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 Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]

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MessageSujet: Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]   Ven 23 Avr - 17:29

Jeveh était d’humeur profondément taquine et guillerette, en ce jour radieux d’un Novembre qui promettait d’être frisquet et délicieusement hivernal. Jeveh adorait l’hiver ; saison favorite entre toutes les saisons, elle lui permettait des petits plaisirs nombreux et adorablement futiles : s’emmitoufler près du feu après une longue journée frileuse ; rajouter une couette moelleuse à son lit de fer forgé ; se trouver de bonnes excuses pour s’acheter de nouvelles écharpes particulièrement luxueuses ; boire du vin chaud et acheter des petits paquets de marrons pour lui et sa grand-mère ; tirer la langue (quand il était seul) pour recueillir les flocons dans sa bouche ; et bien sûr, sortir la fameuse réplique, sans que cela ne paraisse plus ridicule : « Tu veux que je te réchauffe ? ».

Bref, ce temps à l’odeur de neige le ravissait ; il marchait d’un bon pas dans les venelles de la ville, où quelques badauds matinaux s’ébattaient pour rejoindre, qui leur boutique, qui l’académie, qui encore le marché qui jetait une douce clameur à quelques ruelles de là ; Jeveh ne savait pas vraiment où il allait, ni pourquoi, mais il était clair qu’il ferait des détours et traînerait de ci, de là, pour profiter de la température. Les mains dans les poches de son imper, le nez au vent, il en profita pour savourer le souvenir du petit matin, délicieusement parfumé de l’odeur des scones et des muffins que faisait leur cuisinière à la perfection, servis avec un thé étranger absolument exquis, et qu’avait encore égayé la conversation florissante de sa grand-mère. L’aïeule avait réussi à caser autour de la table du petit-déjeuner un flot de compliments destinés à son petit-fils chéri, qui les avait accepté modestement, et tous deux s’étaient ravis l’un l’autre.

Où commencerait-il ? Il pouvait faire un détour par le marché pour prendre une brioche, ou à l’auberge commander un café et des chocolats. L’hiver lui ouvrait furieusement l’appétit, et Jeveh bouffait encore comme un pré pubère en pleine croissance – son péché mignon étant les viennoiseries et gâteaux de toute sorte, surtout les cookies. Oh, oui, les cookies… c’était presque meilleur que de séduire une blonde à la carrosserie flambant neuve… - ; aussi sentait-il que son estomac, bien que rassasié par les scones aux myrtilles, pouvait encore engloutir deux ou trois milles calories. Mais passons ; il zigzagua entre deux couples, l’un qui se mangeait le visage sans prendre garde à la route, l’autre, plus âgé, qui tempêtait à qui mieux mieux pour une histoire de fric, et, après un soulèvement de sourcil plein de mépris, reprit sa réflexion. L’académie ? Depuis le coup de la bibliothécaire, il était mal vu par l’autorité ; cette mégère devait avoir cafté. Il n’avait toujours pas son précieux bouquin, d’ailleurs ; il aurait pu avoir la jouissance de vandaliser les étagères et le bureau de la revêche pimbêche, mais avait eut un contretemps. Fichue Nailah ! Toujours était-il qu’il était exclu d’y remettre les pieds avant que les choses ne se décantent ; malgré la fraîcheur séductrice des écolières en socquettes qui le dépassaient, du haut de leurs 17 ans, avec des sourires appréciateurs et des regards fortement positifs. Et dire qu’il aurait pu mettre le grappin sur une de ces délicieuses créatures, dans les toilettes de l’académie, s’il les avait suivies d’un air badin… Tout cela était profondément cruel.

Une petite rousse un peu pulpeuse passa avec deux ou trois copines, en gloussant bruyamment, et lui effleura la main au passage ; il releva les yeux et lui balança un regard plein de hauteur sans lui rendre son geste ; Jeveh n’était pas un queutard sans règles. Le plus amusant était la chasse, ou, dans les moments d’ivresse urgente, la baise pure et dure ; mais le flirt instigué par une gamine aux œillades d’allumeuses avait le don de l’agacer ; la rouquine fronça le nez avec vexation et s’éloigna, l’appendice nasal en l’air, le menton tremblotant devant l’affront ; fallait pas exagérer, non plus ! Quelle réputation ! On pensait donc à l’académie que Jeveh était ouvert à toute possibilité et qui sautait (sur ?) tout ce qui bouge ? (La réponse était oui, évidemment). Le nombre d’écolières en rut qui lui adressait des signaux de détresse sensuelle n’allait qu’en augmentant. C’était profondément outrageant ; le pauvre amour n’était pas le sex-toy de ces dames, tout de même ! Oui, il avait une vie ! Et puis, il préférait tout de même séduire les femmes, quoi ! Bien sûr, comme tout homme qui se respecte, il avait une certaine sympathie sensuelle pour le côté « jupe plissée et grands yeux innocents », mais une, deux, et on s’en lasse. Il préférait un dialogue élaboré et des techniques accessibles, plutôt que des soliloques sur la dernière garce du lycée et des baisers hésitants façon nounours en peluche. Pour l’amour du ciel, il n’était pas l’initiateur des protégées de Lowy !

Enfin, passons. Il ralentit le pas devant les vitrines de la boulangerie, puis, un peu plus loin, celles du tailleur ; ce génie faisait des costumes à tomber par terre, taillés sur mesure, et la plupart du temps hors de prix. Il avait pris un smoking très classe pour le bal d’Halloween, d’ailleurs (mais bon, vu que cet abruti de James s’était fait buter stupidement, l’attention n’avait évidemment pas été à sa propre splendeur et à son élégance, bien qu’il ait réussi à ramener au manoir une délicieuse brunette terrorisée, qui criait qu’elle n’avait qu’une seule vie ! oui ! elle devait en profiter, si elle ne voulait pas mourir sans avoir rien expérimenter, de façon aussi horrible que Catterson ! Oh mon dieu Jeveh, rentrons chez toi et ébattons nous !; évidemment, il avait accédé à ses désirs avec mansuétude), mais depuis, n’y était retourné que pour une cravate. Il faudrait de toute évidence qu’il y fasse un tour rapidement ; il passa son chemin. Accorda un regard appréciateur à une jolie brune qui lui sourit largement, sans plus s’attarder ; il faillit se mettre en chasse, puis s’avéra trop paresseux. Il n’avait pas très envie de bavasser avec la gente féminine aujourd’hui. Il lui faudrait être un peu spirituel, et son cerveau était en berne. Il repoussa machinalement ses cheveux rebelles, jeta un œil bleu sur un petit café qui vantait les mérites de ses chaussons aux pommes en vitrine, et lécha ses babines ; bon dieu qu’il avait envie de laisser libre court à sa gourmandise ! Son esprit était si obnubilé par la nourriture que son estomac se leurra et gargouilla un peu, alors qu’il avait été rempli trente minutes plus tôt avec force sucre et beurre. Et il n’avait toujours pas de destination… Il s’apprêtait à foncer vers la délicieuse serveuse qui trottinait entre les tables pour prendre les commandes, et qui avait d’ailleurs une taille esthétiquement fine et une longue crinière couleur onyx, mais il s’arrêta net dans son élan de morfale. Quelque chose avait attiré son regard, dans le coin de son champ de vision… quelque chose de familier et de jouissif…

Oh, oui. Cette tignasse rouge vif, ces traits peureux et enfantin, c’était bien lui ; c’était la distraction qui ferait fuir son désœuvrement et qui avait déjà rabattu le caquet de son estomac ; l’adorable ! Il eut un sourire carnassier et croisa le regard craintif de Megaré.
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Megaré M. Donovan

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MessageSujet: Re: Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]   Sam 24 Avr - 1:43

    L’avantage avec l’hiver, c’est que Megaré avait plus de facilités à repérer les esprits des morts au milieu de la foule. Il fallait dire qu’une femme vêtue d’une petite robe d’été détonait forcément au milieu d’un groupe de jeunes gens emmitouflés des pieds à la tête, évidemment. Alors l’œil habitué et exercé du gosse avait tendance à reconnaître d’un seul regard un de ces esprits qui déambulaient, qu’il soit à quelques mètres à peine ou à l’autre bout de la rue, et il n’avait plus qu’à changer de trottoir et à enfoncer son nez dans son écharpe pour qu’il ne paraisse pas trop évident aux morts ambulants qu’une espèce de médium se trouvait là. Il pouvait alors passer son chemin, ignorer plus ou moins ces morts qui paraissaient pourtant si vivants à ses yeux, vaquer à ses occupations. Ou tenter de, tout du moins.

    Aujourd’hui encore, Megaré ne s’était pas rendu à l’Académie. L’épisode de la semaine dernière, où il avait encore une fois du précipitamment quitter une salle de classe en plein cours à cause d’un esprit un peu trop affolé pour son bien et surtout pour celui du gosse qui n’avait rien demandé, était encore trop présent en mémoire, cuisant, annihilant sa volonté. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que cela arrivait, inexorablement. Il n’éprouvait de toutes façons aucun plaisir à se rendre dans cette école, bondée de jeunes gens de son âge dont les trois quart étaient (à son compte) littéralement à baffer, que ce soit par leur niaiserie, leur hypocrisie, leur superficialité, leur cruauté, leur fanatisme typique de Partisan ou leur idiotie. Les cours non plus ne lui disaient rien, d’ailleurs, ne l’intéressaient pas outre mesure. Pas qu’il soit forcément une espèce de petit délinquant des rues qui s’exprimait en onomatopées ou borborygmes incompréhensibles, loin de là, bien sûr. C’est juste qu’il n’était pas, et n’avait très certainement jamais été, quelqu’un de très sociable. Sans être un asocial type, il n’était pas non plus un de ces gamins hystériques qui ne vivaient que pour et avec leurs potes. Il n’était pas doté d’un don des plus offensifs, de surcroît, ne savait pas maîtriser son élément parfaitement ou avec brio, presque pas du tout, même. Alors même s’il aimait s’instruire, nourrir son intellect, le système scolaire n’était décidément pas fait pour lui. Se balader dans les couloirs calmes du château de l’Académie, passer des heures dans la bibliothèque majestueuse, recevoir l’enseignement bien plus intéressant des livres, au calme, dans le silence, la solitude ; cela, çà lui plaisait, çà lui convenait. Beaucoup plus.

    Novembre avait apporté sa fraîcheur glacée, quelques premiers flocons de neige, le manteau grisâtre de l’hiver. En cette journée sèche mais froide, Megaré avait décidé de sortir. Adepte de l’espace, du grand air, et invariablement claustrophobe, le gosse n’était pas du genre à aimer particulièrement rester enfermé. Il avait supporté les murs de l’orphelinat Lowy toute la matinée sans sortir une seule fois, et ceci uniquement parce qu’il avait déniché un endroit calme quelque part dans le grenier pour pouvoir y lire quelques heures tranquillement dans un silence presque absolu, si l’on occultait le bourdonnement de fond incessant qui résultait de l’activité de l’établissement. Mais il avait fini par sortir, pour déambuler en ville, dans les rues, n’importe où. Comme d’habitude. Le gamin fluet marchait donc maintenant dans une rue aux abords de la place publique, se mêlant à la foule qui était de sortie encore aujourd’hui. Vêtu d’un anorak gris, les mains enfoncées dans les poches de son jeans sombre, les baskets traînant contre les pavés, le nez collé dans l’écharpe noire, les mèches rebelles de cheveux rouges fouettant parfois son visage à cause du vent, il avançait, de sa démarche paradoxalement assurée et incontestablement hésitante ; attitude prostrée et sur la défensive d’un gamin qui aurait plutôt tendance à sortir les griffes comme un chat que d’engager poliment une conversation, somme toute. Megaré, quoi.

    Il marchait sans réel but, comme souvent, n’ayant pas d’envie particulière en tête. S’arrêter dans un café, s’installer à une table près d’une fenêtre couverte de buée, dessiner des smileys enfantins sur la dite fenêtre, commander un chocolat chaud, le boire en se laissant porter par le flot de paroles déversé en sourdine par les autres clients comme une mélopée ? Pourquoi pas. Sauf que son cas, le jeune Opposant aurait cet air tendu qui crierait dans chaque pore de sa peau, cette attitude défensive dans le regard, ces sourcils froncés, ce dos résolument collé contre la fenêtre, ces yeux qui se baladeraient dans la salle comme s’il était intimement persuadé, qu’il savait, que quelque chose de déplaisant allait arriver. Ou dans son cas, en l’occurrence, qu’un esprit ou un autre finirait forcément par franchir un des murs du café, accompagnant un vivant qui avait la chance certaine de ne pas le voir, ou un esprit qui errerait par ici sans raison particulière, un esprit qui, au mieux, aurait cet air absent des fantômes résolus, ou, au pire, qui aurait cet air affolé et effrayant de ceux qui viennent de mourir, qui ne comprennent pas et qui veulent à tout prix obtenir des réponses à leurs questions. L’un comme l’autre, ce serait forcément déplaisant. Or, c’était juste le lot quotidien de ce gosse aux cheveux à la couleur tapageuse. Et s’il était désormais certes habitué, cela ne lui faisait pas pour autant aimer ce don qu’il avait malgré lui. Il n’avait pas faim, et même si les effluves de viennoiseries sortant tout juste du four et arrivant jusque dans la rue donnait irrésistiblement envie, il ne s’arrêta pas pour s’acheter de quoi manger. Il préféra continuer sa route, et dans deux minutes, trente-sept secondes et neuf dixième, il allait le regretter.

    Megaré n’aimait pas Jeveh Neuwright. Cet espèce de sale con de parfait petit adulte de bourgeois, avec ses airs princiers et ses sourires d’un louche à vomir ; ce mec ignoble qui se prétendait membre de la Résistance alors que sa fascination puérile et lamentable pour la puissance de cet enfoiré de Sund crevait les yeux. Ce con, parce qu’il n’y avait pas d’autres mots, ce con avec qui il avait déjà eu l’occasion de travailler pour le compte de la Résistance, ce con avec qui il espérait ne plus jamais recommencer d’ailleurs, ce con qui lui cherchait maintenant des noises, ce con qui le cherchait tout court, qui le provoquait, qui le persécutait comme un chat jouerait avec un oiseau sur le point de trépasser, ce con, donc, il ne l’aimait pas. Une enflure, et c’était tout, comme il y en avait partout et beaucoup. Meg ne le vit que trop tard. Son regard sans éclat s’était fixé sur une femme déambulant au milieu de la rue avec une robe et un corps recouverts de sang, une femme qui essayait désespérément d’attirer l’attention des passants qui ne la voyaient évidemment pas, puis il s’était empressé de le détourner pour se fondre dans la masse de ces gens qui ne voyaient que ce qu’il y avait à voir. Et ce fut là que ses prunelles se posèrent sur un grand type à l’imper noir, au sourire qui en disait long, aux yeux vairons et glacés parfaitement identifiables. Et merde.

    Mais qu’on lui foute la paix, bordel, c’était tout ce qu’il demandait, ce pauvre gosse… Après s’être arrêté par réflexe deux ou trois secondes, Meg se remit en marche, fronçant les sourcils et fusillant sir Neuwright du regard comme pour le tenir en respect, l’air de dire que ce n’était vraiment pas le moment, dans l’intention de le dépasser en passant à côté de lui avec une marge de sécurité de 74 centimètres et 3 millimètres, pour continuer simplement sa route et déambuler le plus tranquillement possible dans les rues hivernales. Oui, il en avait l’intention, et bien souvent, il se demandait pourquoi les choses ne pouvaient pas se dérouler davantage comme lui le souhaiterait.
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MessageSujet: Re: Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]   Jeu 6 Mai - 12:08

Jeveh se mit en mode « prédateur » au moment exact où il vit Megaré faire un geste fort téméraire d’avancée, et son attitude s’en ressentit profondément. Chaque parcelle de son corps exsudait maintenant l’appétit cruel, la jouissance indécente et l’euphorie moqueuse qu’affichent les lionnes à la chasse, proche de la victoire, amorçant leur bond sur une gazelle sans défense et particulièrement goûteuse. Ses larges épaules se courbèrent légèrement, son sourire s’élargit sur des quenottes blanches et aiguisées, et dans ses yeux bicolores s’alluma la flamme sublime du machiavélisme. Il enfonça ses poings serrés dans ses poches d’imper, baissa lentement le menton, et fixa ses prunelles sur le chétif individu.

Meg avait toujours enflammé les ardeurs félines de Jeveh : il était faiblard. Il était méfiant, peureux, sans cesse pâlissant, sans cesse gémissant, sans cesse renfermé dans ses cols trop hauts et ses cheveux trop longs. Il était le contraire enfantin de notre Seigneur : si Jeveh, à 14 balais, se baladait comme le maître des lieux où qu’il aille, fanfaronnait son génie à droite à gauche, était reconnu pour son charisme démoniaque et son intelligence aiguisée et sarcastique, avait le verbiage facile et le flirt adorable, s’amusait de tout et adorait qu’on le remarque, le gamin en question passait sa vie à gémir sur la fatalité qui l’avait puni, ou à vociférer (en silence) sur les Partisans qu’il était bien décidé, et motivé, à faire souffrir, ou mieux, éradiquer. Du moins, c’est ce qu’avait compris Jeveh : si on ne pouvait pas refuser quelque chose à Mégaré, c’était sans aucun doute son enthousiasme au sein de la Résistance. Enthousiasme discret, mais présent.

Cette situation antithétique avait toujours excité les instincts tortionnaires de Neuwright. Ca allait de soi. Pour lui, Meggy était simplement né pour être un bouc émissaire, un souffre douleur, une lopette qui finirait par être enterré avec une tombe anonyme, sans avoir jamais rien fichu de son existence, et ne s’étant jamais démarqué en rien, trop occupé à rester secret et silencieux. Or, ce genre de douce, tendre timidité, qui aurait fait fondre n’importe quelle fille saine d’esprit et aurait engendré un réflexe de protection chez les gens saints d’esprit, débectait profondément l’arrogant larron, qui envisagea immédiatement les tortures mentales et physiques qu’il pourrait perpétrer sans se faire taper sur les doigts par ses cop’s opposants, (et notamment Damon, qui avait l’air d’avoir pris l’idiot à la perruque de cirque sous son aile – un comble que ce grizzli bourru et mal élevé ait le beau rôle dans l’histoire !)

Ainsi soit-il de toute façon ; il fit quelques pas en avant et interrompit le parcours fuyant du mignon. Planté devant lui, un sourire toujours grandiloquent accroché à sa bouche charmante, il prit une fois son souffle pour lancer la première salve.


-
Bonjour, Meg ! Tu prends l’air ? Pas de revenants vindicatifs dans le coin pour te tirer les oreilles ou te faire vomir trippes et boyaux à coups d’adrénaline ?

Ils avaient travaillé ensemble sur une mission de peu d’importance, il y avait six ou huit mois, dans le cadre de la Résistance. Il se souvenait exactement de chaque crises de terreur de Meg : il avait été lui-même abasourdi de découvrir la portée d’un tel pouvoir, choqué par les douleurs multiples de l’enfant, par ses horreurs maladives, et même, compatissant à l’idée qu’il puisse porter un tel fardeau. Puis, sa bonne humeur et son égoïsme étaient revenus, et il avait cessé de s’en faire pour un de ses larbins ; bon, très bien, le pauvre enfant voyait les morts, il avait peur, il chialait dans tous les coins, il était inutile et laxiste, et il pouvait tout faire foirer sur un coup de peur bleue. Est-ce que ça lui apportait quelque chose, à lui ? Non. Meg était donc un élément à meurtrir. Il ne servait rien, le pauvre amour ! Du coup, Jeje ne s’était pas gêné pour tourner le gamin en dérision, lui faire peur à coups de bluffs puérils et s’était profondément distrait à ses dépends. Depuis, bizarrement, Donovan n’avait pas l’air de l’apprécier des masses. En fait, il n’avait jamais eut l’air de l’apprécier. Et alors ? Ce n’était pas un élément qui aurait pu lui apporter une quelconque puissance, ni une jeune fille en fleurs aux attraits multiples. Du coup, l’aristocrate en goguette s’en foutait comme d’une guigne. Bah, ouais !

Il lui frappa derrière la tête façon supérieur hiérarchique, presque gentiment, juste assez fort pour faire valdinguer le visage de Meg en avant, pas assez néanmoins pour le faire (vraiment) souffrir, et poursuivit d’un ton guilleret et profondément rieur :


-
Alors ? Tu allais quelque part ? Plus maintenant ! Tu veux pas boire un petit café avec ton copain Jeveh ? Fais pas cette tête, mon mignon, on dirait que t’as vu un fantôme !

Il admirait le délicieux teint pâlissant de fillette cauchemardesque qui s’étiolait sur les pommettes de l’adorable ; il éclata d’un rire factice et conclut :

-
Mais suis-je bête… tu en vois vraiment… ATTENTION ! IL ARRIVE ! L’H…HOMME À LA HACHE !

Prenant un air profondément terrifié et bondissant en arrière avec un don d’acteur qu’il n’aurait pas soupçonné chez lui, Jeveh piailla l’avertissement avec un ton entre douleur et moquerie, histoire d’imiter une quelconque crise de l’adolescent ; il était sûr que le gamin avait déjà hurler ce genre de chose pendant leur mission commune. Il braillait qu’un ouvrier avec une hache plantée dans le crâne venait les hanter. Ouais, ouais. Et la paranoïa, ça se soigne, mon doux chéri. Jeveh tapota ensuite l’épaule de Meg et lui adressa un sourire faussement amical, l’œil étincelant, bien décidé à se distraire pour de bon.

(Oh, au fait… J’avais transmis l’information que Jeveh était irrémédiablement et débilement immature ?)



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Ed'wina Elmingürr

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Magie : † Faire de son corps le plus dangereux des poisons ou des somnifères, doux mélange d'eau et de terre.
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Occupations : † Etudiante et Capitaine des Services Secrets
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MessageSujet: Re: Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]   Jeu 6 Mai - 20:51

    Bleu azuré, flocons de coton accrochés ça et là au sommet du firmament, cyan teintant de sa plus juste pureté les nues. Oh oui, le ciel aujourd'hui était d'une rare magnificence. Les quelques rares oiseaux qui voletaient encore dans les ruelles de la ville -au lieu de gagner quelque terre plus chaleureuse de Hun- charriaient la venue prochaine d'une douce et tendre neige.
    Pendant ce temps, Waterin vomissait sa mélancolie, les douces effluves des diverses pâtisseries, boulangeries et autres restaurants la contrebalançait. L'air embaumait la joviale activités du matin, les rues, quoique pas vraiment bondées, grouillaient d'une peu commune agitation. Jour de marché, très certainement. Au premier regard, la tyrannie reposant sur chacune des épaules de la population waterinienne ne se devinait pas; les badauds vaquaient à leurs occupations habituelles, les étudiants allaient étudier, les cuisiniers cuisiner et les Résistants résister. Il régnait d'ailleurs un tel ordre dans les rues que l'on pouvait difficilement, lorsque l'on avait un brin de folie niché derrière l'oreille, rester là, sans rien faire, et regarder le temps défiler avec la monotonie caractéristique des bonnes petites bourgades.

    Un frisson. Puis deux. Puis une chair de poule permanente.
    Non mais vraiment, avait-on idée de faire si froid? Y avait-il quelque punition divine dissimulée dans cette fraîcheur brumale pour un crime encore inconnu? Allons donc, Ed'wina Elmingürr n'avait juste que très peu de plomb dans le crâne et ne pouvait s'empêcher de sortir dans l'humidité morbide du nouveau-né novembre en jupette légère. Pour changer.
    Aaah, douce ironie hivernale... Avez-vous déjà vu la gamine aux mille poisons dans un autre accoutrement que d'ordinaire? Pour sûr, cela valait le coup d'œil. Il était certain qu'Ed'wina n'aimait pas l'automne, encore moins l'hiver, et cette aversion transpirait par chacun des pores de sa peau blafarde et se lisait naturellement sur son corps chétif. La jupe avait gagné quelques misérables centimètres et tombait sur ses genoux rougis par le froid mais restait du même coton bien trop fin et habillait toujours ses jambes nues, aussi maigres que des pilons de poulet, accompagnée de ses éternelles bottes cloutées. Ses frêles épaules pouvaient s'enorgueillir d'un peu plus de chaleur sous son étroit bustier de dentelles rouges et une large écharpe de laine bleue et blanche subtilisée avec douceur à un môme de l'Académie.

    L'Académie. C'était de là que les pas peu discrets de Wina venaient. Elle y avait passé toute la journée de la veille et la nuit aussi, les fesses enfoncées dans un moelleux fauteuil de velours rouge, à concocter divers poisons.
    Son désir d'apprendre toujours plus s'était fait plus violent que jamais et la franche amitié qu'elle entretenait avec la plupart de ses petits camarades la motivait grandement.
    Vous y avez cru, n'est-ce pas?
    Hélas, l'enseignement dispensé dans cet établissement n'était pas vraiment du niveau de la petite Ed'wina. Ou plutôt était-ce ledit enseignement qui n'était pas à la portée de la terne gamine qui se complaisait avec fermeté dans sa plus pure condition de cancre.

    Ses pas résonnaient avec la mélopée sinistre de l'hiver sur le pavé glacé et ses mèches grises se balancaient au rythme de sa démarche dédaigneuse. Combattant la morsure du froid sur ses jambes nues, Ed'wina frottait ses mains l'une contre l'autre dans un vain mouvement de réchauffement. Soupir. Et ennui. Depuis qu'elle était arrivée sur Waterin, elle se trouvait dans un perpétuel et intangible ennui. Paradoxalement. Les rues n'avaient presque plus aucun secret pour elle et toutes les portes du château -à l'exception de quelques une dont celle de la fameuse salle de torture tant convoitée- s'étaient déjà ouvertes sur leurs tantôt terribles, tantôt douces surprises. Ennui, ennui et ennui, encore.
    La vitrine pourtant alléchante du salon de thé n'attira qu'un bref instant son regard vide, lui présentant dans son odorant giron les forêts noires, les mokas, tiramisus et autres tartelettes au kiwis. Ed'wina n'était pas gourmande aussi se détourna-t-elle de la devanture pastelle d'un volte-face brusque pour se retrouver, immobile, devant une vitrine sombre et sale, fissurée par endroits, d'un mauvais magasin de vêtements.
    Le temps, autour d'elle, semblait s'être figé.
    Elle aurait pu sourire, de ce rictus amusé ou fier, de se contempler ainsi dans la devanture minable d'un quelconque magasin. Oui, elle aurait pu. Mais seule un visage de cire l'observait froidement dans ce triste reflet. Elle porta une main ganté de cuir à ses cheveux emmêlés par le froid et le vent. Cela ne faisait qu'un mois à peine qu'elle avait foulé le sol de l'île, et ils avaient déjà énormément blanchi. De même, ses yeux se faisaient de plus en plus opalescents et sa peau fadeur à pleurer. Il était vrai qu'elle se servait de son Don à un rythme effréné et que cela se répercutait sur toute son enveloppe charnelle. Un vilain tic anima sa joue gauche; si c'était pour Sund, elle était prête à perdre un à un chacun de ses cheveux, à s'arracher par les pores sa peau rêche et ses paupières blêmes.
    Mais ses bien tristes et morbides pensées furent interrompues par un flot de paroles arrogantes et à la voix ô combien agaçante. Mais un nom, un prénom, un surnom fit tinter la mémoire sadique de notre petite Partisane et c'est avec un jovial sourire qu'elle reprit sa marche chaloupée vers le duo inattendu que formait Megaré et Jeveh.
    Elle s'approcha tant et s'y bien qu'elle ne put s'empêcher de participer à cette joyeuse conversation, qui prenait pourtant des allures de soliloque capricieux du côté du plus âgé des deux.

    « Alors Megaré, toujours aussi frigide?
    (Ne nous demandons pas comment a-t-elle pu apprendre ce mot d'un vocabulaire supérieur.)
    A moins qu'tu sois pétrifié par tes esprits, là... »

    C'était d'une voix mue par une jalousie éperdue qu'elle s'exprima une . Et si Ed'wina était un brin mal élevée et insolente, il fallait croire que parfois, elle pouvait dire certaines choses intelligentes. Bon, d'accord, pas cette fois.
    Plus grande que le gamin à la crinière flamboyante, elle s'appuya avec la plus grande des négligence sur son épaule, contemplant d'un œil indifférent les ongles arrachés de sa main blanche. Emmerder ce mec était devenu, au fil des semaines où elle le croisait à l'Académie, un de ses meilleurs divertissements, essayer d'en tirer une quelconque réplique, du domaine des plus jouissifs. Et là, sur un plateau d'argent massif, se présentait l'occasion rêvée d'obtenir de son très cher camarade une réaction des plus jubilatoires.

    Son sourire s'étiola sur ses fines lèvres et un petit bout de langue impatient vint se poser avec toute la délicatesse d'une plume sur sa lèvre inférieure.
    Au moins, elle n'allait pas perdre sa matinée.


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Megaré M. Donovan

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MessageSujet: Re: Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]   Jeu 13 Mai - 16:04

    Mais qu’avait-il fait pour mériter çà ? Avait-il contrarié Uen de quelque panière que ce soit, à un moment ou à un autre, sans qu’il le sache ? Cherchait-on à le punir pour un acte qu’il aurait commis dans sa courte vie ? Cherchait-on à le réprimander pour ne pas écouter davantage les morts qu’il pouvait voir ? Avait-il attiré sur lui le mauvais-œil ou les foudres d’un dieu quelconque ? Sincèrement, Meg se le demandait. La ville était grande. L’île, vaste. On était un jour commun de la semaine, un jour de cours qui retenait les plus jeunes entre les murs de l’Académie. Un jour de novembre, un jour d’hiver, un jour de froid qui poussait une grande partie des gens de sortie à se réfugier dans les cafés, les boutiques, les salons de thé. Les probabilités de rencontrer par un malheureux hasard un individu tel que Jeveh Neuwright en personne, en pleine rue, bien qu’elles ne soient certes pas nulles, étaient faibles. Les probabilités de tomber sur Jeveh Neuwright et Ed’wina Elmingürr, en pleine rue, par hasard, par une journée de cours et d’hiver, étaient quasiment nulles. Quasiment. Pas totalement. Malheureusement.

    Meg se savait naïf de croire sincèrement que le jeune nanti aux yeux vairons allait lui foutre la paix, et le laisser continuer sa route sagement. Il n’était pas idiot. Mais cela ne l’avait pas empêché d’espérer, quand même un peu. Le jeune garçon stoppa ses pas lorsque Jeveh se décala du côté pour lui barrer la route. Il s’arrêta, le regard d’ambre rivé sur la façade de l’établissement qui s’étalait à sa droite, inaccessible, et prit une profonde et silencieuse inspiration. Ce qu’il pouvait détester çà. Ce qu’il pouvait détester ces gens qui ne lui foutaient pas tout simplement la paix. Était-ce si dur, de refouler ses désirs malsains de persécution ? Qu’avait-il fait, par Uen, pour devenir une espèce de cible aussi lamentable ? Il n’aimait pas çà. Il n’aimait pas être dérangé. Il n’aimait pas être attaqué. Il ne savait pas se défendre correctement. Il détestait la faiblesse de son être. Et il ne pouvait rien y faire.

    Il leva les yeux sur Jeveh. Trop grand. Il était trop grand, ce type. Ignorant les premiers mots du bourgeois, son salut factice qui n’obtiendrait aucun retour poliment hypocrite de la part du gamin, Meg fit en sorte de prendre l’air le plus impassible possible, juste un peu las, légèrement agacé, pour faire comprendre tout de même qu’il n’appréciait pas cette rencontre et qu’à la première occasion, il compterait bien se barrer. Ce n’était pas la première fois que le Résistant venait l’emmerder de la sorte ; mais il ne risquait pas d’apprécier, même avec le temps et la force de l’habitude. Ce n’était pas la première fois, donc, et avec un peu de chance, Jeveh en aurait marre assez rapidement, et après quelques dernières répliques mielleuses et suintantes d’hypocrisie, il finirait par tourner les talons pour retourner chez lui. Oui, avec un peu de chance. Mais de la chance, Megaré trouvait qu’il lui en manquait, depuis un moment.

    Si Meg s’était abandonné à quelques pensées pour échapper à la présente réalité, la tape qu’il se prit à l’arrière du crâne suffit à le faire revenir sur terre. Le gamin retint un grognement furieux entre ses lèvres serrées, et sortit les mains des poches de sa veste grise pour effleurer ses cheveux, à la couleur tapageuse, d’un geste, comme si Jeveh lui avait mal. Oh, çà n’était pas agréable, mais en vérité, la tape avait juste envoyé sa tête valser en avant ; elle aurait pu être bien plus douloureuse. Meg ferma un instant les yeux, un soupir empreint d’irritation s’échappant de ses lèvres. Il les rouvrit ensuite, fronça quelque peu les sourcils, et leva de nouveau les yeux sur son vis-à-vis. Boire un petit café avec son copain Jeveh ? Bon sang… Il voulait bien admettre qu’il était jeune, et peut-être un brin naïf sur les bords, mais il ne fallait pas abuser non plus. Il n’était pas tellement gamin, il n’était pas si stupide. Boire un petit café avec son copain Jeveh, mais bien sûr... Et puis quoi encore ? Evidemment qu’il ne voulait pas. Il ne voulait pas aller s’enfermer dans un café, et encore moins en compagnie de ce type.

    Il fronça ensuite quelque peu les sourcils d’incompréhension, lorsque Jeveh recula de quelques pas en gesticulant de manière sur-jouée, brayant quelques propos que Meg eut du mal à saisir tout de suite. Un air incontestablement inquiet, pire, angoissé, passa sur son visage, furtivement, alors qu’il comprenait, pendant une folle seconde, le sens des paroles du jeune homme. Et puis, çà passa, çà repartit aussi vite que c’était venu, en même temps que la raison prenait le pas sur l’imagination. Non. Ce type n’était pas sérieux. Quelle blague douteuse, quelle blague débile, quelle blague de mauvais goût. Ce que Meg pouvait détester çà, également. Il se mordit un instant la lèvre inférieure, fusillant l’énergumène élégant de son regard farouche. S’il ne trouvait pas çà drôle ? Evidemment. Les fantômes, les esprits, les morts, les cadavres ambulants dignes des meilleurs films d’horreur terriens, tout cela, c’était une réalité pour lui. Une réalité qu’il n’arrivait pas à aimer, une réalité dont il avait peur, alors non, çà ne le faisait pas rire. Bien entendu. Personne n’y comprendrait jamais rien, et certainement pas des personnes comme celles-ci, à son compte.

    Il voulait tourner les talons. Tourner les talons et s’en aller, planter Jeveh sur place avec ses hallucinations débiles, continuer sa route sans faire plus attention que cela aux personnes qui s’entêtaient à le déranger. Fuir. Mais ce fut là que le hasard, non content de le faire déjà assez souffrir, apporta un deuxième élément pour l’empêcher de suivre paisiblement le cours d’une journée qui ne serait plus si tranquille que cela, finalement. De longues jambes maigres, des cheveux étrangement grisonnants, une pâleur cadavérique, des vêtements colorés et bien trop légers. Meg reconnut Edwina à la voix avant même de la voir, et encore une fois, désespérément, il se demanda, diable, ce qu’il avait bien pu faire pour mériter çà. Et voilà que la jeune fille qui agaçait terriblement notre petit bout-de-chou par son fanatisme, notamment, à l’Académie, vint s’appuyer sur son épaule, marquant ainsi son entrée dans la petite scène qui se jouait présentement dans une rue de la ville. Le jeune adolescent tourna légèrement la tête, pour poser les yeux sur elle, les sourcils toujours légèrement froncés. Frigide, lui ? Bon, épargnons-lui le sens du mot qu’il ne devrait pas trop, logiquement, saisir dans son exactitude la plus complète, et laissons-le maudire intérieurement l’intervention de l’autre gamine, à défaut de vouloir et pouvoir répondre à une question pareille. Qu’avaient-ils tous, aujourd’hui, à venir lui parler de ces fichus esprits, à venir l’embêter, à venir appuyer là où çà faisait mal ? Il n’avait rien demandé, strictement rien.

    Il donna un brusque coup d’épaule, s’écartant d’un pas ou deux, pour que la demoiselle aux poisons arrête de se servir de lui comme d’un appui, comme s’ils étaient deux espèces d’amis tout ce qu’il y avait de plus normal. Et alors qu’il gardait les sourcils légèrement froncés, qu’il déviait le regard vers les passants de l’autre côté de la rue, il soupira. Un souffle las, un souffle irrité. Prenant enfin la parole, de sa voix douce, limpide.

    - Foutez-moi la paix.

    Las, si las. Un soupir, une contrariété, une résignation, un espoir vain.
    Que fallait-il dire au juste, de pertinent, pour que justement, on lui foute la paix, qu’on le laisse tranquille ? Il ne savait pas, et la scène commençait à peine qu’il en était déjà las. Il releva le menton, conservant ce semblant d’air agacé sur le visage, et porta les yeux sur ses deux interlocuteurs, passant de l’un à l’autre, pour les défier du regard. Marquant un temps.

    - Je n’ai rien à vous dire.

    La voix qui se voulait assez dure, les paroles, concises. Pour faire comprendre par là que non, il n’avait strictement rien à leur dire, que non, il ne voulait rien leur dire, que non, il n’avait aucune envie de rester là, que non, il n’était pas d’humeur à supporter leurs persécutions du jour. Mais qui se souciait de ce que Megaré voulait, hm ? Pas grand monde, certes.
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MessageSujet: Re: Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]   Mer 19 Mai - 20:56

Jeveh riait encore de son propre humour. HILARANT. Il était hilarant !

L’adorable petite chose leva les yeux sur lui avec effort, apparemment décidé à se ridiculiser en rappelant sa petite taille en plus de sa médiocrité physique et psychologique. Une douce chaleur – celle de l’amour propre, de la vanité remplumée, celle encore du plaisir de domination – l’envahit, et un voile soyeux de tiédeur câlina son front élégant et sa nuque couverte. Quelle magistrale reddition, Meg ! Maintenant, Jeje se souvient de son mètre quatre-vingt-dix-à-peu-près, et il est tout disposé à faire de ta vie, non plus un terrain de jeu pour bourgeois, mais un véritable enfer. Le gamin couleur fleurette prenait des airs ennuyés, comme une veau devant une autoroute, et s’essayait à la comédie avec moult soupirs et attitudes nonchalantes. Pitié ! On ne la faisait pas à Neuwright. Il avait inventé cet œil morne, ce pli méprisant de la bouche, cette bravade délicieuse du menton. Et encore : il réussissait bien mieux. Tout ça allait être extrêmement amusant. Involontairement, il se frotta les mains, et s’apprêta à lâcher quelque inepties foudroyantes lorsqu’elle entra dans son champ de vision.

Ed’wina ne faisait pas partie des connaissances de Jeveh, et immédiatement elle le fascina ; pas de façon amoureuse ou séductrice, pas de façon sexuelle, pour une fois ; non, c’était plus profond (oui oui !), plus étrange, plus psychédélique… ça avait le doux parfum de la féminité furieuse, de lente désagrégation… Il y avait chez cette enfant une morbidité détonnante, une splendeur lugubre qui le coupa immédiatement. Elle n’était vraiment pas jolie. Elle exhalait pourtant les vibrations suaves d’une folie subtile, d’une magnifique puissance, d’une supériorité explosive, oui, elle avait l’exquise saveur du macabre et du génie. Elle était le personnage idéal, une sorte de passeur vers l’autre côté, le côté interdit et ennemi, un gardien du Styx, l’égérie d’une dégénérescence. Peut-être crevait-elle déjà de l’intérieur. Il y avait quelque chose. Quelque chose ! Quelque chose ! Il y avait… un pouvoir paroxystique ? Une aura simplement, un charisme menteur ? Il y avait du sang, sur ses mains, peut-être, il y avait un tournant, une lucidité, ou griffure dans son esprit ? Il ne savait pas. Il ne savait pas mais il la regarda approcher comme si elle était une révélation.

Meg s’en prit une sur la tronche pour la forme, d’ici que la fillette arrive un peu plus vite, histoire de tapoter son crâne un peu fort pour faire durer le plaisir. Il attacha son regard sur elle et oublia sa transe d’admiration, d’attirance nébuleuse ; avec l’œil du professionnel et l’émoi contrôlé du satyriasiste, il la mata de haut en bas avant de laisser tomber son verdict ; la jupe, pas très courte, pas très longue, en coton, sans collants, jupette entre l’écolière et l’aguicheuse, une œuvre d’art du genre non-subtil. Elle balayait ses cuisses faméliques comme un paravent, un peu rigide. Son bustier était criard, le rouge lui déplut ; l’écharpe, par contre, avait quelque chose de luxueux, d’élégant, de racé, qui se démarquait du reste de la tenue ; les bottes le débèquetèrent profondément, et son amour de l’harmonie vestimentaire en fut quelque peu chamboulé. Plus dérangeant néanmoins, était la couleur de ses cheveux, de sa peau, de ses traits : l’adolescente avait des airs de statue de cendres, morne et affadie, la tignasse rayée de longues mèches blanches, la chair couleur de fumée ; elle était grise. Toute entière. Toute entière grise.

Ensuite, il baissa vaguement les yeux sur la poitrine de la nouvelle venue, parce qu’il fallait bien que ça se fasse, en tant que réflexe masculin (et Jevehien) naturel, et prit son temps pour en admirer la légère rondeur, l’agréable courbure, le maigriot attrait. Bien, bien. La marchandise était saugrenue, mais consommable. Elle eut droit à un sourire de bienvenue.


- Alors Megaré, toujours aussi frigide? A moins qu'tu sois pétrifié par tes esprits, là...

Deux choses traversèrent l’esprit de Jeveh. D’abord, le contentement ; la donzelle en écarlate insultait le gamin, ce qui le ravissait bien plus que si elle était venue à sa rescousse, le discours sirupeux à la lippe. Deuxièmement, le mot « frigide » résonna quelque peu en son cerveau de linotte; frigide, ah oui ? Alors… cette accusation impliquait-elle un quelconque passé sexuel entre ces deux colibris aux âges peu avancés ? Comment pouvait-elle avancer ça ? Il eut la vision dérangeante d’un Mégaré inexpérimenté essayant en vain de chevaucher une maigrichonne grise et rouge dans un lit étroit, le gamin bien pâlot, et la jeune fille peu impressionnée. Mmh… Non. Mégaré n’avait pas dû oser exhiber son torse rachitique depuis la crèche et la perte de ses couches. Il aurait mis sa main à couper que le gringalet, en plus d’être puceau, n’envisageait même pas les plaisirs possibles de la solitude. Mouais. Il est vrai que, sans cesse sous l’œil malsain d’esprits pervers, il était difficile de faire ami-ami avec son corps.

Il repoussa décemment ces pensées fort peu convenables, surtout lorsqu’elles concernaient deux mineurs qui ne dépassaient pas le mètre soixante, et reporta son regard sur Mégaré pour s’assurer qu’il répondrait enfin quelque chose ; dans le cas contraire, il attaquerait sans vergogne ses fringues à coups de chocs électriques pour vérifier définitivement si Ed’wina était capable de provoquer un quelconque sentiment physiologique chez Meg ; (mal)heureusement, le gamin ouvrit sa petite bouche et rétorqua avec emphase :


-
Foutez-moi la paix. Je n’ai rien à vous dire.

Il y avait une dureté rebutante dans sa voix d’enfançon, mais rien de bien méchant ; d’ailleurs, ses paroles firent rire joyeusement le Jeje en imper, qui trouva l’essai ravissant, et particulièrement courageux ; mais surtout, surtout, délicieusement ridicule. Bien, bien, bien. Il fallait faire bouger tout ça ! La jouvencelle et le freluquet ! Il posa sa main sur l’épaule de Meg, dans un pantomime de geste amical, mais y insuffla une douce menace, d’une brève pression, d’une sobre rapidité peut-être ; toujours était-il qu’il immobilisa le résistant, l’œil dans son œil, la bouche courbée en sourire, et déclara d’un timbre sympathique, immisçant peut-être une pointe de sarcasme dans la tessiture attendrie de sa voix fraternelle :

-
Allons, mon mignon ! Reste avec nous ! Nous te protégerons des démons, des esprits, de ces gros vilains croquemitaines fantasmés ! Tu veux une petite brioche ?

Il releva le visage, tourna son regard vers Ed’wina, et, d’un coup de menton léger, la désigna ; il eut un très léger sourire, et c’est sur un ton extrêmement provocateur, profondément transformé, qu’il acheva :

-
Alors. Tu la baises souvent ?

Règle n*1 : Échauffer les esprits. Ensuite ? Il songerait au coup de grâce.
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Ed'wina Elmingürr

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Magie : † Faire de son corps le plus dangereux des poisons ou des somnifères, doux mélange d'eau et de terre.
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Occupations : † Etudiante et Capitaine des Services Secrets
Humeur : † Extrêmiste non pacifique


MessageSujet: Re: Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]   Jeu 27 Mai - 22:11

    « Megaré, petit Megaré, je te plumerais la tête. Et la tête? Et la tête. Et les fesses? Et les fesses. ♫ »

    Ed'wina se retint de justesse de pincer la peau tendre du postérieur chétif de son si cher camarade. Un sourire particulièrement jovial fleurit sur les lèvres fanées de la tout juste adolescente. « Je ne suis pas un animal ; Je ne suis pas un animal » se répétait-elle en boucle dans son esprit tortueux, les ordres de Nailah résonnaient joyeusement dans sa petite tête. Elle était de bonne humeur, elle préférait de montrer un minimum digne (hum) et féminine (hum hum), entonnant ce chant suave (HUM HUM) à l'oreille du petit Résistant. Une ombre de menace passa sur la comptine arrangée, susurrée doucement dans l'oreille rougie -de froid? De colère? De honte alors?- d'un piaillement pernicieusement puéril. La main gantée se glissa sournoisement dans le creux de l'épaule, qui, quelques secondes auparavant, avait accueilli le coude blafard de la gamine. Elle titillait le jeune garçon avec toute la meilleure volonté du monde ; douce plaisanterie toujours poussée plus loin.

    « Et la gorge? Et la gorge. Me-ga-ré. ♫ »

    Il l'avait bousculée, repoussée, elle n'avait, en soi, provoqué qu'une réaction minime chez Megaré, un simple geste, un regard noir. Alors elle chantait, piaillait, emplissait les tympans de l'Opposant d'une perpétuelle et désagréable mélopée enfantine. Il parlait, elle s'en moquait ; il tentait de se dégager, elle raffermissait sa prise sur l'épaule drapée de gris.

    « Foutez-moi la paix.
    Je n'ai rien à vous dire. »


    Ravie, Edw'ina interrompit son chant -elle devinait que seul le plus jeune avait pu saisir les paroles sirupeuses de sa comptine- laissant totalement fleurir sur sa bouche incolore un fin sourire de plaisir extrême. Le gamin aux allures de dépressif qui passait son temps à l'ignorer avait enfin réagi à ces agressions. Enfin, il était bien prétentieux -ou ridicule?- de se figurer ainsi que ces bien vaines paroles allaient le libérer du quelconque sort que lui réservait le duo décousu qui l'encadrait, redoutable.
    Une bien belle réaction. Il était à mourir de rire.
    Certes, elle n'y était pas parvenue seule. Un regard caressa le visage arrogant de l'homme qui se tenait aux côtés de Megaré ; il n'obtint en échange des yeux dépareillés qui balayaient son corps malingre qu'une œillade d'indifférence mauvaise. Il n'était, pour le moment, qu'une quantité négligeable tout juste bonne à servir ses intérêts égoïstes. D'accord, il avait présenté à Eddy une occasion en or d'obtenir de son Résistant préféré une délectable réaction. Il était de son côté, quoiqu'elle ne l'eut jamais vu parmi les Partisans du Maître, et il participait indéniablement à son plaisir de voir Megaré aussi perdu qu'un innocent agneau dans une meute de loups affamés. Terrorisé. Et ça s'arrêtait là. Elle détourna le regard de l'homme lorsqu'il prit la parole.

    « Allons, mon mignon ! Reste avec nous ! Nous te protégerons des démons, des esprits, de ces gros vilains croquemitaines fantasmés ! Tu veux une petite brioche ? »

    Son sourire se mua en un rictus malsain, doux spectre d'un rire qui n'allait probablement pas tarder à envahir la rue, son corps éthéré fut secoué d'un bref et unique soubresaut. Quoiqu'elle n'aimât pas du tout le ton impudent et les mots bien trop compliqués pour elle de cet homme, le rire imprégna chaque trait de son visage de lutin, les commissures de ses lèvres s'agitaient dans une danse enivrante et ses yeux lunaires luisaient d'une étincelle qui allumait de moins en moins souvent son regard lassé. L'excitation gagnait chaque cellule de son corps fluet. Elle resserra un peu plus sa poigne sur l'épaule de Megaré et lui présenta son visage tordu par une hilarité qui taquinait ses lèvres.

    « C'est vrai, ça ! Pourquoi ne pas nous accompagner manger un bout? Ça pourrait être très amusant, non? »

    La jeune fille appuya à la fois sur le très et sur la frêle clavicule . Oh oui, particulièrement amusant, n'est-ce pas? Toutefois, peut-être pas pour le gamin à la crinière de feu... La menace avait envahit chaque mot savamment choisi d'Ed'wina, chose rare chez la fillette aux poisons qui avait pris la bien fâcheuse habitude de tenir des discours aussi virulents et vénéneux que stupides. Prendre garde, oui, Megaré aurait dû prendre garde au poison doucereux qui s'écoulait en flots saccadés de la bouche de Wina. Le venin prenait possession de sa langue, Ed'wina vomissait les mots, un trop-plein gonflait sa gorge blême. De plus en plus, l'excitation emplissait son corps et c'est sans se soucier plus que ça du regard de l'adulte qu'elle se pendit au cou de Megaré et se laissa tomber, telle une pierre de tout son poids, attirant dangereusement vers le sol la tête coloré, sans toutefois faire basculer son propriétaire dans une chute indéniablement gravitationnelle. Rien de bien méchant, somme toute, mais Ed'wina avait craqué et ne pouvait s'empêcher de taquiner à mort le pauvre chaton qu'était le pathétique Donovan. Si elle avait pu, ne serait-ce qu'un seul instant, songer à ce que Jeveh montait comme mauvaise blague, peut-être aurait-elle réfréné ses profondes envies d'emmerdement de notre Megaré national. Elle n'était pas une fille facile quoiqu'en dise ses camarades de l'Académie, principalement Nailah, et n'aurait permis en aucun cas que quelqu'un le pense.

    C'est pourquoi, lorsque Jeveh la désigna d'un sourire condescendant et d'un mouvement brusque dont elle aurait pu s'offusquer, et laissa tomber sur un ton tranchant et polaire sa question aux allures de sentence, la jeune fille ne sut si elle devait éclater en larmes de rire ou bien cracher adroitement son acide mortel dans l'œil trop bleu de l'homme.
    Cependant, il ne lui fallut pas plus d'un dixième de seconde pour se figurer un Megaré intégralement nu, rachitique et presque aussi palot qu'elle, exposant sa nudité avec une telle pudeur que c'en était risible. Conséquences simples.

    Avant même que la pauvre victime n'ait eu le temps d'esquisser le moindre geste, de prononcer une quelconque parole, Ed'wina éclata de rire. Pas un de ses rires dégénérés qu'elle se plaisait à étaler avec ostentation lorsqu'elle tuait ou maltraitait. Non. Le gloussement se rapprochement bien plus d'un gazouillis macabre que d'un véritable rire en fait : le corps de la jeune fille se soulevait par vagues légères, le son délicat qui s'échappait de ses lèvres grises mouillait ses yeux de mille larmes. Pour une fois, la réaction de la petite faiseuse de poisons ne la faisait pas passer pour un stupide animal ; stupide, peut-être, mais animal! Non, ça, personne n'aurait eu l'idée de comparer la fade jeune fille à un charmant petit oiseau, seul animal auquel elle semblait correspondre sur le moment. Edw'ina se tordait de rire, chant décousu et morbide de la drôlerie d'une seule phrase. Et vision. Vraiment, c'était tout.
    Le regard des deux hommes, ou dirons-nous des deux représentants plus ou moins jeunes de la gente masculine, ne la gênait plus et elle se laissait aller à une hilarité non feinte, dénouant petit à petit ses bras du cou rougi de Megaré. Sensiblement, elle se rapprocha de Jeveh et dans un gloussement plus fort que les autres, frappa légèrement son bras cintré de l'imper.
    Peut-être Megaré avait-il parlé, elle n'avait pas entendu, pas écouté peu importait.
    Illuminé numéro un fut son surnom.
    Au diable les manières, la vraie Eddy était de retour.

    « T'es trop con, toi ! B...Baiser ! Lui et moi ! T'es vraiment con... » parvint-elle à placer faiblement entre deux spasmes.

    Cet homme lui plaisait, incommensurablement. S'il lui avait paru dans un premier temps, absolument sans intérêt, voire même con, à monologuer devant le tendre petit garçon, à débiter des injures dans le vide le plus vacillant, il venait maintenant de remonter en flèche dans l'estime d'Ed'wina. Il attaquait certes avec des armes et mots pas franchement des plus légitimes, pas des plus délicats, mais était-elle seulement mieux? Vraiment, à hurler le plus souvent dans les endroits bondés, à se comporter tel un chimpanzé à peine domestiqué, elle s'attirait fréquemment les foudres de ses connaissances.
    Et là, les deux rivalisaient probablement de conneries, mais sur le plan de la légèreté, il la battait à plates coutures. Si Ed'wina était grossière, taillé dans le marbre épais et dur, Jeveh, lui, semblait fait de la plus délicate des améthystes.

    Ses yeux se firent complaisant, peut-être un brin aguicheur, elle n'en avait pas réellement conscience, et elle tourna à nouveau la tête vers le plus jeune, plantée entre les deux Résistants.

    « Je sais pas ce que tu vas raconter à tes amis, Mega', mais si tu voulais ce genre de choses, il fallait demander directement ! »

    Un énième frisson d'allégresse traversa la peau de la jeune fille.
    Non, bien sûr que non, elle ne lui aurait accordé cela pour rien au monde ; il était dans le camp adverse après tout, et il ne l'intéressait pas outre mesure, hormis peut-être pour ces séances espacées de tortures. Qui semblaient être un jeu réservé aux jeunes de bonne famille, irrévocablement enfants gâtés et pourris jusqu'à la moelle.

    Ed'wina aimait la torture.
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Megaré M. Donovan

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MessageSujet: Re: Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]   Mer 30 Juin - 3:23

    Il y avait la jeune folle qui lui soufflait une litanie mélodieuse au creux de l’oreille, une litanie qui lui était vaguement familière, dans les tréfonds de sa mémoire, et parallèlement, il y avait le persécuteur qui continuait de lui parler avec un sourire torve, qui insistait pour l’inviter quelque part, pour faire durer le plaisir malsain de la séance de persécution improvisée. Il y avait la Faucheuse empoisonnée qui glissait sa main gantée sur une de ses épaules, et le tyran de la foudre qui lui emprisonnait l’autre d’une main également. Aux paroles de l’un suivaient celles de l’autre, dans un concerto improvisé parfaitement orchestré. La folie et la pédanterie trouvaient un terrain d’entente dans la merveille incontestable qu’était le sadisme.

    Et lui, il était là.
    Là sans rien faire, inutile et futile pantin du destin, à la merci d’esprits dérangés et malsains, contrarié, désespéré et indéniablement, invariablement, cruellement faible. La faiblesse transparaissait de chaque pore de sa peau, elle criait dans ses membres graciles, elle riait dans ses pathétiques tentatives de défense verbale, elle explosait dans ses fades prunelles. Devait-il s’en aller sans rien dire, fuir pendant qu’il en était encore temps, fuir parce qu’il ne savait faire que çà ? Mais comment ? Si la poigne d’Ed’wina Elmingürr n’était pas des plus fortes, elle avait l’incontestable inconvénient de pouvoir déverser la mort liquide, une fois le gant enlevé, et la main de Jeveh Neuwright était un étau. Non, la fuite élémentaire était proscrite. Que restait-il alors ? La probabilité qu’un ouragan leur tombe soudain sur le nez et tue sur le coup les deux dérangés ? Quasiment nulle, désespérément nulle. La probabilité qu’un élément perturbateur occupe et intéresse suffisamment les deux tortionnaires ? Si faible, cruellement faible. Non, vraiment, les possibilités de fuite s’amenuisaient un peu plus à chaque seconde écoulée. Et il ne faisait rien.

    Ne rien faire. C’était peut-être çà, la solution ? Courber l’échine et attendre que la tornade passe ? Plier comme le roseau, et surtout ne pas rompre ? S’enfermer dans la forteresse du silence et de l’impassibilité, se réfugier dans le mutisme désagréable et protecteur ? Refuser de parler, refuser de réagir, refuser d’entrer dans leur petit jeu sordide ? Oui, elle était peut-être là, la solution. Se faire de glace mais pas trop, se faire plutôt pantin inutile et terriblement peu intéressant, devenir un misérable élément du décor indigne de quelque attention que ce soit. Se faire caméléon et se fondre dans le décor, devenir invisible et avoir enfin la paix salvatrice. Par Uen, ce qu’il aurait donné pour pouvoir le faire, pour avoir le don de se rendre littéralement invisible au lieu de subir des visions qu’il ne souhaitait pas voir. Vraiment, sincèrement. Mais il ne pouvait pas, invariablement, et c’était ainsi, il devait faire avec. Cruellement, simplement.

    L’incarnation de la folie se pendit à son cou, soudainement, comme une pierre, alors que le gamin se laissait aller à ces quelques pensées existentielles. Il fut tiré des dites pensées, sur le coup, et se mit à froncer les sourcils alors que son dos se courbait et que sa tête se penchait vers le sol. Ne rien faire, hein ? Quand bien même, que cela allait-il bien pouvoir changer ? Megaré ne connaissait pas Ed’wina Elmingürr et Jeveh Neuwright, et il ne cherchait en aucune façon à les connaître davantage, mais il en savait suffisamment pour facilement en conclure que malgré tout ce qu’il pourrait faire, il était irrémédiablement fichu depuis l’instant où le nanti avait posé les yeux sur lui, par cette froide et triste journée d’hiver. Alors à défaut de pouvoir fuir, à défaut de pouvoir rester de marbre, le gamin ferait la chose la plus simple au monde, quitte à morfler sévèrement ensuite : il se laisserait porter par les évènements, en croisant les doigts pour arriver en un seul morceau au bout du chemin. Lâche ? Non, pas vraiment. Juste pragmatique et réaliste.

    Il posa ses mains sur les bras de la gamine, une légère grimace tordant sa bouille d’enfant des rues, pour lui faire lâcher prise le plus simplement du monde, comme un parent blasé le ferait envers son enfant un peu trop turbulent. Mais il n’eut pas vraiment le loisir de mener l’action en son terme que Jeveh reprit la parole, pour poser une question aussi grotesque qu’inconcevable ; si bien que Meg oublia momentanément la jeune fille pour lever les yeux sur l’adulte, et les écarquiller d’incrédulité, un instant. Lui… baiser Ed’wina Elmingürr ? Dieu, que cela lui paraissait grotesque, incongru, déplacé et ridicule, complètement hors-de-propos. Il n’était qu’un gamin de 14 ans effrayé, bien évidemment qu’il n’y connaissait rien - comme n’importe qui aurait pu s’en douter en voyant sa bouille apeurée ou farouche d’enfant ignorant. Alors s’il baisait Ed’wina Elmingürr ? Il ne baisait même pas tout court, alors baiser ce cadavre ambulant, dont le sillage exhalait le parfum de la mort ? La réponse était évidemment non, alors pourquoi posait-il la question ? C’était… insensé. Terriblement insensé. Et Meg continua de regarder Jeveh, avec un savant mélange d’incrédulité, de gêne et de vexation purement enfantine et prude dans le regard, dans l’expression, jusqu’à ce qu’un son non-identifié n’éclate à ses oreilles

    Il regarde Ed’wina d’un air effaré, et il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu’elle riait. Elle riait, mais ce rire, ce son, ce souffle extatique et mortel à la fois, était si peu comparable à un rire normal qu’on ne pouvait peut-être même pas le qualifier de tel. Toujours est-il que la jeune faiseuse de poison laissait libre court à son hilarité, hilarité tout aussi morbide que le reste de sa personne, et Meg ne pu détacher son regard d’elle, l’effarement se mêlant à l’oppression, ce rire résonnant désagréablement à ses oreilles comme le glas sonne la fin d'une vie. Il avait tellement envie de partir d’ici. Laisser cette folle côtoyer la mort, laisser cet abruti à ses questions déplacées, partir au calme, loin de toute cette agitation qui le laissait mal-à-l’aise et désarmé. Mais il ne bougea pas. La jeune fille se détacha enfin de lui, pour s’approcher de son comparse du jour, le son dérangeant fusant encore de sa gorge. « T'es trop con, toi ! B...Baiser ! Lui et moi ! T'es vraiment con... » Ah, enfin quelques paroles censées ! Voilà qui paraissait particulièrement étonnant venant de la bouche d’une fille qui semblait tout sauf censée, par ailleurs. Néanmoins, ses paroles reflétant bien le propre état d’esprit de Megaré, ce dernier ne songea même pas à protester ou à les contredire, et se contenta de secouer légèrement la tête, d’un geste las, presque désabusé, comme pour se donner une contenance, approuver l’insulte. Oui, Jeveh était con, trop con, vraiment con, il ne pouvait y avoir que cette explication. Et il était au moins soulagé de voir qu’il n’était pas le seul à le penser.

    Sauf que… son répit fut de courte durée, de bien trop courte durée. Il aurait pu espérer en rester là, mais il n’en eut pas le temps, car déjà, la demoiselle cadavérique se tournait vers lui, et osa faire cette remarque. Megaré resta d’abord interdit. Pardon ? Comment çà, ce qu’il allait raconter à ses amis ? Il n’avait pas d’amis, et Jeveh n’en était certainement pas un, jamais. Et s’il voulait ce genre de choses ? Lui ? Comment pouvait-elle croire, comment pouvait-elle supposer que… Non, définitivement non. Et il fallait demander directement, hein ? Il suffisait de demander, peut-être ? Bon sang, mais qu’avait-il bien pu FAIRE pour mériter tel châtiment, décidément ? Ce n’était à n’y rien comprendre. Et Meg étant un gosse, farouche de surcroît, sa réaction se fit à la hauteur de ce que l’on pourrait attendre d’un gamin trop pudique et trop sur la défensive comme lui-même l’était. Il rougit, d’abord, lamentablement, la chaleur montant inexorablement jusqu’aux joues, et il s’empressa de froncer les sourcils, ensuite, reculant instinctivement d’un pas, lui donnant l’air caricatural d’un chaton vexé qui faisait le dos rond, sur la défensive, prêt à sortir les griffes pour défendre sa peau.

    - Non mais çà va PAS ?

    Un trémolo d’indignation dans la voix, il voulut fusiller la jeune fille de son regard commun, au-delà de la gêne qu'il ressentait, mais l’effet ne fut guère probant. En clair, au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, oui, Megaré Donovan était puceau, et oui, qu’on puisse supposer qu’il veuille coucher avec Ed’wina Elmingürr, ou avec n’importe quelle autre jouvencelle d’ailleurs, provoquait en lui ce souffle d’indignation propre aux êtres naïfs, farouches et inexpérimentés comme lui. D’instinct, il passa la main dans sa crinière de feu, les épaules voûtées, et les sourcils toujours froncés, se tourna ensuite vers Jeveh. Il hésita encore quelques petites secondes, puis abaissa le bras, retenant un grognement résigné entre ses lèvres.

    - …D’accord. Je vous suis, mais seulement si vous me fichez la paix une bonne fois pour toutes après.

    Il les détestait.
    Définitivement.

    & L’espoir fait vivre, mon petit Megaré.
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Petites tortures entre amis [PV public & Megaré *w*]

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