commis une bêtise tout en était persuadé d’avoir fait ce qu’il devait faire. Il était rare qu’il ait l’occasion de porter ainsi un message d’un mort à un vivant, habitué qu’il était à fuir comme la peste ces esprits violents et désespérés, morts trop brusquement pour entendre raison. Mais quand il l’avait, l’occasion, il faisait ce qu’il pouvait pour transmettre quelques mots. Tout simplement parce qu’il n’était pas mauvais. Tout simplement parce que même s’il avait une trouille incommensurable de ces choses qu’il voyait, il ne les détestait pas. Parce qu’il n’était qu’un gosse, et qu’il avait pitié d’eux, qu’il compatissait, qu’il était triste pour eux. Alors même s’il se sentait coupable d’avoir mis la jeune fille dans cet état, alors qu’elle semblait déjà accablée, il ne se sentait pas coupable d’avoir transmis le message. Il était juste gêné à l’idée de l’avoir embêtée ou davantage accablée, parce qu’il n’aimait pas embêter les autres ou leur causer du tort ; surtout pas à des personnes comme la Seconde de la Résistance qui ne lui avait absolument rien fait et qu’il admirait pour son courage, d‘ailleurs. Il hésitait encore lorsqu’un murmure à peine audible s’éleva, et Meg haussa légèrement les sourcils d’un air perplexe en entendant l’insulte légère dirigée contre le mort. Il ne fit cependant aucune remarque, parce qu’il avait très bien compris que c’était là une pensée que l’on formulait à voix haute. Il attendit, se demanda encore quoi faire, puis la brunette releva les yeux sur lui. Si James Catterson avait dit autre chose ? Megaré leva furtivement les yeux vers le ciel, sourcils imperceptiblement froncés par la concentration. Il se remémora l’image du jeune homme dans le cimetière, ses cheveux criards, ses lunettes en plastique étranges, son grand sourire idiot, son air stupidement fier… Son sourire plus doux, aussi. Plus réservé, plus hésitant, plus timide, plus coupable.

    - Il a dit qu’il était désolé.

    Oui, il se souvenait de ça également. Un message plus court, plus personnel, plus réservé, plus profond. Trois mots, et il n’en avait pas dit plus, il avait observé un instant sa tombe d’un œil mélancolique ; il avait ensuite relevé les yeux, et le visage fendu d’un large sourire, il avait enchaîné sur quelques paroles frivoles avant de s’en aller ; de la manière dont les fantômes s’en allaient sans prévenir, tout du moins. Une mèche de cheveux rouge vint balayer le front de Meg, et il ne prit pas la peine de la remettre en place ou de la dégager avec désinvolture, il plissa plutôt les yeux, pensif, en essayant de se remémorer tous les propos qu’il avait pu échanger avec cet esprit. Mais non, cela devait être tout. Il était fort probable qu’il le recroise, après tout, quelque part, mais cela dépendait toujours - de quoi ? Excellente question. Allez savoir. En tous les cas, Meg avait déjà pu remarquer qu’aucun esprit ne lui disait quoi que ce soit au sujet de la situation politique actuelle de l’île ; personne ne prononçait le nom de Sund, personne ne disait rien au sujet des Partisans, du Maître ou du Château, quand bien même les esprits avouaient qu’ils pouvaient errer partout, absolument partout. Mais il y avait quelque chose qui faisait qu’ils ne pouvaient rien à ce sujet, un Tabou, quelque chose, Megaré ne savait pas quoi. Il s’interrogeait à ce sujet, d’ailleurs, mais aucune réponse ne lui venait - c’était comme ça et c’était tout, il fallait faire avec. Le jeune garçon réfléchit encore un moment, puis conclut :

    - Je n’ai pas grand-chose de plus à transmettre. C’est… Enfin, c’est différent d‘une conversation normale.

    Il haussa les épaules, incertain, ne sachant pas vraiment expliquer ce qui caractérisait une conversation avec un fantôme. C’était à la fois si bénin, si habituel pour lui, et si étrange à la fois. Inexplicable, indéfinissable. Il se passa machinalement une main dans sa tignasse pourtant déjà bien ébouriffée, et posa un instant les yeux sur Misaki. Il hésita encore, puis comme le silence s’allongeait doucement, il choisit de poser la question, l’air un rien inquiet :

    - …Est-ce que ça va ?

    Question idiote, peut-être. Ou peut-être pas. Est-ce qu’il la posait en fonction de ce qu’il venait de dire, ou plutôt de manière générale, s’intéressant à l’état général de Misaki ? Allez savoir, peut-être les deux. En tous cas, Meg avait remarqué les habits noirs que la demoiselle portait, et il savait d’expérience qu’un deuil n’était jamais facile.
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MessageSujet: Re: Requiescat In Pace. {PV Misaki ~}   

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Requiescat In Pace. {PV Misaki ~}

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